Albert Rösti sous pression
Vassilis Venizelos: «La climatisation ne doit pas être un privilège»

Canicule, sécheresse, forêts sous pression: Vassilis Venizelos presse Albert Rösti de passer des paroles aux actes. Le ministre vaudois de l’Environnement brise aussi un tabou écologiste: face aux chaleurs extrêmes, il faudra davantage climatiser. Grand entretien.
Vassilis Venizelos, conseiller d’État écologiste vaudois à la tête de l’Environnement. Face à la nouvelle réalité climatique, il veut accélérer et n’hésite pas à bousculer certains tabous de son propre camp.
Photo: Keystone-ATS
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine HürlimannResponsable de l'actualité de L'illustré

La Suisse suffoque et Albert Rösti, conseiller fédéral de l’Union démocratique du centre (UDC) chargé de l’Environnement, se dit surpris par l’intensité de la chaleur. Une réaction qui fait bouillir Vassilis Venizelos. Pour le conseiller d'Etat écologiste vaudois à la tête de l’Environnement, le temps de l’étonnement est passé: il faut désormais agir. Et personne n’échappe à sa part de responsabilité.

Il reconnaît le retard des villes, y compris celles dirigées par la gauche, et juge notamment que l’enjeu climatique a été «mal pris en compte» à Plateforme 10, égratignant au passage l’architecte cantonal. Forêts, agriculture, villes, Confédération, climatisation: l’écologiste appelle à changer d’échelle et bouscule quelques vieux tabous verts. Grand entretien caniculaire dans son bureau (sans clim) du Château Saint-Maire.

Albert Rösti a dit aux journaux Tamedia qu’il «ne s’attendait pas à des épisodes de chaleur d’une telle intensité». Et vous, Vassilis Venizelos, cette déclaration vous fait-elle bouillir?
Quant à moi, je ne m’attendais pas à une prise de conscience d’une telle intensité de la part du ministre de l’Environnement! Les scientifiques nous préviennent depuis au moins cinquante ans. Nous ne sommes plus face à un accident ou à un événement exceptionnel. Maintenant, ce que j’attends, c’est que cette prise de conscience se traduise en actes et en décisions. Des mesures ont déjà été prises aux niveaux fédéral et cantonal et, surtout, nous connaissons les solutions, mais maintenant il faut en faire plus.

Ce n’est tout de même pas inquiétant que le ministre fédéral de l’Environnement semble découvrir cette réalité aujourd’hui?
Oui. Mais je préfère mille fois un ministre qui avoue avoir été surpris à un ministre qui s’obstine à nier le réchauffement climatique. 

Malgré la canicule et la sécheresse, le Conseil fédéral refuse de passer en mode crise. Vous comprenez cette position? Qu’est-ce qu’il faudrait de plus pour décréter l’urgence?
L’urgence n’est pas de déclarer l’urgence. L’urgence, c’est de mobiliser les outils que nous avons déjà pour adapter nos politiques, nos budgets et nos investissements à cette nouvelle réalité climatique. Ce sera clairement l’enjeu des prochaines majorités, notamment dans le canton de Vaud.

Mais concrètement, où est l’urgence aujourd’hui?
Il faut protéger les personnes les plus vulnérables en priorité: les personnes dans les EMS et les hôpitaux, les enfants, les personnes en grande précarité, mais aussi les agriculteurs par exemple. Et ensuite, anticiper les prochains étés avec des plans d’investissements bien pensés plutôt que de devoir réagir à chaque fois dans l’urgence.

Les agriculteurs sont justement en première ligne. Albert Rösti estime que les mesures actuelles sont suffisantes. Que faudrait-il faire de plus?
A court terme, il faut permettre aux exploitations de continuer à fonctionner. Mais nous devons surtout avoir une réflexion beaucoup plus profonde sur la conciliation des différents usages de l’eau, la disponibilité et la finitude de la ressource.

Cela veut dire quoi, très concrètement, dans le canton de Vaud?
Nous travaillons à un véritable plan stratégique de gestion de l’eau: inventorier les ressources, identifier les besoins des différents usages, repérer les territoires et les professions les plus vulnérables, puis établir des priorités.

Des priorités qui pourraient être douloureuses?
Oui. Le débat sur la priorisation de l’eau, il vaut mieux l’avoir avant d’avoir soif. Et cette réflexion ne peut pas s’arrêter aux frontières cantonales. La Confédération devrait donc donner une impulsion nationale. Aujourd’hui, elle considère trop souvent que l’adaptation climatique relève essentiellement des cantons.

Pour certains producteurs, cet été est apocalyptique. Des cultivateurs ne pourront même pas récolter leurs betteraves, leurs pommes de terre ou leurs épis de maïs. Des aides financières extraordinaires sont-elles sur la table?
Les aides financières relèvent de ma collègue Valérie Dittli en charge de l’agriculture. Des soutiens logistiques sont déjà apportés, notamment pour l’acheminement de l’eau. Certains éleveurs ont aussi renoncé à monter leurs troupeaux à l’alpage. J’ai rencontré plusieurs exploitants cet été et ces questions devront faire partie des mesures à discuter ces prochains mois.

Mais est-ce que le canton peut laisser certains exploitants perdre quasiment une saison entière sans compensation?
Personne ne devrait être laissé sur le carreau. On voit que la politique climatique n’est pas uniquement une politique du CO₂, mais aussi une politique sociale qui touche la vie des gens, la santé, le logement… Les agriculteurs sont particulièrement exposés. On pourra climatiser certains bâtiments, mais on ne climatisera ni les champs, ni les forêts, ni les vignes.

Faudra-t-il un jour choisir entre irriguer un champ et remplir une piscine privée?
Potentiellement, oui. Et si cela arrive, il faudra avoir le courage de fixer des priorités. Et mon travail, c’est précisément d’anticiper pour ne pas décider dans l’urgence.

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Parallèlement, le Conseil fédéral prévoit de renoncer dès 2027 aux 25 millions supplémentaires destinés à l’adaptation des forêts. Au regard de ce que nous vivons, est-ce irresponsable?
C’est incompréhensible. Il suffit de voir l’état de nos forêts. Dans le canton, nous avons une stratégie à l’horizon 2040, mais certaines tendances que nous anticipions ont déjà cinq ou dix ans d’avance. Les hêtres souffrent cet été, les épicéas sont sous pression depuis plusieurs saisons et le stress hydrique fragilise l’ensemble de la forêt.

Autrement dit, la forêt de 2040 est déjà là?
Sur certains aspects, oui. Et c’est pour ça que nous avons besoin d’investissements massifs pour renouveler les peuplements et rendre les forêts plus résistantes.

A quoi servent concrètement ces investissements?
Dans le canton de Vaud, nous avons la chance d’avoir une politique qui articule forêt protectrice, biodiversité, prévention des incendies et production de bois. Il faut préserver cette filière et continuer à investir.

Albert Rösti invoque notamment le frein à l’endettement. Pour les écologistes, aucune économie n’est-elle jamais acceptable dès qu’on parle de climat?
Il faut comparer le coût de l’action à celui de l’inaction. Les événements météorologiques extrêmes liés au réchauffement climatique engendrent déjà des coûts considérables. Economiser aujourd’hui coûtera beaucoup plus cher demain. La rigueur financière fait partie des forces de la Suisse et lui permet d’affronter des crises. Mais nous ne sommes justement plus face à une crise ponctuelle: nous sommes entrés dans une nouvelle réalité climatique qui nécessite de vrais plans d’investissements.

Vous seriez donc prêt à desserrer le frein à l’endettement pour le climat?
Nous aurions intérêt à assouplir certaines contraintes pour investir massivement dans des solutions déjà identifiées. Ce serait bon pour le climat, pour les personnes vulnérables et aussi pour l’économie.

La présidente de votre parti, Lisa Mazzone, estime qu’Albert Rösti n’est pas la bonne personne pour diriger le Département de l’environnement. Vous partagez son avis?
Albert Rösti est en fonction. Ce que j’attends maintenant de lui, ce sont des décisions. La prise de conscience est une bonne chose, mais une prise de conscience sans résultats ne sert à rien.

Vous ne répondez pas vraiment: est-il la bonne personne ou non?
Ce qui m’importe, c’est son action et les décisions qu’il prend.

Venons-en à un autre tabou qui tombe: la climatisation. À Genève, la droite et le centre veulent assouplir une réglementation très stricte et même les Vert-e-s reconnaissent désormais qu’il faudra davantage y recourir. Vous, écologiste et ministre vaudois de l’Environnement, êtes-vous favorable à davantage de climatisation?
La climatisation ne doit pas être un privilège. Nous devons réfléchir en termes de droit à la fraîcheur. Quand vous êtes propriétaire d’une maison bien isolée, entourée d’arbres et équipée d’une pompe à chaleur réversible, vous pouvez assez facilement garantir ce droit. Quand vous êtes locataire sous les combles d’un appartement mal isolé, c’est une autre histoire.

Donc il faut davantage climatiser les lieux publics?
Oui. Pour les personnes vulnérables, dans les EMS, les hôpitaux, certaines écoles, les bibliothèques ou d’autres lieux publics, nous devons avoir une véritable stratégie de rafraîchissement.

Le canton de Vaud est-il plus permissif que Genève sur ce point?
Notre politique est différente. Des centaines d’autorisations de climatisation privée ont été délivrées et nous favorisons les pompes à chaleur réversibles. Les procédures ont été simplifiées.

Mais jusqu’où aller? Faut-il accepter demain des climatiseurs partout?
Non. Il faut la bonne solution au bon endroit. La climatisation ne doit pas devenir un prétexte pour renoncer à végétaliser nos villes, isoler les bâtiments, investir dans les forêts ou renaturer les cours d’eau.

Les enfants font partie des personnes vulnérables. Or votre collègue Frédéric Borloz assure que climatiser toutes les écoles coûterait extrêmement cher et prendrait des années. Cela signifie qu’on ne le fera jamais?
Nous ne pourrons pas installer des climatiseurs partout. Il existe d’autres solutions. Dans certains bâtiments, des protections solaires, une meilleure ventilation ou une bonne conception suffisent. Les nouvelles constructions et les rénovations lourdes doivent désormais intégrer beaucoup plus sérieusement le confort d’été.

Mais dans les salles déjà existantes où il fait 35 degrés?
Il faudra renforcer la climatisation ou d’autres systèmes de refroidissement dans certains bâtiments scolaires, comme dans les hôpitaux. Cela doit être analysé au cas par cas.

Quand vous dites que la fraîcheur ne doit pas être un privilège, qu’est-ce que cela signifie pour les logements? Est-ce au locataire de se débrouiller et de payer, ou au propriétaire de garantir une température supportable?
Les propriétaires ont une responsabilité très forte. Nous sommes dans un canton de locataires et beaucoup de personnes vivent encore dans des appartements vétustes, mal isolés et mal conçus, de véritables passoires énergétiques.

Donc la facture doit d’abord être assumée par le propriétaire?
C’est précisément ce que nous ciblons avec la loi sur l’énergie. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre les déperditions de chaleur en hiver. Les bâtiments doivent aussi être capables de résister aux fortes chaleurs en été.

Un locataire devrait-il pouvoir demander une baisse de loyer si son logement devient invivable pendant les canicules?
C’est une question qui relève du droit du bail, mais politiquement, il est évident que les propriétaires ont une responsabilité importante dans l’adaptation de leurs bâtiments.

Il y a tout de même un paradoxe. Pendant des années, les écologistes ont critiqué la climatisation parce qu’elle consomme de l’électricité, rejette de la chaleur et accentue les îlots de chaleur. Aujourd’hui, vous dites qu’il faudra davantage y recourir. Les Vert-e-s se sont-ils trompés?
Non. Les Vert-e-s n’ont jamais été contre la climatisation par principe. Ce que nous avons toujours dit, c’est qu’elle ne peut pas être notre unique réponse à la chaleur partout et pour tout le monde. Dans le canton de Vaud, il n’y a pas de contradiction: la législation actuelle n’interdit pas la climatisation. Elle l’encadre. Et, à court terme et pour des raisons de santé publique, c’est une solution qui peut être pertinente dans de nombreux cas.

Mais la doctrine écologiste a quand même évolué...
Nous disons toujours qu’une politique climatique ne peut pas se résumer à la climatisation. Ce qui a changé, c’est l’intensité du problème auquel nous sommes confrontés. Nous constatons que certains bâtiments publics, parapublics ou lieux de travail n’ont pas été suffisamment pensés pour les chaleurs que nous connaissons aujourd’hui.

Donc oui à la clim, mais à certaines conditions?
Oui. Pour protéger les plus vulnérables, il faut fournir un effort supplémentaire. Mais poser des climatiseurs partout sans réfléchir à la végétalisation, à l’isolation des bâtiments ou à la protection de nos forêts, c’est soigner la fièvre sans traiter la maladie.

Vous défendez depuis longtemps la végétalisation, les arbres, la désimperméabilisation des sols et les îlots de fraîcheur. Tout cela est connu depuis des années. Pourquoi nos villes comptent-elles encore autant de bitume et de béton?
Parce que nous avons pris du retard. Le constat scientifique existe depuis cinquante ans et nous connaissons les solutions. J’espère que cet été 2026 nous permettra de changer d’échelle.

Pourquoi ce retard? Manque de volonté politique?
Il y a aussi une question de moyens. Le canton a mis en place un crédit d’investissement pour accompagner les villes, notamment dans la végétalisation des préaux scolaires et l’adaptation des bâtiments. Mais il faut désormais davantage de moyens financiers et davantage de détermination.

Le conseiller national UDC Yvan Pahud relève que beaucoup de villes sont dirigées par la gauche et qu’elles avaient toute latitude pour aller plus loin. Difficile de lui donner tort, non?
Je ne crois pas que ce soit une question de gauche ou de droite. C’est surtout une question de moyens et de ressources.

Donc les villes de gauche ont aussi leur part de responsabilité?
Bien sûr. Certaines villes ont été pionnières, Lausanne par exemple avec son plan canopée. Mais aujourd’hui, la prise de conscience est largement partagée. Maintenant, il faut passer de la prise de conscience à l’action.

Justement, peut-on vraiment parler de prise de conscience? Prenons Plateforme 10 à Lausanne, surnommée «la Plancha». En 2024, l’architecte cantonal avait déclaré à la RTS: «C’est une fake news. Moi, je parlerais ici d’un îlot de fraîcheur.» Des modélisations climatiques ont pourtant identifié le secteur comme un îlot de chaleur. Comment peut-il y avoir jusqu’au sommet de l’Etat vaudois une forme de déni face à la réalité climatique?
Peut-être faudrait-il aller boire une bière fraîche sur place avec l’architecte cantonal pour revenir sur ses déclarations et vérifier concrètement la situation! 

Donc, à vos yeux, l’architecte cantonal dit vrai? Nous y avons pourtant posé un thermomètre il y a peu et la température au sol atteignait 45 degrés.
Je pense clairement que cette dimension a été mal prise en compte initialement et qu’une correction est nécessaire. 

Mais Plateforme 10 n’a pas été construit au siècle dernier. Ce n’est pas hallucinant d’en arriver là sur un projet aussi récent?
Oui, on peut regretter que cet enjeu n’ait pas été suffisamment pris en compte en amont. Entre le début de la planification d’un projet et sa réalisation, il peut s’écouler de nombreuses années et intervenir beaucoup d’acteurs. Je ne connais pas tout l’historique de Plateforme 10.

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Le canton impose-t-il aujourd’hui davantage de végétalisation dans ses propres projets?
Oui. La végétalisation fait désormais partie des critères pris en compte, au même titre que le choix des matériaux.

Si vous aviez une baguette magique, des moyens illimités et une majorité politique acquise à votre cause, quelle serait la première mesure que vous prendriez?
J’aurais plutôt besoin d’une pelle et d’une pioche parce que nous savons déjà ce qu’il faut faire.

Alors, premier coup de pelle où?
Dans la rénovation du parc immobilier, la plantation d’arbres, la renaturation des cours d’eau, l’investissement dans les forêts et la préservation des biotopes. Et il ne faut pas oublier les sols! Les recettes sont connues. Ce qu’il faut maintenant, c’est davantage de moyens, de vitesse et de détermination.

Quand vous vous projetez dans quinze ou vingt ans, à quoi ressembleront les champs vaudois? Cultivera-t-on encore des betteraves et des céréales ou faudra-t-il passer à des cultures beaucoup plus exotiques?
Les modes de production vont évoluer, comme nos modes de consommation. Nous allons devoir nous adapter à cette nouvelle réalité.

L’agriculture vaudoise de 2040 sera donc très différente?
Probablement. L’été que nous traversons n’est pas une surprise. Les scientifiques nous avaient annoncé que ces épisodes deviendraient beaucoup plus fréquents et ils feront probablement partie de notre nouvelle normalité.

Avez-vous peur quand vous pensez à demain?
Non. Parce que nous savons ce qui nous attend et connaissons les solutions pour agir. 

Jamais? Même quand vous voyez l’état des forêts, des champs, les records de chaleur?
Le changement climatique va profondément affecter nos sociétés, et d’abord les plus vulnérables. Mon rôle est de les protéger avec des réponses immédiates, tout en préparant le long terme. Nous avons les outils pour construire un territoire plus résilient. Et je veux croire que cet été marquera un avant et un après dans la prise de conscience politique, et pas uniquement au plus fort de l’été, mais toute l’année.

Que répondez-vous à celles et ceux qui disent qu’il est déjà trop tard?
Qu’il faut continuer à s’engager, car il n’est pas trop tard pour agir et accélérer le rythme. La prise de conscience collective doit maintenant devenir une action collective.

Ne craignez-vous pas une forme de résignation?
Si, c’est justement ce qu’il faut éviter. A notre échelle cantonale, nous disposons de leviers très puissants. Il faut les activer.

Il y a moins d'une dizaine d’années, le climat mobilisait la jeunesse comme rarement auparavant. Aujourd’hui, beaucoup moins. Comment expliquez-vous que cette question soit repassée au second plan?
Je suis convaincu que la préoccupation reste très forte. Les sondages montrent toujours que le climat et l’environnement figurent parmi les grandes préoccupations de la population.

Alors pourquoi ne voit-on plus la même mobilisation dans la rue?
Le contexte géopolitique a changé. Les questions de sécurité, la guerre et les tensions internationales occupent davantage le devant de la scène. Cela ne signifie pas que la préoccupation climatique a disparu.

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Puisqu’on parle de sécurité: avec les menaces russes et les pressions américaines, si vous deviez choisir, vous préféreriez des F-35 ou des Canadair?
Dans la situation actuelle? Des Canadair, clairement!

Vous êtes sérieux?
Oui. L’adaptation au changement climatique est typiquement un domaine dans lequel la Confédération devrait jouer un rôle. Cela n’aurait aucun sens que chaque canton achète trois Canadair.

Devons-nous craindre dans le canton de Vaud des incendies comme ceux connus récemment en Gironde?
On ne peut rien exclure. L’une des premières crises que j’ai eu à gérer comme chef de département a justement été un incendie dans le Jura français qui menaçait le Jura vaudois.

Sommes-nous prêts si un grand incendie éclate demain?
Nous avons des systèmes d’intervention efficaces. Mais nos forêts subissent un stress hydrique très important, donc le risque existe. Nous avons renforcé notre politique de prévention avec des moyens supplémentaires et une clarification des responsabilités.

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Certains élus UDC, à l'instar d'Yvan Pahud qui est par ailleurs président de l'association des Entrepreneurs Forestiers Suisse (EFS), demandent de davantage «jardiner» les forêts et d’évacuer le bois mort pour limiter les incendies. Ont-ils raison?
C’est un faux débat qui ne tient pas compte de l’équilibre délicat dont ont besoin nos forêts pour survivre. L’UDC reprend la rhétorique des partis d’extrême-droite en Europe qui consiste à faire porter la responsabilité des catastrophes naturelles à celles et ceux qui alertent depuis des décennies. C’est une tentative grossière d’éluder le fait que ces mêmes partis continuent de soutenir le fossile et de sabrer dans les budgets de protection de l’environnement. 

Pourquoi? Du bois mort, ça brûle pourtant.
Il faut aborder cette question avec discernement. Certains peuplements forestiers sont plus ou moins exposés au risque d’incendie en fonction de la présence de bois mort ou non. Ce qui protège avant tout une forêt du feu, c’est de la rendre résiliente aux périodes de sécheresse. Une forêt sans bois-mort et sans biodiversité, c'est aussi une forêt qui se meurt, qui se dessèche et qui est plus vulnérable aux incendies. La forêt remplit plusieurs fonctions: protection, biodiversité, production de bois, prévention des risques. Certains secteurs nécessitent davantage d’intervention humaine, d’autres doivent conserver des espaces où la biodiversité peut se développer sans intervention systématique. C’est une question d’équilibre.

Le Conseil fédéral reconnaît lui-même que la Suisse risque de manquer ses objectifs climatiques. Votre réaction?
Cela devrait justement l’inciter à renforcer les mesures qu’il a eu tendance à détricoter ces derniers temps.

Vous pensez à quoi précisément?
Au Programme Bâtiments, aux moyens pour les forêts, à certains budgets environnementaux, aux infrastructures de mobilité et aux projets de trains de nuit.

Donc le Conseil fédéral fait exactement l’inverse de ce qu’il faudrait?
Je dis que si nous constatons que nous risquons de manquer nos objectifs, la réponse logique n’est pas de ralentir. C’est d’investir davantage dans les solutions déjà connues.

Vous avez beaucoup parlé d’adaptation. Ne risque-t-on pas de finir par s’accommoder du réchauffement plutôt que de s’attaquer à sa cause?
Évidemment qu’il faut adapter nos modes de vie et nos infrastructures. Mais il ne faut surtout pas oublier de continuer à s’attaquer à l’origine du problème: les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation ne doit jamais devenir un alibi, car on ne pourra pas s’adapter à toutes les températures. C’est aussi l’objectif de la loi vaudoise sur l’énergie: sortir progressivement des chauffages fossiles, mieux isoler les bâtiments et développer les énergies renouvelables. Nous pouvons et nous devons le faire.

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