Yvan Pahud défend l'atome
«Il faut arrêter de résumer le nucléaire à Tchernobyl ou Fukushima»

Yvan Pahud, figure montante de l’UDC romande que certains imaginent déjà succéder à Guy Parmelin, défend le nucléaire. Il n’est pas l’ennemi des énergies renouvelables, mais leur complément indispensable. Le conseiller national vaudois se livre sans langue de bois.
Yvan Pahud se dit favorable aux énergies renouvelables, même s’il s’était opposé au projet éolien prévu sur sa commune.
Photo: Blaise Kormann
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine Hürlimann
L'Illustré

C’est une volte-face qui fera date. Après le Conseil des Etats, le Conseil national a finalement adopté, le 18 juin, un contre-projet indirect du Conseil fédéral à l’initiative «Stop au blackout». Ce texte autorise la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Une victoire de taille pour le conseiller fédéral de l’Union démocratique du centre (UDC) Albert Rösti et ses alliés de droite. Le peuple aura très probablement le dernier mot.

D’ici là, L’illustré s’est rendu à Sainte-Croix (VD) pour rencontrer Yvan Pahud, syndic de la commune du balcon du Jura et conseiller national. Cette étoile montante de l’UDC en Suisse romande, que plusieurs observateurs voient comme un possible successeur de Guy Parmelin au Conseil fédéral, défend une approche qu’il qualifie de «non idéologique». Selon lui, si les énergies renouvelables sont indispensables, le nucléaire l’est tout autant. Grand entretien sous une chaleur caniculaire.

Yvan Pahud, êtes-vous favorable, oui ou non, à un développement massif des énergies renouvelables en Suisse?
Oui. La force de la Suisse, c’est son mix énergétique: environ 30% de nucléaire, 55% d’hydroélectricité et le reste en renouvelables, principalement du solaire. Cet équilibre nous permet de produire une électricité largement décarbonée. La France mise sur le nucléaire. L’Allemagne a fait le choix de se passer du nucléaire et mise tout sur l’éolien et le solaire. Comme ces énergies sont intermittentes, elle a dû rouvrir des centrales à charbon. En Suisse, il ne faut pas opposer les énergies mais les compléter. En sortant du nucléaire, nous avons créé un déséquilibre que le solaire ne permet pas encore de compenser, notamment faute de stockage.

Jusqu’où êtes-vous prêt à sacrifier les paysages suisses au nom des renouvelables?
Je l’ai vécu à Sainte-Croix avec les éoliennes. Le projet, auquel j’étais personnellement opposé, a profondément divisé la population et produit moins que prévu. Les Suisses sont attachés à leurs paysages. Il faut développer les renouvelables, mais sans dénaturer ce qui fait la qualité de notre pays.

Le nucléaire n’est-il pas devenu la roue de secours de la droite pour ralentir les énergies vertes?
Non. A Sainte-Croix, nous avons des éoliennes, des panneaux solaires, une centrale à bois et une centrale hydroélectrique. Nous utilisons déjà toutes les ressources locales. Le nucléaire fait aussi partie des ressources dont la Suisse dispose.

Vous voulez donc une nouvelle centrale nucléaire?
Je ne parle pas forcément d’un nouveau site. Mais les sites existants, comme Mühleberg, ont été choisis pour de bonnes raisons. L’objectif est surtout de maintenir la part du nucléaire dans notre production.

On évoque le montant de 13 milliards de francs pour une nouvelle centrale: qui paiera?
Les producteurs d’électricité, comme pour les renouvelables qui bénéficient déjà de soutiens publics. La vraie question est ailleurs: voulons-nous produire notre électricité en Suisse ou dépendre de l’étranger? Aujourd’hui, nous importons du courant allemand, produit en partie au charbon, et du nucléaire français. Refuser le nucléaire suisse tout en consommant celui des autres est hypocrite.

Yvan Pahud est aussi directeur des ventes pour la Suisse romande d’une importante entreprise du secteur du bois.
Photo: Blaise Kormann

Le parlement a rouvert la porte au nucléaire alors qu’Albert Rösti n’a toujours pas présenté le coût réel. Si cette précipitation venait de la gauche sur un autre sujet, l’UDC ne la dénoncerait-elle pas?
Le vote portait sur un principe: ne pas fermer définitivement la porte au nucléaire. Les études viendront ensuite, puis le parlement décidera. Personne ne met la charrue avant les bœufs.

Le conseiller national du Mouvement citoyens genevois (MCG) Daniel Sormanni dit avoir subi une «énorme pression» pour s’aligner sur la position de l’UDC. La discipline de parti prend-elle parfois le pas sur les convictions?
Les discussions font partie de la politique. Nous cherchons à convaincre nos collègues, comme tous les partis. Mais personne n’est sanctionné parce qu’il vote différemment.

«
En sortant du nucléaire, nous avons créé un déséquilibre
»

Pourquoi exigez-vous que les énergies renouvelables fassent leurs preuves immédiatement, alors que le nucléaire bénéficie d’un crédit sans limites?
Parce que nous avons désormais suffisamment de recul. Le solaire est indispensable, mais il a aussi ses limites. En Allemagne et en France, les prix deviennent parfois négatifs parce qu’il y a trop d’électricité et qu’on ne peut pas la stocker. Le renouvelable est une partie de la solution, pas l’unique solution.

Si une centrale devait être construite dans le canton de Vaud, la soutiendriez-vous?
Pourquoi pas, si les conditions techniques sont réunies. Les petits réacteurs modulaires n’ont plus grand-chose à voir avec les centrales d’il y a soixante ans. Ils produisent beaucoup moins de déchets et pourraient être installés plus près des lieux de consommation.

Vous dites que le risque est faible. Si l’on vous proposait de vivre à 500 mètres d’une centrale nucléaire, vous signeriez?
J’habite déjà à proximité d’éoliennes. A Mühleberg, la population soutenait largement la centrale parce qu’elle voyait aussi les emplois créés et les retombées économiques.

Une fois l’entretien terminé, c’est en père plus qu’en politicien qu’il évoque le parcours de ses enfants, tout en veillant à préserver leur vie privée.
Photo: Blaise Kormann

Tchernobyl et plus récemment Fukushima ont durablement marqué les esprits. Pourquoi les Suisses devraient-ils croire qu’un tel scénario ne peut pas se reproduire ici?
Il faut arrêter de résumer le nucléaire à Tchernobyl ou Fukushima. Tchernobyl, c’était avant tout une énorme erreur humaine. Fukushima, la conséquence d’un tsunami. Si un tremblement de terre provoquait demain la rupture du barrage de la Grande Dixence, personne ne dirait qu’il faut abandonner l’hydroélectricité. Toutes les technologies comportent un risque. La question est de savoir si ce risque est proportionné au bénéfice pour la collectivité. Aujourd’hui, les technologies nucléaires n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’il y a soixante ans.

Nous réalisons cette interview en pleine canicule. A vos yeux, est-ce le meilleur argument en faveur du nucléaire?
Oui. Le nucléaire n’émet pratiquement pas de CO2. L’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires puis rouvert celles à charbon. C’est la preuve qu’une approche uniquement idéologique ne fonctionne pas. Nous allons électrifier les voitures, multiplier les pompes à chaleur et probablement les climatiseurs. Toute cette électricité devra être produite.

Ne faudrait-il pas surtout construire des villes plus vertes plutôt que des bâtiments toujours plus climatisés?
Les villes sont majoritairement dirigées par la gauche. Si elle estime qu’il manque des arbres ou des isolations dans les bâtiments, elle a les moyens d’agir. A Sainte-Croix, nous plantons des arbres, créons des parcs et de nouvelles places de jeux. L’urbanisme fait partie de la solution. Mais plus la population augmente, plus on bétonne. Et plus on bétonne de surface verte, plus on accentue le réchauffement climatique. En refusant notre initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», la population a repoussé la question migratoire. Mais le bétonnage reste d’actualité.

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Le parcours de Guy Parmelin a montré qu’un Romand pouvait pleinement s’imposer au sommet de l’Etat
»

Les déchets nucléaires resteront dangereux pendant des milliers d’années. Est-il responsable d’imposer ce fardeau aux générations futures?
Les déchets actuels proviennent de décisions prises il y a soixante ans. Nous devons les assumer et la Suisse les gère probablement mieux que n’importe quel autre pays. Quant aux nouvelles technologies, elles produiront beaucoup moins, voire pas de déchets.

Vous demandez à vos petits-enfants d’assumer les conséquences de vos choix.
C’est vrai. Mais quelle est l’alternative? Nous aurons besoin d’environ 50% d’électricité supplémentaire d’ici à 2050. Et les renouvelables ont eux aussi leurs limites: recyclage des panneaux, batteries, terres rares. Il n’existe aucune solution parfaite. La politique consiste à trouver le meilleur équilibre.

Venons-en à vous. Vous êtes syndic, conseiller national, père de deux enfants et vous êtes en train de devenir l’un des nouveaux visages romands de l’UDC. Comment expliquez-vous cette ascension?
Je me suis rapidement intégré au groupe UDC suisse allemand. Je parle la langue, je travaille pour une entreprise suisse allemande, je viens du monde forestier et agricole... et je chante même du yodel. Forcément, cela crée des affinités et facilite les échanges avec mes collègues.

C’est ce qui vous vaut aujourd’hui de piloter des campagnes nationales?
Oui. Aux côtés d’autres, on m’a confié la campagne «Pas de Suisse à 10 millions!», puis la campagne pour les élections fédérales de 2027. Je ne l’ai jamais demandé. On m’a confié ces responsabilités et je les assume.

Si les éoliennes de Sainte-Croix n’ont pas su le convaincre, une nouvelle centrale nucléaire dans le canton de Vaud ne le rebuterait pas.
Photo: Blaise Kormann

Votre nom circule déjà pour succéder un jour à Guy Parmelin au Conseil fédéral. Cette idée vous séduit-elle?
Il y a quelques mois, j’aurais répondu non. Aujourd’hui, je souris quand certains collègues suisses allemands me disent qu’ils voteraient pour moi. Même le président du Parti libéral-radical (PLR) m’a une fois salué en m’appelant «le futur conseiller fédéral»! Mais cela ne fait que trois ans que je siège à Berne.

Le siège de Guy Parmelin doit-il rester romand?
Je me battrai pour cela. Mais un parti national doit aussi tenir compte des équilibres entre les régions.

Guy Parmelin était moqué à ses débuts. Aujourd’hui, il est l’un des conseillers fédéraux les plus populaires. A-t-il changé le regard des Alémaniques sur les Romands?
Oui. Il s’est imposé par son travail et sa maîtrise des dossiers. Il est parfois davantage reconnu en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. Son parcours a montré qu’un Romand pouvait pleinement s’imposer au sommet de l’Etat.

Un Romand tel que vous?
Je ne ferme aucune porte.

Un article de «L'illustré» n°27

Cet article a été publié initialement dans le n°27 de «L'illustré», paru en kiosque le 02 juillet 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°27 de «L'illustré», paru en kiosque le 02 juillet 2026.

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