Des règles absurdes
Vos panneaux solaires risquent de vous rapporter beaucoup moins

Des propriétaires de panneaux solaires critiquent des restrictions locales sur l'usage de leur propre électricité. Anton Ruf, boucher à Winznau, dénonce une perte financière et des règles absurdes. Une motion parlementaire pourrait changer les choses.
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Anton Ruf voulait utiliser l'électricité solaire produite chez lui pour sa boucherie.
Photo: Stefan Bohrer

En bref

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  • En Suisse, des critiques émergent sur les installations solaires, notamment en raison de restrictions communales sur l'utilisation de l'électricité produite. Anton Ruf, un boucher à Soleure, déplore l'impossibilité d'utiliser l'énergie de ses panneaux pour sa boucherie située dans une commune voisine.
  • La limitation des «communautés électriques locales» empêche notamment un Suisse d'économiser environ 500 francs mensuels en frais de climatisation estivale.
  • Selon Swissolar, les nouvelles installations solaires ont chuté de 26% en 2025, une première en huit ans. Des changements réglementaires dès 2027 pourraient néanmoins maintenir leur rentabilité.
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Tobias Bruggmann et Stefan Bohrer

Lorsque le soleil brille de mille feux, les panneaux solaires tournent à plein régime en Suisse. Ces dernières années, de nombreuses personnes en ont fait installer sur leur toit. Mais l'enthousiasme s'essouffle et les critiques sont de plus en plus nombreux. 

«C'est quand même de la folie», déclare Anton Ruf. Depuis 2024, ce boucher possède une installation solaire sur sa maison à Winznau (SO). «Je voulais produire davantage d'électricité et utiliser l'excédent pour ma boucherie.» Pour que ses denrées alimentaires restent au frais, le quinquagénaire a besoin de beaucoup d'électricité dans son établissement. 

Lors de la conception du projet, on lui avait promis qu’il pourrait utiliser l’électricité produite par le toit de sa maison pour sa boucherie. Mais depuis, Anton Ruf n'y croit plus, car sa boucherie se trouve dans le village voisin de Lostorf (SO). Or, il n’a le droit d'utiliser sa propre électricité qu’au sein même de la commune. «C’est absurde. J’ai exactement le même fournisseur d’électricité sur les deux sites», explique Anton Ruf. A présent, il doit réinjecter l’électricité produite chez lui dans le réseau. «Je ne reçois que 9,5 centimes pour cela, alors que je dois payer 32 centimes par kilowattheure à la boucherie. Pourtant, avec l’électricité excédentaire en été, je pourrais couvrir près de la moitié de mes besoins dans mon magasin.»

«C’est justement lors de ces journées estivales particulièrement chaudes que je paie environ 500 francs de plus que d’habitude en frais d’électricité pour la climatisation. Parallèlement, mon installation solaire produit beaucoup plus d’électricité», se désole Anton Ruf. Sur un mois, sa facture d’électricité pour la boucherie s’élève entre 2000 et 3000 francs, selon la chaleur. D’un point de vue purement technique, il serait possible d'étendre ces «communautés électriques locales» au-delà des limites communales. Mais les responsables politiques en ont décidé autrement pour éviter la libéralisation du marché de l’électricité. 

«On s’est fait avoir»

Anton Ruf n’est pas le seul à pester contre ce système. Non loin de Lostorf, Rolf Sommer, élu local de l’UDC Olten, possède une installation solaire sur son toit depuis quatre ans. «On s’est fait avoir», déclare-t-il aujourd’hui. Il est agacé de recevoir de moins en moins d’argent pour l’injection de son électricité. «C’est comme jouer à la roulette russe: il est impossible de faire un calcul prévisible.»

Le développement de l'énergie solaire a perdu de son élan, d'après les chiffres de l’association professionnelle Swissolar. En 2025, pour la première fois depuis huit ans, les nouvelles installations ont baissé de 26%.

De plus, de nouvelles règles s’appliqueront dès l’année prochaine. La quantité et la valeur de l'électricité sur le réseau seront surveillées toutes les heures et en cas de surplus, le prix baissera. Les prix pourraient même être négatifs et dans ce cas, il faudra payer pour l’électricité injectée dans le réseau. A l'inverse, fournir de l’électricité lorsque l’offre est insuffisante deviendra lucratif. La Confédération a décidé d’instaurer une rémunération minimale pour les petites installations solaires. Il est donc peu probable de se retrouver dans le rouge.

Les installations solaires toujours rentables?

Jürg Grossen, président du Parti vert'libéral (PVL), est aussi le président de Swissolar. «Ces dernières années, les tarifs de rachat ont atteint des sommets, car les prix de l’électricité étaient élevés à cause de la guerre en Ukraine. On savait que cela ne durerait pas éternellement, à condition de s’être bien informé. Même si une rémunération plus proche du marché nécessite, dans certains cas, des investissements dans des systèmes de gestion de l’énergie et des batteries, elle réduit les coûts du réseau pour tous et permet aux propriétaires d’installations de générer de nouveaux revenus.» 

Même avec les nouvelles règles en vigueur l’année prochaine, les installations solaires resteront rentables, selon Jürg Grossen. «Même lors des dernières journées de forte chaleur, les tarifs de rachat étaient élevés le soir, atteignant parfois jusqu’à 30 centimes par kilowattheure. Ainsi, ceux qui disposent d’un système de stockage par batterie, qu’ils remplissent pendant la journée pour réinjecter l’électricité le soir, gagnent au final plus d’argent qu’avec l’ancien système.» 

Le président du PVL comprend le mécontentement suscité par le fait que les communautés électriques locales soient confinées aux limites communales. «Une telle restriction n’est pas nécessaire et limite inutilement les consommateurs.» Il a donc déposé une motion au Parlement et ses chances de succès sont bonnes, puisque des conseillers nationaux du Parti Socialiste, des Vert-e-s, du Centre et de l’UDC l’ont également signée. Une lueur d’espoir pour Anton Ruf.


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