La canicule révèle des inégalités sociales en matière de logement et de territoire. Elle met aussi en lumière les épisodes de spéculation qui ont frappé nos villes. Les années 1960 ont été marquées par des démolitions reconstructions d’immeubles, entraînant des expulsions et de fortes hausses de loyers. Les profits de ces propriétaires étaient inversement proportionnels à la qualités des logements. Nous en payons encore le prix. Les malfaçons et les constructions bon marché font de ces logements des fournaises.
Ces immeubles ont surtout été construits dans les quartiers populaires. L’environnement de ces bâtiments a été pensée et réalisé dans la même veine: forte densité, parkings en surface et bitume omniprésents, absence d’arbres (au mieux quelques plantes rachitiques en pot). La chaleur s’accumule en journée. Elle est restituée la nuit. Les habitants sont contraints de vivre H24 dans l’étuve. La différence avec les beaux quartiers saute aux yeux (parcs publics, grands arbres, etc.). Les écarts de températures sont de 4 à 5° avec les quartiers populaires.
Alors que faire? Isoler les bâtiment bien sûr, mais si la température reste identique nuit comme jour, cela ne suffit pas. Il faut agir aussi sur le ville et généraliser les solutions qui ont fait leur preuve dans les beaux quartiers.
Une question de justice sociale
Ces transformations ont un coût. Leur financement est une question de justice sociale. Aujourd’hui, les avantages résultant des nouveaux aménagements et du développement des infrastructures publiques (transports, crèches, écoles, etc.) sont accaparés par les fonds immobiliers UBS, Zurich Assurances et consorts. Ceux-ci achètent les immeubles adjacents, virent les locataires pour divers prétexte puis relouent d’autant plus cher que ces logements se situent désormais dans des quartiers rénovés.
La place des Augustins à Genève est un exemple. La municipalité a investi, réaménagé la place et installé des infrastructures. UBS et Zurich Assurance rénovent et démolissent. L’explosion des loyers n’est possible que parc que ce quartier est désormais un coin où il fait bon vivre. Voici le descriptif d’une offre de location dans ce quartier: «Ce lumineux loft partiellement meublé de 90m2 se situe dans un quartier dynamique et animé à proximités des cafés, des restaurants, des théâtres et autres lieux culturels.» Tout est dit.
Pour un habitat digne
Ces propriétaires privatisent en quelque sorte ces investissements publics, au détriment des habitants. Ce n’est pas une fatalité. L’augmentation de la valeur des biens immobiliers alentours peut aussi devenir une source de financement. La loi fédérale prévoit une taxe sur la plus-value foncière pour financer l’équipement des terrains constructibles. L’augmentation considérable de la valeur des biens immobiliers générés par les investissements publics peut tout aussi bien être taxée pour financer les rénovations urbaines indispensables face aux canicules qui se succèdent.
Récupérer une partie de la rente foncière pour servir l’intérêt public nécessite une forte mobilisation des locataires. L’initiative de l’ASLOCA destinée à supprimer la part abusive des loyers ouvre un espace de débat et de revendications sur le droit au logement.
La justice sociale face au changement climatique doit en faire partie. Le droit au logement ne se résume en effet pas à un toit et quatre murs. Il englobe un lieu de vie assurant à chacun un cadre sain (pollution, chaleur, etc.) et un accès à des services publics de qualité.