Ports iraniens bombardés
Frappé cette nuit, l'Iran garde cet atout pour défier Trump

Trump affirme que le cessez-le-feu est toujours en vigueur malgré une nuit de frappes contre plusieurs ports iraniens. Possible de continuer à négocier dans ces conditions? Le régime des mollahs conserve une arme à sa disposition.
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La population iranienne demeure otage du régime des Mollahs. Lequel peut néanmoins compter sur une base encore solide.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Une nuit de bombardements. Des cibles portuaires identifiées et éliminées par les avions de l’US Air Force, mais aussi par ceux des Émirats arabes unis, engagés directement pour la première fois contre l’Iran.

Ces dernières heures, les bombes et les missiles sont tombés sur les infrastructures iraniennes dans la région du grand port de Bandar Abbas. Plusieurs explosions ont aussi été recensées dans la capitale iranienne et des attaques sur des bases maritimes proches des villes de Minab, Bandar Khamir et Sirik ont été confirmées. En riposte, les Émirats arabes unis ont activé leur défense antiaérienne, alors que le régime iranien a repris ses frappes contre ce pays déjà touché depuis le 28 février par plus de deux mille tirs de missiles et de drones, pour la plupart interceptés.

Cette reprise des combats peut-elle interrompre les négociations en cours entre l’Iran et les États-Unis, alors que Donald Trump maintient que le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril est toujours respecté? Le flou demeure, car l’Iran dispose toujours d’un atout de taille.

Des Iraniens «fous furieux»

Cet atout est simple. Et il peut faire très mal à Donald Trump, même si celui-ci poursuit ses menaces, reprochant aux Iraniens d’être des «fous furieux» et affirmant que Téhéran fera face à une action militaire encore plus sévère si la République islamique n’accepte pas rapidement un accord.

L’atout en question se nomme simplement le calendrier. Dès que les marchés pétroliers mondiaux ont rouvert au sortir de la nuit, le cours du brut s’est remis à grimper. Il frôle toujours les 100 dollars le baril, un niveau assuré de mettre l’économie mondiale en péril si aucune issue n’est trouvée au conflit.

Or Trump a besoin d’une issue alors qu’il se rend à Pékin, les 14 et 15 mai, pour y rencontrer son homologue Xi Jinping. Preuve de la tension ambiante en Asie, que les Iraniens suivent de près: les dirigeants des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), réunis ce vendredi 8 mai à Manille, aux Philippines, ont redit leur grande inquiétude devant ce conflit dont ils dépendent très largement pour leurs importations énergétiques.

Qui peut, dans ces conditions, tenir le plus longtemps dans le bras de fer du détroit d’Ormuz que les Américains bloquent, sans parvenir pour autant à faire passer les navires en provenance ou à destination des pays «amis» du Golfe persique? A priori, l’Iran, malgré le risque de nouvelles frappes.

Deux éléments en faveur de l’Iran

Au moins deux éléments jouent en faveur de Téhéran, dont les États-Unis attendent une réponse sur une ébauche de plan de paix en 14 points qui circule entre les deux pays depuis plusieurs jours.

Le premier est l’affirmation, par l’administration américaine, que les hostilités sont terminées. Donald Trump l’a écrit le 2 mai dans une lettre officielle aux chefs des groupes parlementaires du Congrès des États-Unis, pour justifier son refus de demander l’aval des législateurs sur la guerre entamée le 28 février. Marco Rubio, le chef de la diplomatie, l’a ensuite répété le 6 mai, qualifiant désormais l’action militaire américaine d’«opération défensive», alors que le blocus naval dans le détroit d’Ormuz se poursuit.

Or, déclarer unilatéralement la fin de l’opération «Fureur épique» revient à limiter considérablement les moyens de rétorsion militaires contre l’Iran, notamment à écarter tout assaut terrestre ou bombardement massif contre les infrastructures civiles. Un point crucial pour la survie du régime des mollahs, aujourd’hui transformé en dictature militaire dominée par les Gardiens de la révolution.

Le deuxième élément est la partie diplomatique qui se joue, dans laquelle l’Iran tient la corde puisque tout dépend des concessions que le régime de Téhéran est prêt, ou non, à faire sur son programme nucléaire militaire.

Or là aussi, un élément de calendrier intervient: le vote, ou non, par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution co-rédigée par le Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït et les États-Unis, pour que l’Iran permette un corridor humanitaire dans le détroit afin de laisser passer les navires chargés d’engrais et d’autres marchandises essentielles.

L’ONU et Ormuz

Le texte prévoit que l’Iran abandonne son projet de «péages illégaux» et révèle l’emplacement de toutes les mines afin de garantir la liberté de navigation.

Si elle était adoptée – alors qu’une précédente résolution avait été rejetée le 7 avril en raison de l’opposition de la Russie et de la Chine – cette résolution pourrait ouvrir la voie à la mise en place d’une opération de sécurisation du détroit d’Ormuz préparée par les Européens, sous la conduite de la France. Ceux-ci se disent en effet désormais prêts à intervenir «s’ils reçoivent des garanties suffisantes des belligérants».

Pourquoi l’Iran céderait-il donc maintenant, avant la rencontre entre Trump et Xi? Pourquoi, surtout, les Gardiens de la révolution prendraient-ils l’engagement de renoncer à l’arme nucléaire – comme l’exige le président des États-Unis – alors que le flou sur leurs stocks d’uranium enrichi et sur l’état de leurs infrastructures atomiques constitue encore une forme d’assurance-vie pour leur régime?

Le ministre iranien des Affaires étrangères était ces jours-ci à Pékin. Et il reste très peu probable que la Chine, alliée de l’Iran, apporte son soutien concret aux États-Unis, pour l’heure enlisés dans un blocus naval du détroit d’Ormuz très pénalisant pour l’économie mondiale et qu’ils ne sont pas en mesure de maîtriser.

L’affaire de Trump

Selon la chaîne américaine CNN, «la Chine pourrait être tentée de désamorcer ces tensions et de gagner la bonne volonté de Trump, mais les analystes restent sceptiques quant à la volonté de Pékin d’utiliser réellement son influence pour pousser l’Iran à céder aux exigences américaines, surtout en l’absence d’incitations claires de la part de Washington».

Et CNN de conclure: «Même si la Chine est restée mesurée dans ses critiques envers les États-Unis durant ce conflit, elle considère depuis longtemps que cette guerre est un problème créé par Washington et qu’il appartient à Trump de le résoudre.»

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