Opération suspendue
Les 5 raisons pour lesquelles Trump ne débloquera pas Ormuz

Le président des Etats-Unis a suspendu mercredi 6 avril le convoyage de bateaux dans le détroit d'Ormuz. Il affirme que cette pause a été décidée à «la demande du Pakistan et d’autres pays». Le blocus américain des ports iraniens demeure.
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Donald Trump a décidé mercredi 6 mai de suspendre le convoyage de navires pour sortir du détroit d'Ormuz.
Photo: Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Est-ce le spectacle de navires marchands en feu dans le détroit d’Ormuz qui a dissuadé Donald Trump? Est-ce, comme le président des Etats-Unis l’affirme, la demande du Pakistan et d’autres pays de la région? Est-ce le manque de moyens maritimes pour rouvrir ce détroit, sous la menace des missiles et des drones iraniens?

Les trois, sans doute. Difficile, pour le chef de la première puissance mondiale, de prendre la responsabilité d’un incendie stratégique supplémentaire dans le golfe Persique, après les attaques sur plusieurs navires escortés par les Etats-Unis pour emprunter le détroit d’Ormuz, officiellement bloqué depuis le 13 avril. Résultat: le «Projet Liberté» d’escorte de navires vient d’être suspendu. Et ce, pour au moins cinq raisons.

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Opération trop risquée

Les Etats-Unis, et surtout l’US Navy déployée en masse dans la région avec trois porte-avions nucléaires, ne l’admettront jamais. Et pourtant: l’escorte de navires marchands dans un environnement aujourd’hui aussi hostile et dangereux que le détroit d’Ormuz s’est vite avérée être une mission quasi impossible. Les tirs de missiles et de drones iraniens, assurés de croître si l’opération se poursuivait, auraient à coup sûr fini par toucher leurs cibles. Le spectacle d’un navire de CMA-CGM, le premier armateur mondial, en proie à un incendie ces dernières heures, symbolise cette impasse. La possibilité de voir un navire de guerre américain touché, voire coulé, ne pouvait plus être exclue. Ironie des circonstances, vue l'armada déployée dans le Golfe persique (au large d'Oman): l'US Navy ne peut pas assurer la protection requise avec deux ou trois destroyers, ses hélicoptères Apache et leurs moyens antiaériens.

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La diplomatie avance

L’idée de Donald Trump est toujours la même: forcer l’Iran à capituler sur son programme militaire nucléaire. Pas question d’arrêter le blocus naval tant que le régime de Téhéran n’aura pas mis sur la table une proposition d’abandon immédiat de son programme d’enrichissement de l’uranium, et une offre de restitution des 440 kilos d’uranium enrichi aujourd’hui à sa disposition. Y sommes-nous? Un mémorandum d’une page pour mettre fin à la guerre circulerait ces dernières heures, selon le média Axios. Enflammer le détroit d’Ormuz compliquait donc la donne. Preuve que la diplomatie avance, les Européens semblent d'ailleurs se rapprocher d'une intervention militaire maritime pour débloquer ce détroit crucial. Selon l'entourage du président français, celle-ci deviendrait possible «si des garanties de sécurité» sont données par les bélligérants. On ne parle donc plus d'arrêt des hostilités, mais d'apaisement durable. Signe révélateur: le porte-avions francais Charles De Gaulle se dirige vers la mer Rouge, pour se rapprocher du théâtre d'opérations.

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Les armateurs hostiles

Une escorte, pour être convaincante, doit parvenir à protéger les navires concernés. Or, dès les premières heures, les deux destroyers américains chargés de convoyer les navires hors du détroit d’Ormuz ont démontré qu’ils n’ont pas la capacité d’empêcher toutes les frappes. D’autant qu’ils doivent aussi se protéger eux-mêmes. Une dizaine de vedettes rapides armées iraniennes ont été détruites. La perspective de voir les Gardiens de la révolution lancer des attaques avec des essaims de vedettes ou de drones devenait un risque impossible à assumer pour les armateurs et leurs assureurs. Même s'il battait pavillon maltais, le navire touché de l'armateur CMA-CGM, le porte conteneurs San Antonio, est une cible bien choisie. Qui osera, faire passer ses navires si le N°1 du secteur n'y est pas parvenu?

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Les pays du Golfe terrifiés

La prochaine étape, si le déblocage du détroit d’Ormuz par les Américains se poursuivait, était probablement une reprise des attaques iraniennes contre les pays du Golfe. Et en particulier contre les infrastructures pétrolières de ces derniers, déjà endommagées durant les semaines de guerre aérienne, entre le 28 février et l’entrée en vigueur de la trêve actuelle, le 8 avril. Le coût à payer, pour des pays tels que les Emirats, le Qatar, Bahreïn ou le Koweït, risquait donc de s’aggraver encore. La preuve: l'Iran a frappé ces dernières heures le terminal pétrolier de Fujaïrah aux Émirats, blessant trois personnes. La facture, pour les pays du Golfe est en train de devenir insupportable.

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Trump veut un accord

C’est le point crucial. Alors que le régime iranien conserve d'importantes capacités militaires, en termes de drones et de missiles, Donald Trump a besoin de sortir de ce conflit après deux mois d’hostilités et une flambée des cours du pétrole. Bien sûr, cette incertitude énergétique rapporte aux Etats-Unis, qui vendent leur gaz et leur or noir au prix fort. Mais l’augmentation des prix du carburant et le risque d’un crash boursier inquiètent le président des Etats-Unis, à dix jours de sa rencontre à Pékin avec le président chinois Xi Jinping. La Maison Blanche, selon Axios, estime être proche d’un accord avec l’Iran sur un mémorandum d’entente d’une page visant à mettre fin à la guerre et à établir un cadre pour des négociations nucléaires plus détaillées. Des réponses iraniennes sur plusieurs points clés seraient attendues «dans les prochaines 48 heures».

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