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Les 5 erreurs stratégiques que Trump fait (encore) en Iran

Donald Trump a de nouveau menacé ce week-end de pulvériser l'Iran, en rejettant les dernières propositions de négociation avancées par le régime de Téhéran. Et après? Pourquoi persiste-t-il dans ses erreurs stratégiques?
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Donald Trump continue de multiplier les menaces devant les médias, comme celle de «pulvériser» bientôt l’Iran.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump se trompe. Telle est la conviction de la plupart des experts de l’Iran, familiers de ce pays, du régime des mollahs et de son programme nucléaire. Oui, le président des Etats-Unis fait erreur, alors que le conflit, entamé le 28 février, a dépassé les 60 jours. Son erreur? Penser que la «diplomatie coercitive», à savoir des négociations menées sous la pression des armes, peut faire capituler un pouvoir iranien aujourd’hui très largement aux mains des Gardiens de la révolution.

Autre erreur: multiplier les menaces devant les médias, comme celle de «pulvériser» bientôt l’Iran, alors que, dans un courrier adressé au Congrès américain, l’ancien promoteur immobilier new-yorkais a déclaré, vendredi 1er mai, que les «hostilités sont terminées», justifiant ainsi son refus de solliciter l’accord des parlementaires, comme la Constitution l’y oblige pourtant.

Que veut dire se tromper dans le cas d’un tel conflit, sachant que la supériorité militaire de la coalition américano-israélienne est écrasante? Cela veut dire commettre ces cinq erreurs stratégiques.

Erreur n° 1: trop menacer

La menace et la peur sont les registres préférés de Donald Trump, qui s’est lui–même, samedi 2 mai, comparé à un «pirate» à propos du blocus naval dans le Golfe persique. Mais que peut–il encore faire de plus, après avoir menacé, le sept avril, «d’anéantir la civilisation iranienne», puis de «pulvériser l’Iran»?

La réalité est que les Iraniens savent qu’une reprise des hostilités serait compliquée pour le locataire de la Maison–Blanche, pressé en ce sens par son allié israélien. D’abord, parce que cela ferait encore plus de lui le coupable du crash pétrolier mondial. Ensuite, parce que les cibles militaires et sécuritaires manquent aujourd’hui en Iran, après les 20'000 frappes effectuées entre le 28 février et le début de la trêve, le huit avril. L’erreur de Trump est de penser que le régime iranien redoute ses menaces. Or, dans les faits, celui–ci s’est préparé au pire.

Erreur n° 2: bloquer sans filtrer

L’idée de départ du blocus naval imposé par les Etats–Unis dans le Golfe persique depuis le 13 avril est d’être un barrage filtrant. Objectif: bloquer tous les navires en provenance ou en direction des ports iraniens, y compris s’ils se trouvent dans l’océan Indien. C’est ce qui a été fait puisque 49 navires ont, selon le Centcom, l’état–major régional américain, été arrêtés ou arraisonnés depuis cette date. Problème: le filtre ne marche pas. La menace iranienne fait que tous les navires en provenance et à destination des autres pays du Golfe se retrouvent aussi bloqués!

En clair: bloquer le détroit d’Ormuz sans le contrôler revient à paralyser l’intégralité du trafic maritime. Ce qui est dévastateur pour les pays de la région et l’économie mondiale. L’Iran reste incontournable. La décision du président américain d'entamer, ce lundi 4 mai, une escorte géante pour faire passer les navires et les 20 000 marins bloqués jusque-là dans le Golfe démontre-t-elle qu'il a compris l'enjeu?

Erreur n° 3: exiger la capitulation

Une capitulation est obtenue par la force des armes, à l’issue d’une défaite. Un belligérant se rend et accepte les conditions de son ennemi lorsqu’il a perdu la guerre. Or, l’Iran n’a pas perdu ce conflit, même si le rapport de force est absolument favorable aux Etats–Unis et à Israël. Imaginer, comme Donald Trump le dit, que le régime iranien pourra capituler et abdiquer son programme nucléaire via une négociation est une contradiction dans les termes.

Une négociation suppose des compromis des deux côtés. Et elle peut durer longtemps. L’erreur stratégique est ici de penser que, comme le président des Etats–Unis l’affirme, cette guerre est «gagnée» parce que l’essentiel des moyens militaires de l’Iran a été détruit. Chaque jour démontre que ce n’est pas le cas. Cette guerre n’est pas encore gagnée.

Erreur n° 4: insulter l’ennemi

Il faut prendre le temps de regarder les vidéos de propagande diffusées par le régime iranien. Toutes tournent en dérision Donald Trump, présenté comme un dirigeant idiot qui répète toujours les mêmes mots. Cette propagande est inévitable en temps de guerre, mais Trump y a ajouté une erreur culturelle: il a insulté les Iraniens.

Son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, les a, comme le ministre de la Guerre Pete Hegseth, traités de «rats» qui se cachent dans les «égouts». On se souvient aussi que Trump a affirmé que le prince héritier d’Arabie saoudite lui «lèche les fesses». Ce mépris a pour conséquence de solidariser contre lui le pouvoir à Téhéran.

Erreur n° 5: oublier les Iraniens

Donald Trump ne parle plus du sort du peuple iranien qu’il avait pourtant exhorté, dans plusieurs messages, à se «soulever». Plus aucune mention des souffrances de la population, alors que, chaque jour, des pendaisons publiques ont lieu en Iran pour dissuader toute forme de protestation.

En oubliant la cause qu’il prétendait défendre, le président des Etats–Unis a envoyé au régime iranien un signal clair: il acceptera son maintien au pouvoir si un accord est trouvé sur le nucléaire. De quoi nourrir, dans son pays, les critiques de ceux qui, comme l’influenceur MAGA Tucker Carlson, qualifient ce conflit de «guerre d’Israël».

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