L'opération «Epic Fury» contre l'Iran est loin de la promenade de santé que le président Donald Trump avait imaginée pour l'armée américaine. Malgré des bombardements massifs, les unités iraniennes opposent une résistance farouche depuis des positions dissimulées, infligeant des pertes considérables aux Américains. L'image de la superpuissance intouchable s'est profondément fissurée.
Même les Américains ne sont plus convaincus de leur propre puissance militaire. Le représentant démocrate Ted Lieu de la 57e circonscription appelle à une nouvelle stratégie de défense: «Si l’Iran – une armée de second ordre – peut endommager gravement les bases américaines, cela signifie que la Chine ou la Russie peuvent détruire nos bases à l’étranger.» L’armée américaine doit donc se réinventer et a déjà commencé à le faire.
C'est incontestable: les Etats-Unis possèdent toujours l'armée la plus puissante du monde. Mais les inquiétudes de Ted Lieu ne sont pas sans fondement. La guerre contre l'Iran épuise considérablement les stocks de munitions. Le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) estime que les Etats-Unis ont consommé plus de la moitié de leurs réserves pour certains types de munitions.
Des bases américaines endommagées
La plupart des bases militaires américaines au Moyen-Orient ont aussi été endommagées. Un système radar de défense aérienne crucial a notamment été touché. Les dégâts subis par cette seule installation s'élèvent à 1,2 milliard de dollars. Mais le plus humiliant pour les Américains, c'est que les Iraniens ont prouvé leur vulnérabilité.
Les généreuses livraisons à l'Ukraine sous l'administration Biden ont aussi réduit drastiquement les stocks essentiels, comme les systèmes de défense aérienne et antichar. D'après le quotidien britannique «The Guardian», le nombre de systèmes de défense antimissile Patriot a été divisé par quatre. Selon le type d'arme, il faudra entre un à quatre ans pour compenser industriellement ces pertes.
Une guerre imminente contre la Chine?
Le CSIS estime que le principal risque pour les Etats-Unis ne réside pas dans l'intervention actuelle en Iran, mais dans de potentiels nouveaux conflits avec la Russie et surtout avec la Chine. Les points de discorde n'incluent pas seulement Taïwan et la domination de la région indo-pacifique. Pékin aussi est irrité par les attaques menées par les Etats-Unis contre leurs alliés et fournisseurs de pétrole en Iran et au Venezuela. Un ajustement de la stratégie de défense, comme le demande Ted Lieu, semble donc judicieux. La production d'artillerie a déjà triplé.
Mais le manque de munitions n'est pas le seul problème. L'armée américaine ne semble tout simplement pas préparée à la guerre moderne par drones. Voilà pourquoi elle mise sur des drones bon marché et des systèmes d'interception rudimentaires. Son nouvel objectif: une stratégie de drones reposant sur des milliers d'appareils à bas coût. Les Américains ont déjà investi massivement dans ce domaine, notamment avec le programme pilote «SkyFoundry» qui vise à permettre une production décentralisée de drones.
Outre le développement d'armements de haute technologie, les Etats-Unis doivent investir davantage dans l'endurance et la sécurisation de leurs chaînes d'approvisionnement, selon Marcel Berni, expert en stratégie à l'Académie militaire de l'ETH Zurich. La répartition des forces constituerait un autre atout: au-delà des grandes bases traditionnelles, il est nécessaire de disposer de systèmes plus mobiles, difficiles à localiser et attaquer. L'armée américaine a déjà pris des mesures dans ce domaine, s'éloignant des grandes bases militaires qui ont maintes fois démontré leur vulnérabilité.
Finie la supériorité incontestée
Philipp Adorf, expert américain à l'Université de Bonn, souligne l'impérieuse nécessité de moderniser l'armée américaine. Selon lui, des voix critiques au Congrès et au Pentagone alertent depuis des années sur le fait que l'industrie de la défense américaine n'est que partiellement préparée à un conflit prolongé entre grandes puissances. «Les inventaires précis sont classifiés. Toutefois, de nombreux éléments laissent penser que les Etats-Unis privilégient les opérations militaires courtes et intensives aux guerres d'usure de longue durée» précise Philipp Adorf.
«L’ère de la suprématie américaine quasi incontestée semble révolue. A l’avenir, la résilience deviendra probablement plus importante que la simple supériorité technologique», conclut Philipp Adorf.