L'Iran est «divisé» et «incapable d'agir», a affirmé Donald Trump après l'échec du dernier cycle de négociations. Tandis que Washington dénonce le chaos qui règne à Téhéran, le régime tient bon en apparence. Mais un changement de pouvoir s'opère dans l'ombre, impactant directement la guerre.
L'ayatollah Mojtaba Khamenei est au centre de l'attention, mais jusqu'à présent, il n'a donné aucun signe de vie. Plus de six semaines après sa nomination, il n'apparaît pas en public, ne prononce pas de discours, ne donne pas d'interviews et ne diffuse aucun enregistrement vidéo vérifié. Il communique seulement par messages écrits et certains crient déjà à l'IA.
Pour un régime qui a vécu pendant des décennies sous l'autorité claire d'un dirigeant, la situation actuelle est très inhabituelle. En effet, son père, Ali Khamenei, était omniprésent tandis que son fils reste dans l'ombre, et sans doute pas par choix.
Certaines sources au sein du régime affirment que Modschtaba Khamenei aurait été grièvement blessé lors de raids aériens, qu'il ne peut presque pas parler et qu'il est placé sous protection très rapprochée. Mais alors, si le guide suprême se cache, est-il encore au pouvoir?
Les Gardiens de la révolution prennent le relais
Les regards se tournent vers les Gardiens de la révolution, devenus bien plus qu'une milice. Ils sont aujourd'hui un Etat dans l'Etat, une élite militaire, un réseau économique, un facteur de pouvoir politique et peut-être même un centre de décision. Leur pouvoir se répartit entre plusieurs personnages clés. Le commandant en chef Ahmad Vahidi dirige la stratégie militaire, Mohammad Bagher Zolghadr préside le Conseil de sécurité nationale et le vétéran Yahya Rahim Safavi conseille le commandement sur les questions centrales.
Ce système fonctionne comme un conseil d'administration. Mojtaba Khamenei est le président officiel mais ses généraux sont les véritables décideurs, confie un ancien conseiller du gouvernement au «New York Times». Le nouvel ayatollah se contente d'approuver leurs décisions ou d'y assister en silence.
Un pouvoir sans visage
Cette nouvelle structure de pouvoir rebat les cartes. Tandis que le président s'occupe en premier lieu de la vie quotidienne dans le pays, les questions stratégiques sont décidées par les militaires. D'ailleurs, l'ouverture du détroit d'Ormuz a été annoncée par le gouvernement, puis annulée peu après par les Gardiens de la révolution.
Cette répartition des rôles est encore plus évidente lorsqu'il s'agit des négociations. Ce sont les généraux qui ont interrompu les discussions avec les Etats-Unis après avoir interprété la politique de blocage de Trump comme un signe de faiblesse.
La diplomatie tourne à vide
Pour les Etats-Unis, cette situation est un vrai problème, car les négociations diplomatiques nécessitent une répartition des rôles très claire. Qui fait des promesses et garantit leur mise en œuvre? Actuellement, ces rôles ne sont pas clairs du côté iranien.
Les négociateurs se présentent et défendent des positions mais en interne, elles sont sans cesse rééquilibrées ou surévaluées. Les décisions peuvent être annulées à tout moment par d'autres centres de pouvoir, rendant les discussions imprévisibles.
L'erreur d'appréciation de Trump
Trump interprète cette dynamique comme une faiblesse. Pour lui, l'Iran est divisé et donc plus facile à impressionner. Mais de nombreux experts sont persuadés du contraire. Le système politique iranien semble certes chaotique, mais il est aussi hautement adaptable. Le pouvoir n'a pas disparu, il s'est redistribué, plus que jamais détenu par un réseau militaire peu enclin au compromis et imprévisible.
L'Iran a donc bien un chef, sauf que ce n'est plus un ayatollah omnipotent, mais un collectif de généraux et d'appareils de sécurité. La question décisive n'est donc pas de savoir si le régime va s'effondrer, mais plutôt si un nouveau noyau de pouvoir est en train de s'établir en pleine guerre. Un Etat militaire fantôme est-il en train de diriger pendant que l'ayatollah s'efface pour devenir une figure symbolique invisible?