Avec ses déclarations retentissantes sur son réseau Truth Social et ses conversations téléphoniques multiples avec des journalistes, Donald Trump n'a fait qu'ajouter ces derniers jours à la confusion autour de ses projets concernant l'Iran. Le président américain commente le conflit quasiment en temps réel au gré d'échanges plus ou moins expéditifs avec des reporters – dont un correspondant de l'AFP – qui l'appellent sur son téléphone portable.
A deux reprises, ces derniers jours, la Maison Blanche a dû rectifier des déclarations faites dans ces conditions par le milliardaire de 79 ans. Dimanche, Donald Trump a affirmé à la chaîne ABC que JD Vance ne conduirait pas la délégation américaine pour la reprise des discussions avec l'Iran au Pakistan, ce qui a été très vite démenti de source officielle.
Lundi, le président américain a assuré au New York Post que les négociateurs étaient en route pour Islamabad, ce qui était faux. Loin d'avoir quitté Washington, le vice-président s'y trouvait encore à la mi-journée mardi pour participer à des «réunions supplémentaires». Ces conversations multiples avec des reporters mettent à mal la conviction, jusqu'ici bien ancrée, que «le président des Etats-Unis doit toujours avoir des communications sécurisées» et que son «temps est précieux», note Robert Rowland, professeur de communication à l'université du Kansas.
«A l'opposé»
Et de rappeler à l'AFP le bras de fer qui avait opposé Barack Obama aux services de sécurité concernant l'appareil de type BlackBerry auquel l'ancien président démocrate était très attaché, mais que ses conseillers jugeaient trop peu fiable.
L'universitaire note aussi que là où ses prédécesseurs s'efforçaient d'adopter un ton rassembleur en temps de conflit, Donald Trump «est à l'exact opposé. Il politise à l'extrême». Lundi et mardi encore, le président républicain s'en est pris violemment à l'opposition. Sur son réseau Truth Social, il a qualifié les démocrates de «traîtres» qui «font tout ce qui est en leur pouvoir pour nuire» à l'opération «Furie épique».
Dans son élan, le milliardaire s'en est pris à plusieurs médias pour leur couverture du conflit. Le Wall Street Journal a révélé lundi que Donald Trump ne consultait ni n'avisait personne avant de publier sur sa plateforme des messages semés de majuscules et points d'exclamation, mêlant menaces apocalyptiques et tournures désinvoltes, voire franchement grossières.
Le journal rapporte aussi que l'entourage du président l'a tenu partiellement à l'écart pendant le récent sauvetage d'un aviateur américain en Iran, de peur que son «impatience» ne perturbe la spectaculaire opération. Cette impulsivité se manifeste aussi, selon Robert Rowland, par des «violations» répétées des convenances diplomatiques et des usages militaires les plus solennels.
Souvenir du Vietnam
Donald Trump a été très critiqué après avoir arboré une casquette brodée des lettres «USA» en lettres dorées pour accueillir les dépouilles de militaires tués au Moyen-Orient. Ce alors qu'un modèle similaire de couvre-chef était en vente sur le site de la Trump Organization pour 55 dollars.
Il a aussi scandalisé nombre de chrétiens américains en diffusant une illustration le représentant tel Jésus, en compagnie, entre autres d'un soldat en uniforme et d'un avion de combat. Fait rare, le président américain a ensuite retiré la publication. Le républicain, exempté de combattre au Vietnam pour des raisons médicales, n'a pas hésité mardi à affirmer sur CNBC qu'il aurait remporté «très rapidement» cette guerre (1954-1975) s'il avait été au pouvoir à l'époque.
La communication de Donald Trump sur l'Iran, déjà erratique, est brouillée encore davantage par son goût toujours plus prononcé pour les digressions sur son sujet de prédilection: la construction et la rénovation de bâtiments. Pendant son interview mardi sur CNBC, il s'est par exemple embarqué dans une critique détaillée et animée de travaux entrepris à la Réserve fédérale, dont il déteste l'actuel patron, Jerome Powell.
Cela a donné à Donald Trump l'occasion d'évoquer à nouveau le chantier qui lui tient le plus à coeur, celui d'une monumentale salle de bal à la Maison Blanche: «Je construis en dessous du budget prévu et plus vite que le calendrier prévu», s'est vanté l'ancien promoteur immobilier. Selon le Washington Post, le président américain a mentionné cette fameuse salle de bal en moyenne une fois tous les trois jours depuis le début de l'année.