Et s'il sortait vainqueur du chaos planétaire que risque d'engendrer une reprise des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran? A l'heure d'écrire ces lignes, Donald Trump prétend qu'un accord est à portée de main avec la République islamique. Sauf que celle-ci renâcle, et que le mystère demeure sur ses intentions. Plus grave: la reprise des hostilités dans le détroit d'Ormuz pourrait dégénérer, après des tirs de l'US Navy contre un cargo iranien, et des tirs en riposte des Gardiens de la révolution. Alors, qui tient la corde?
Le président des Etats-Unis a, en théorie, beaucoup à perdre d'une reprise des hostilités qui démontrerait à la fois son incapacité à faire plier l'Iran et l'inefficacité de son blocus maritime du détroit d'Ormuz. Si des frappes reprennent après l'expiration de la trêve, qui s'achève mercredi 22 avril au soir, les marchés financiers changeront aussi brusquement d'attitude. Jusque-là, les investisseurs croient à la réussite de la négociation entreprise sous les auspices du Pakistan.
Ils parient sur une accalmie à terme, et donc sur une forme de reddition négociée de la République islamique. Idem pour les marchés pétroliers. Malgré la crise sévère que doivent affronter les pays d'Asie du Sud-Est, privés de leur pétrole et de leur gaz en provenance du Moyen-Orient, le prix du baril d'or noir est aujourd'hui stabilisé en dessous de 100 dollars. Le moment de panique est derrière nous, et Trump capitalise là-dessus vis-à-vis de son électorat MAGA («Make America Great Again»), très hostile aux «guerres sans fin».
Beaucoup à perdre
Mais Donald Trump a-t-il vraiment beaucoup à perdre si le chaos revient? Pas si sûr. L'écueil le plus difficile à surmonter sera, pour le locataire de la Maison Blanche, la réaction des pays alliés des Etats-Unis dans la région. De l'Arabie saoudite au Qatar en passant par les Emirats arabes unis, tous ces pays ont cruellement besoin d'oxygène économique. Il faut pour cela que le détroit d'Ormuz rouvre.
Mais, avec le cynisme qu'on lui connaît, Trump parie sur une modification des routes du pétrole. Il pense que cette crise peut obliger les Européens à acheter davantage d'hydrocarbures américains, et il y voit une manière supplémentaire de les obliger à nuancer leur boycott pétrolier et gazier de la Russie. Le président le répète d'ailleurs sans cesse: cette guerre au Moyen-Orient, et la question d'Ormuz, n'aura pas de conséquence directe sur son pays. Faux? Oui, si les marchés boursiers s'écroulent. Non, s'ils résistent.
L'autre victoire que Trump espère emporter, même si un accord n'est pas trouvé avec l'Iran, concerne la Chine. Pour l'heure, Pékin reste calme et déterminé. Les réserves de pétrole chinoises peuvent permettre au régime chinois de tenir quatre mois. La Chine profite par ailleurs du déploiement maritime américain au Moyen-Orient pour pousser ses pions navals en Asie-Pacifique.
A court terme, la Chine apparaît donc gagnante. Mais à moyen terme, et plus encore à long terme, tout cela sera différent. La Chine a besoin d'exporter. Il lui faut accéder au marché américain. Le prix du trafic maritime, qui va renchérir le prix des produits chinois, l'impacte directement. Plus les assureurs augmentent leurs primes pour les navires, plus les cargaisons «Made in China» deviennent onéreuses, donc moins concurrentielles. Donald Trump, ne l'oublions pas, est un protectionniste invétéré. Il compte aussi sur cette crise pour dynamiser la demande intérieure de produits américains. Ce qui n'est pas du tout acquis en période d'augmentation généralisée des prix.
Un poison pour les Etats-Unis
Le chaos semble être un poison pour les Etats-Unis. Oui, sur le plan de la crédibilité géopolitique. Oui pour leurs alliés européens et asiatiques, qui se retrouvent mis devant le fait accompli et tributaires d'un conflit mené avant tout pour garantir la sécurité d'Israël, sur qui le programme nucléaire militaire iranien fait peser une menace «existentielle».
Mais une autre lecture de cette guerre impose de se montrer prudent. Ce conflit coûte très cher aux Etats-Unis, mais il fait tourner la machine du complexe militaro-industriel. L'Iran reste, aux yeux des Américains, une menace qui mérite d'être éradiquée. La question est toujours la même: une reprise des frappes conduira-t-elle à une escalade maîtrisée? Ou, au contraire, à un chaos tel que les pays amis des Etats-Unis se retourneront contre Trump à quelques semaines du 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance du pays, le 4 juillet? Le joueur de poker Trump garde des atouts. Seront-ils suffisants?