Le syndrome chinois. Tel est le mal qui menace Donald Trump et son blocus naval du détroit d’Ormuz, en vigueur depuis 48 heures. Pourquoi? Parce que l’efficacité de cette manœuvre maritime dépend presque entièrement de la coopération, ou non, de la Chine et des armateurs qui, d’ordinaire, alimentent la seconde économie mondiale en carburant, en engrais, en gaz, en aluminium et en soufre en provenance du golfe Persique. La Chine, où Donald Trump doit se rendre à la mi-mai pour rencontrer Xi Jinping, s’est pour l’heure contentée de dénoncer l’atteinte au droit international, qu’elle ne respecte elle-même pas en mer de Chine du Sud. Mais dans les faits, son obsession est le calendrier. Pékin a le même souci que les pays du Golfe alliés des Etats-Unis: le seul blocus de l’Iran acceptable est celui qui ne s’éternisera pas.
Lors de sa conférence de presse, ce jeudi 16 avril, le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a averti les Iraniens qu’ils sont surveillés et qu’ils n’ont aucune chance d’échapper à la machine de guerre américaine. L’intéressé a aussi affirmé que la Chine ne s’opposera pas à la traque de tous les navires qui, dans les mers d’Asie, se dirigent vers les ports iraniens ou en arrivent. Vraiment? Est-il possible, pour le pouvoir communiste chinois, de voir ainsi son allié traqué par l’US Navy?
Si ce blocus dure...
Mais surtout, que va-t-il se passer si ce blocus dure, incapable d’obtenir la capitulation nucléaire iranienne que les Etats-Unis continuent de réclamer? L'annonce ce soir par Donald Trump d'un cessez-le-feu entre le Liban et Israël, sur l'autre théatre de cette guerre, démontre que l'heure est à la diplomatie. Idem pour la visite à Téhéran du chef d'Etat major de l'armée pakistanaise, le Maréchal Asim Munir. Restent les faits. 20% du commerce mondial du gaz et du pétrole passent par le détroit d'Ormuz. Et Pékin considère ce détroit comme esssentiel pour sa sécurité. Un haut responsable français, expert de la Chine communiste, nous le rappelait encore cette semaine: «Le régime communiste ne lâchera pas Téhéran. C’est un allié essentiel. Les Chinois veulent que Trump se discrédite plus encore aux yeux du monde. Leur seule limite est le calendrier: ils ont quatre mois de réserves pétrolières stratégiques, ce qui est énorme. Ils veulent plus que jamais atteindre l’autosuffisance énergétique. Sauf qu’ils ont besoin d’exporter et qu’ils ont tout à perdre à une grande panne économique mondiale.» Les pays européens, qui se réunissent le 17 avril à Paris pour une furture opération de sécurisation du détroit d'Ormuz, après l'arrêt des hostilités, sont dans la même situation.
Concrètement, un autre problème menace ce blocus: le sort des pays de la région alliés des Etats-Unis. Lors de leur intervention ce jeudi au Pentagone, à Washington, le commandant en chef interarmées, Dan Caine, et le commandant de la région du Moyen-Orient, l’amiral Bradley Cooper, ont insisté sur la puissance navale déployée. Treize opérations d’arraisonnement ont déjà eu lieu à proximité du détroit d’Ormuz. Les deux officiers supérieurs ont aussi détaillé le protocole. Chaque navire repéré par l’US Navy est prévenu par un message: «Ne tentez pas de transgresser le blocus. Vous serez arraisonnés et saisis si vous le faites.» Soit.
Destination : les ports iraniens
Mais comment identifier les cargaisons à destination des ports iraniens? Que faire si les commandants des navires falsifient les documents ou donnent de mauvaises informations? Plus problématique: comment garantir aux navires à destination des pays du Golfe qu’ils ne se trouveront pas sous le feu de l’Iran, ou qu’ils ne buteront pas sur une mine sous-marine?
Le sort du blocus naval décidé par Trump dépend entièrement du calendrier. Si les pourparlers reprennent vite à Islamabad, au Pakistan, et que la délégation de la République islamique met sur la table des concessions nucléaires suffisantes, le message envoyé sera positif. Les pays de la région, économiquement asphyxiés, reprendront espoir. Dans le cas contraire, rien n’est prévu. La Chine, alors, commencera à grincer des dents et à le faire savoir. La date butoir que Pékin a en tête est sans doute celle de la rencontre Trump-Xi, les 14 et 15 mai. Il reste exactement un mois. Un mois pour démontrer que ce blocus est en mesure d’arracher à l’Iran les concessions que les 15'000 frappes aériennes effectuées depuis le 28 février, et la liquidation de plusieurs dizaines de ses dirigeants, ont échoué à obtenir.