Le téléphone rouge entre Pékin et Washington est-il en train de crépiter? Au vu des tensions sur le marché mondial de l'énergie que risque d'entraîner le blocus naval du détroit d'Ormuz décrété par Donald Trump, c'est plus que probable. 80% du pétrole de l'Iran est acheté par la Chine, dont les pétroliers ont impérativement besoin de transiter par le détroit aujourd'hui le plus célèbre du monde.
Tous ces tankers battant pavillon chinois, ou à destination des ports chinois, sont remplis d'or noir au terminal pétrolier de Kharg, sur cette île que les Etats-Unis ont prise pour cible, détruisant ses infrastructures militaires. Quid si cette manne pétrolière est asséchée?
Donald Trump sait, en déclenchant ce blocus naval, qu'il a Pékin dans la ligne de mire. D'abord en raison de la dépendance énergétique de la seconde puissance économique mondiale, qui dispose toutefois d'autres sources d'approvisionnement dans la région. Les pétroliers chinois s'approvisionnent aussi en Arabie saoudite ou au Koweït, deux pays qui pourraient augmenter leurs livraisons, puis garantir le passage du détroit avec l'US Navy.
Mais une autre raison, plus politique, est de nature à fâcher la Chine: la nouvelle menace de Trump d'augmenter ses tarifs douaniers sur les produits chinois de 50%, à moins d'un mois de sa rencontre prévue avec Xi Jinping à Pékin, les 14 et 15 mai. Leur rendez-vous, initialement prévu fin mars, a déjà été reporté par le président américain. Une seconde annulation serait, pour le président chinois, une perte de face difficilement acceptable.
Blocus illégal
Tout va donc dépendre, dans les jours qui viennent, de la capacité de Washington et de Pékin à s'entendre ou non, alors que la Chine juge illégal ce blocus et qu'elle s'est opposée, comme la Russie, au projet de résolution présenté par les pays du Golfe à l'ONU pour autoriser sa réouverture par la force. Le 7 avril, les deux pays membres permanents du Conseil de sécurité ont opposé leur veto à ce texte qui visait à autoriser une intervention militaire pour empêcher l'Iran de fermer le détroit.
Pour rappel, la Russie, comme la Chine, sont des alliés de la République islamique, mais aussi des soutiens militaires aux Gardiens de la révolution. La chaîne américaine CNN a rapporté, le 11 avril 2026, que Pékin se préparerait à livrer des systèmes de défense antiaérienne portables (MANPADS) à l'Iran, ce qui compromettrait le contrôle absolu du ciel par les États-Unis et Israël.
Depuis le début des frappes le 28 février, la Russie est de son côté accusée de fournir des renseignements satellitaires à l'Iran, et peut-être même des drones en pièces détachées, via la mer Caspienne. Difficile d'imaginer que ces deux pays laissent aujourd'hui l'armada aéronavale américaine étrangler l'Iran sans réagir.
Plusieurs options s'offrent à la Chine
Que peut entreprendre la Chine, qui compte par ailleurs parmi les principaux fournisseurs de l'Iran en technologies, équipements et produits manufacturés? Au moins trois choses selon les experts maritimes.
La première pourrait consister à envoyer sur zone, au plus près des bâtiments de l'US Navy, ses navires de surveillance «Liaowang-1» ou «Dayang Yihao», déjà repérés dans le golfe d'Oman et à proximité du golfe Persique. Grâce à leurs capacités de renseignement, ces deux vaisseaux pourraient, en temps réel, fournir aux Iraniens des informations cruciales sur les navires autorisés à traverser le détroit.
Avec, pour conséquence, de les transformer en cibles pour les Gardiens de la révolution, qui dénoncent l'illégalité de ce blocus naval, assimilé à «un acte de piraterie». L'Iran, dans ce cas de figure, violerait le cessez-le-feu conclu le 11 avril, suivi d'une infructueuse session de négociations à Islamabad.
Négocier ou forcer le passage ?
Seconde possibilité pour la Chine: négocier avec les Etats-Unis un passage de ses navires pétroliers ravitaillés en dehors de l'Iran. Ce qui voudrait dire lâcher son allié. Peu probable sans contrepartie américaine. La réalité est en effet que les deux puissances s'affrontent dans cette région cruciale du Golfe où l'Iran, mais aussi le Pakistan – qui a hébergé les 21 heures de pourparlers – sont des relais pour Pékin.
La clé pourrait se trouver en Arabie saoudite, liée par un «partenariat stratégique global» initié en 2016 et renforcé en 2022. Si Riyad donne des assurances pétrolières et énergétiques à la Chine, qui est aujourd'hui son premier partenaire commercial, un «donnant-donnant» pourrait émerger et l'Iran se retrouverait marginalisé. Sauf que l'objectif de Trump, comme au Venezuela, est justement de mettre la main sur les réserves pétrolières du Golfe pour entraver la croissance chinoise, en particulier dans le secteur de l'intelligence artificielle, très gourmand en énergie...
Troisième hypothèse, beaucoup plus musclée et risquée: le forcing naval chinois. Si la Chine décidait de faire escorter ses pétroliers et ses cargos dans le détroit d'Ormuz, après avoir conclu un accord de passage avec l'Iran, la flotte américaine se retrouverait dans l'obligation d'intervenir.
Les deux frégates de l'US Navy désormais positionnées de part et d'autre du Golfe, l'USS Frank E. Peterson et l'USS Michael Murphy, auraient-elles le feu vert du Pentagone pour tirer sur ces convois chinois? Des commandos américains intercepteraient-ils ces navires, comme cela fut le cas en janvier 2026 pour deux pétroliers «fantômes» russes à destination du Venezuela?
L'ONU à la rescousse
Tout blocus naval imposé dans les eaux internationales est considéré comme illégal au regard du droit international et de la Convention de l'ONU sur le droit de la mer, signée à Montego Bay (Jamaïque) en 1982. Celle-ci prévoit en outre spécifiquement l'interdiction pour les Etats riverains d'entraver le passage dans les détroits.
La Chine, qui l'a signée et ratifiée, n'hésite toutefois pas à la violer en mer de Chine du Sud. Les Etats-Unis, en revanche, ne l'ont toujours pas ratifiée.