Inspirée par le président Richard Nixon
Donald Trump et «la stratégie du fou», une arme à double tranchant

Donald Trump menace de «ramener l’Iran à l’âge de pierre» pour pousser Téhéran à négocier. Cette stratégie, inspirée de la «théorie du fou» de Richard Nixon, soulève des doutes parmi les experts.
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Les menaces de Trump envers l'Iran cachent-elles une stratégie plus élaborée qu'on ne le pense?
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
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Mattia Jutzeler

Il va bombarder l’Iran «pour le ramener à l’âge de pierre» et anéantir «une civilisation entière». C’est avec ce type de déclarations brutales que Donald Trump s’est fait remarquer dans les jours précédant le cessez-le-feu avec l’Iran.

Certains experts voient derrière ces menaces une stratégie du président américain. Il chercherait délibérément à se présenter comme imprévisible, voire irrationnel, afin de pousser son adversaire à négocier et à concéder davantage. Cette approche s’inscrit dans la théorie dite du «Madman», autrement dit la «théorie du fou».

Utilisée pendant la guerre du Vietnam

La théorie du «Madman» remonte à l’ancien président américain Richard Nixon (1913-1994). Il a dirigé les Etats-Unis durant les dernières années de la guerre du Vietnam, de 1969 à 1973. A cette époque, Richard Nixon aurait demandé à ses négociateurs de le présenter aux dirigeants communistes comme «un peu fou» et «capable de la brutalité la plus extrême», selon «The Guardian».

«Je veux que les Nord-Vietnamiens croient que j’en suis arrivé à un point où je ferais tout pour mettre fin à la guerre», expliquait-il peu après son élection. Pour appuyer cette posture, Richard Nixon est passé à l’acte. Fin 1972, peu avant la fin du conflit, il a ordonné des bombardements massifs sur le nord du Vietnam.

Une stratégie qui nuit à la confiance

Ce n’est un secret pour personne que Trump connaît bien la théorie du «Madman» et qu’il y a déjà eu recours. Lors de son premier mandat, il avait notamment menacé le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un de «feu et de fureur». Selon le politologue Daniel Drezner, professeur à l’Université de Saint-Gall, sa politique douanière agressive relève de la même logique.

«Dans certaines circonstances, la théorie du Madman peut fonctionner comme stratégie à court terme», estime-t-il. Par exemple, lorsqu’elle est utilisée sur un point précis d’une négociation, tout en laissant la porte ouverte à des compromis ailleurs.

Mais sur le fond, Daniel Drezner reste sceptique. Selon lui, cette stratégie fragilise fortement la confiance entre partenaires. «Lorsque Trump agit de cette manière, son interlocuteur doute souvent du respect d’un éventuel accord», explique-t-il. Résultat: les discussions peuvent s’enliser ou les positions se durcir.

Parallèles entre le Vietnam et l'Iran

La guerre du Vietnam a déjà montré les limites de cette approche dans un conflit de grande ampleur. Le Nord-Vietnam a certes signé un accord de paix avec les Etats-Unis en janvier 1973, mais celui-ci n’a pas été durablement respecté.

Les troupes américaines ont ensuite quitté ce pays d’Asie du Sud-Est. Deux ans plus tard, le Nord-Vietnam s’emparait de Saïgon, capitale du Sud-Vietnam, unifiant le pays sous régime communiste. Un revers majeur pour les Etats-Unis. Près de 60’000 soldats américains ont perdu la vie dans ce conflit.

Un schéma comparable semble aujourd’hui se dessiner dans l’armistice obtenu par Trump avec l’Iran, selon une analyse du «Guardian». Téhéran accepte de rouvrir le détroit d’Ormuz, un point clé pour le commerce mondial du pétrole. Mais celui-ci était déjà accessible avant l’attaque israélo-américaine du 28 février. La principale nouveauté réside dans l’exigence iranienne d’un droit de passage pouvant atteindre 1,5 million de francs par pétrolier.

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