Les marchés ont d’abord salué la trêve dans le Golfe persique avec enthousiasme. Partout dans le monde, les actions ont progressé. Le baril de Brent a même perdu jusqu’à 20 dollars par rapport à son niveau d’avant Pâques.
Mais de nombreux observateurs jugent cette réaction excessive. Beaucoup doutent de la solidité du cessez-le-feu conclu entre le président américain Donald Trump et l’Iran pour une durée de deux semaines. Téhéran durcit déjà le ton. La libre circulation dans le détroit d’Ormuz reste très incertaine, alors que cette voie maritime est essentielle à l’économie mondiale et connaît déjà de nouvelles perturbations.
Certes, la flambée des prix de l’essence, du diesel et du mazout a été freinée pour l’instant. Mais un retour aux niveaux d’avant-guerre pourrait prendre du temps. Le pétrole reste environ un tiers plus cher qu’avant le début du conflit. Les consommateurs continuent donc de payer des prix élevés.
Situation incertaine dans le Golfe Persique
L’économiste et experte en matières premières Cornelia Meyer ne comprend pas la chute rapide des prix du pétrole. «Cet effondrement est beaucoup trop brutal. Personne ne sait à quel point le passage par le détroit d’Ormuz est réellement sûr ni comment la situation va évoluer.» Selon les estimations, entre 800 et 1000 cargos et pétroliers attendent toujours de pouvoir transiter depuis le début de la guerre. Cet engorgement devra d’abord être résorbé. A cela s’ajoute une possible taxe de passage pouvant atteindre 2 millions de dollars par pétrolier. Ces coûts finiront inévitablement par être répercutés.
Cornelia Meyer s’attend à de fortes fluctuations dans les prochains jours. «Ce qui m’inquiète, c’est la volatilité. A chaque nouvelle information, les prix peuvent basculer dans un sens ou dans l’autre.» Cette incertitude complique la planification et freine les investissements, avec des conséquences négatives pour l’économie mondiale.
Approvisionnement en carburants et combustibles assuré
«A court terme, le cessez-le-feu n’a pas d’impact sur la disponibilité des produits pétroliers. En Suisse, l’approvisionnement en biens essentiels reste garanti», indique l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE). Mais cette situation pourrait évoluer rapidement. Les volumes déjà commandés permettent de couvrir les besoins jusqu’à fin avril. L’OFAE précise toutefois: «A partir de mai 2026, il faut s’attendre à une interruption des livraisons en Europe.» La Suisse pourrait alors subir une hausse des prix ou des tensions sur l’approvisionnement.
En cas de pénurie, la Confédération pourrait libérer les réserves obligatoires détenues par les membres de l'organisation Carbura. «Contrairement à d’autres pays, la Suisse stocke des produits finis. En cas d’urgence, essence, diesel et mazout peuvent être distribués rapidement via les chaînes logistiques existantes, aux prix du marché», explique Andrea Studer, directrice de Carbura.
En théorie, ces réserves couvrent environ quatre mois et demi de consommation pour l’essence, le diesel et le mazout, et trois mois pour le kérosène en cas d’interruption totale. «Avec une baisse d’environ 20% de l’offre mondiale liée à la fermeture du détroit d’Ormuz, ces réserves pourraient tenir près de 22 mois», précise Andrea Studer. Ces stocks sont financés par les consommateurs. Une contribution de 0,15 centime par litre de diesel est notamment prélevée pour garantir cet approvisionnement.
«Encore cinq jours et les prix de l'essence baisseront»
«Il faudra environ cinq jours pour que les prix à la pompe reculent», estime Markus Gasser, gérant de station-service. Il observe que le diesel à l’achat était déjà environ 15 centimes moins cher mercredi matin que la veille. Mais de nombreux exploitants écoulent encore leurs stocks achetés à des prix élevés avant d’ajuster leurs tarifs. De nouvelles hausses ne sont toutefois pas attendues à court terme.
Le mazout recule, le gaz revient à son niveau d’avant-guerre
Contrairement à l’essence, le mazout a immédiatement réagi à la trêve. Son prix a chuté de 11,5% en une journée. Le gaz est déjà revenu à son niveau d’avant-guerre. Les craintes d’une flambée des prix en Europe et en Suisse ne se sont, pour l’instant, pas concrétisées, et les températures estivales limitent actuellement la demande en chauffage.
Les réserves de gaz en Europe restent toutefois faibles, avec un taux de remplissage d’un peu plus de 28%. Il faudra reconstituer les stocks avant l’hiver. Si la trêve venait à échouer, une nouvelle hausse des prix du gaz reste possible.
Le kérosène sous pression, voyager coûte plus cher
Les voyageurs aériens devraient faire face à une hausse des prix à court et moyen terme. En effet, le kérosène se fait rare. En Asie notamment, des vols sont annulés faute de carburant. La guerre dans le Golfe contraint aussi les compagnies aériennes à allonger leurs trajets, ce qui augmente leur consommation.
Dans le transport maritime, des suppléments de carburant de 50 à 90 euros sont déjà appliqués aux passagers. Sans amélioration rapide de la situation dans le Golfe, les voyages en bateau, qu’ils soient fluviaux ou maritimes, devraient coûter plus cher cette année.