Enfin de «bons» mollahs
Trump délire ou les Iraniens sont enfin prêts à négocier?

Le président des Etats-Unis l'a affirmé dimanche: une troisième équipe de dirigeants iraniens est aujourd'hui au pouvoir, prête à négocier. Vraiment? Rêve ou réalité, alors que la guerre se poursuit?
1/4
Donald Trump affirme qu'une nouvelle équipe de dirigeants iraniens est désormais aux commandes de la République islamique.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

Il la désigne déjà comme la troisième équipe au pouvoir en Iran depuis le début de la guerre. «Nous avons eu un changement de régime, on le voit déjà, parce que le premier régime a été décimé, détruit, ils sont tous morts», a estimé le président américain dans son avion Air Force One.

«Le régime suivant », nommé dans la foulée de la mort de l'ayatollah Khamenei, «est en grande partie mort» également, a-t-il ajouté. Place donc au troisième changement de dirigeants en Iran, depuis les premières frappes aériennes le 28 février, selon le locataire de la Maison-Blanche. Des dirigeants avec lesquels il affirme être « presque sûr » de conclure un accord. Vrai? Faux? Délire de Trump ou réalité diplomatique? Voici ce que l'on sait en 5 points.

Des négociations ont bien lieu

Il n'y a pas encore eu de session de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis depuis le début des frappes. La dernière fois qu'une délégation iranienne et américaine se sont rencontrées, c'était à Genève le 27 février, sous l'égide du sultanat d'Oman. Un pays du golfe Persique, situé face à l'Iran, dont le ministre des Affaires étrangères a depuis regretté l'attitude des Etats-Unis, qui n'ont pas donné suite aux propositions de Téhéran, préférant déclencher une guerre aérienne sous la pression d'Israël.

Il est établi, en revanche, qu'un canal d'information fonctionne entre le régime iranien et l'administration Trump. Il a jusque-là permis de faire passer des messages via le Pakistan, qui s'est dit prêt, dimanche, à accueillir des discussions «significatives» entre les émissaires des mollahs et ceux du président des Etats-Unis. Deux faits étonnants: le rôle du Pakistan, pays allié de la Chine, et l'arrivée possible dans le processus du vice-président JD Vance, vétéran de la guerre en Irak et défavorable à ce conflit depuis le début. Encore plus étonnant: la menace de détruire l'île de Kharg pour faire pression sur les Iraniens. Trump sait-il où il va?

Le changement de régime n'a pas eu lieu

Il faut avoir l'aplomb de Donald Trump pour qualifier l'émergence de nouveaux dirigeants iraniens de «changement de régime». A ce stade, la République islamique d'Iran demeure solidement en place, malgré l'élimination de plusieurs dizaines de ses dirigeants, à commencer par l'ancien guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février avec une trentaine de cadres du pouvoir, dans un bunker de Téhéran.

On sait aussi que, depuis le 28 février, l'ancien coordinateur de la sécurité Ali Larijani a été tué, tout comme plusieurs chefs des Gardiens de la révolution, dont le dernier en date, Alireza Tangsiri, chef de leur marine. Outre le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei (fils de son prédécesseur), désigné le 9 mars et resté invisible depuis, les dirigeants le plus souvent cités sont Mohammad Ghalibaf, président du Parlement, Mohammad Baqer Zolqadr, nouveau responsable du Conseil national de sécurité, et Saeed Jalili, chef de la faction la plus dure des «Gardiens». Nouveau régime? Si Trump le dit...

Trump dit (presque) n'importe quoi

Les dernières apparitions publiques du président des Etats-Unis ont laissé perplexe la planète entière. Que penser d'un président qui, après avoir affirmé que la guerre prendra «quatre à cinq semaines» – ce qui supposerait sa fin cette semaine — parle aujourd'hui d'un «troisième régime» en place à Téhéran?

Et que dire de son commentaire sur le prince héritier Mohammad bin Salman, qui lui «embrasse le c...» (« kissing my ass »), alors que son pays, l'Arabie saoudite, est quotidiennement sous le feu des missiles iraniens? Est-ce une nouvelle version du brouillard de la guerre version Trump, destinée à calmer son électorat MAGA (Make America Great Again), de plus en plus en colère contre cette guerre? Ou assiste-t-on, sous la pression, à un préoccupant déraillement présidentiel?

L'Iran n'est pas à genoux

Le compteur des militaires affiche plus de 7000 frappes aériennes depuis le 28 février. Selon Donald Trump, qui a cité ce chiffre à la surprise générale ce week-end, 3354 cibles resteraient à éliminer par l'aviation israélienne et américaine. Pourquoi ce chiffre? D'où vient-il? Même les commentateurs spécialisés parlent d'une élucubration présidentielle!

La vérité est que le régime iranien n'est pas à genoux. La preuve: le Centcom, le commandement régional américain, reconnaît désormais avoir détruit un tiers des capacités de missiles balistiques de l'Iran, et non 90% comme annoncé par le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth. Les informations fuitent de plus en plus, par ailleurs, sur l'utilisation par les Iraniens de renseignements russes et chinois.

Les drones Shahed, si redoutables, seraient transférés en pièces détachées depuis la Russie via la mer Caspienne ou les pays riverains de l'Iran, comme l'Arménie ou l'Azerbaïdjan. L'Iran peut continuer à frapper, alors que les réserves de munitions, et en particulier d'intercepteurs antimissiles, s'épuisent du côté américain et israélien.

L'assaut terrestre sera très risqué

Voir des hélicoptères américains remplis de forces spéciales fondre sur l'Iran dans les heures qui viennent ne serait pas du tout surprenant. D'abord parce que 15'000 Marines et Rangers (les commandos de l'US Army) sont désormais sur place, stationnés sur l'armada aéronavale déployée par les Etats-Unis. Ensuite parce que Trump aime déclencher ce type d'opérations par surprise, tout en parlant de négociations.

Une chose est sûre en tout cas : tout assaut terrestre sera très risqué, surtout s'il s'agit de sécuriser le détroit d'Ormuz ou de prendre l'île de Kharg pour contrôler son terminal pétrolier. Les soldats américains se retrouveront sous le feu de l'ennemi. Et si l'intervention au sol a lieu, il est très peu probable que les négociations continuent.

Articles les plus lus