Il ne maîtrise plus son calendrier de guerre. Ou, s’il le maîtrise, personne ne le comprend. A chacune de ses interventions médiatiques – et elles sont nombreuses –, Donald Trump évoque de nouvelles échéances pour la guerre entamée le 28 février contre l’Iran, aux côtés d’Israël. Son chef de la diplomatie, Marco Rubio, a assuré, lui, que tout serait fini «d'ici deux semaines», à l’issue de sa rencontre, vendredi, avec ses homologues du G7. Qui croire? Pourquoi ce calendrier déraille-t-il? Ces cinq raisons expliquent pourquoi les dates ne collent pas.
L'Iran mène une guerre d’usure
Trump et Netanyahu ne s’y attendaient pas. A l'évidence, l'un comme l’autre étaient persuadés que le régime iranien tomberait après les toutes premières frappes aériennes du 28 février, qui ont tué le Guide suprême iranien et décapité la République islamique. Erreur: la guerre d’usure s’est installée, et l’Iran l’avait prévu. Cette guerre passe par la déstabilisation économique de la région du Golfe persique et bien au-delà, vu les conséquences énergétiques (notamment) de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Problème: une guerre d’usure s’accommode mal d’un calendrier. Le régime iranien, encore contrôlé aujourd’hui par les Gardiens de la révolution, a tout intérêt à faire durer les hostilités, même s’il en paie le prix fort. Le calendrier n’est pas dans les mains de celui qui l’évoque le plus souvent: Donald Trump.
L'armée américaine s’enlise
L’expression peut sembler inappropriée pour une guerre essentiellement aérienne, menée à coups de bombardements et de tirs de missiles. Mais la réalité est bien celle-là. Aussi puissantes soient-elles, les aviations américaine et israélienne sont en passe de ne plus avoir d’objectifs; leur liste de cibles s’épuise. La possibilité est, dès lors, d’entamer une campagne de bombardements massifs, avec tous les dommages collatéraux pour la population civile. S’y ajoute le sujet des munitions, qui commencent à manquer, et du coût de cette guerre qui, selon les médias américains, aurait déjà atteint trente milliards de dollars.
Rubio n'est pas aux commandes
Marco Rubio a annoncé la fin des opérations militaires d’ici deux semaines. Cela voudrait dire que la guerre se termine d’ici au 10 avril, pile un mois avant la visite de Donald Trump à Pékin, les 14 et 15 mai. Mais que sait le chef de la diplomatie des opérations aériennes? La réalité des frappes est entre les mains des états-majors américain et israélien. Marco Rubio a aussi dû, à Paris, rassurer ses alliés de l'OTAN, que Trump attaque sans cesse pour leur manque de solidarité, compte tenu de leur refus d’intervenir pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Ajoutez à cela la nouvelle menace que font peser les Houthis sur le détroit de Bab el-Mandeb, et la coupe est pleine: Marco Rubio parle d’un calendrier qu'il ne maîtrise pas.
Les Houthis peuvent tout faire dérailler
Ils contrôlent le nord du Yémen. Ils sont sortis vainqueurs de leur affrontement contre l’Arabie saoudite. Ils disposent de stocks de drones et de missiles. Ils ont conclu, le 6 mai 2025, un accord de cessez-le-feu avec les Etats-Unis, grâce à la médiation du sultanat d’Oman. Les Houthis du Yémen, cette force chiite proche de l’Iran, dont elle est un «proxy», viennent d’entrer dans le conflit en tirant un missile à destination d’Israël. D'autres frappes de leur part, surtout contre des navires marchands dans le détroit de Bab el-Mandeb, transformeraient cette guerre en conflit de longue durée. Trump a-t-il l’assurance de pouvoir calmer les Houthis yéménites? Rien n’est moins sûr.
Le choc économique est déjà là
Le fait d’annoncer une fin prochaine du conflit vise à rassurer les opérateurs économiques et les gouvernements, en Europe et en Asie, très dépendants des deux détroits du Golfe persique pour leurs approvisionnements énergétiques. Mais que changerait vraiment une fin des hostilités si elle ne s’accompagnait pas d’une paix durable? Le calendrier est d’abord un outil de communication. Il permet aux Américains de prétendre qu’ils poursuivent une guerre «sous contrôle», alors que les faits semblent leur échapper. Le prix du pétrole menace d’exploser. Celui du gaz aussi. Alors, à une ou deux semaines près…