A Paris ce vendredi
Marco Rubio a une arme fatale pour entraîner l'Europe dans la guerre

Le chef de la diplomatie américaine est à Paris ce vendredi pour rencontrer ses homologues du G7. Au menu: la guerre en Iran et le détroit d'Ormuz. Son objectif: convaincre ses partenaires d'intervenir. Et il dispose, pour y parvenir, d'un solide argument.
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Le chef de la diplomatie américaine est arrivé à Paris ce vendredi 27 mars pour une reunion du G7.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils savent d’emblée ce qu’ils vont lui répondre. À Paris, les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 (Canada, Italie, France, Allemagne, Royaume-Uni, Japon, plus la Commission européenne) vont répéter à Marco Rubio que leurs gouvernements ne déploieront pas de moyens maritimes pour rouvrir le détroit d’Ormuz tant que la guerre se poursuit. Pas question de mettre en œuvre, sous la menace des drones et des missiles de l’Iran, une opération d’escorte des navires marchands pour quitter ce détroit aujourd’hui bloqué, sauf pour les cargos et les tankers qui acceptent les conditions de Téhéran. Et pourtant, le chef de la diplomatie américaine va revenir à la charge. «Les alliés du G7 doivent aider les États-Unis», va-t-il répéter. Ce n’est pas une option. C’est une obligation.

Sur le papier, Marco Rubio n’a guère d’arguments à faire valoir. Cette guerre contre l’Iran, déclenchée le 28 février par les frappes qui ont tué le Guide suprême iranien Ali Khamenei, n’a pas été décidée avec les alliés. Ces derniers n’ont même pas été informés ou consultés. «Cette guerre n’est pas notre guerre», ont donc plusieurs fois répété les dirigeants européens. Sauf que Donald Trump ne l’entend pas de cette oreille.

Négociations ou pas

Engagé dans de nébuleuses négociations avec l’Iran, démenties par Téhéran mais confirmées par le Pakistan, le président américain veut à tout prix éviter un choc pétrolier mondial. Il lui faut donc rouvrir le détroit d’Ormuz, c’est-à-dire empêcher les Iraniens de frapper les navires marchands qui le traversent. Des contingents d’environ 5 000 Marines sont en train d’arriver sur place pour participer éventuellement à une opération militaire. Mais cela ne suffira pas. Il faut plus de navires de guerre d’escorte, capables de fournir une couverture antiaérienne aux navires pétroliers et gaziers.

Comment convaincre les alliés des Etats-Unis d’obtempérer? Rubio a une arme. Décisive. Il s’agit du soutien militaire américain et des livraisons de pétrole et de gaz en provenance des Etats-Unis. Côté soutien militaire, le Pentagone a commencé – une nouvelle fois – à diminuer son appui militaire à l’Ukraine, ce pays que les Etats-Unis soutiennent à bout de bras contre la Russie. Si cela s’aggrave, Moscou pourra repartir à l’offensive en profitant des rentrées de devises occasionnées par sa vente accrue de pétrole et de gaz à des clients tels que l’Inde ou la Chine. L’Ukraine est donc dans la balance. C’est cynique. Mais cela peut fonctionner et Marco Rubio va le redire à Paris. Le prix à payer pour défendre Kiev est d’accepter les conditions posées par Washington. Point.

Crise de l’énergie

La deuxième arme, plus terrible encore en temps de crise, est l’énergie. Les pays européens ont cruellement besoin des importations de pétrole et de gaz de schiste américains. Cette manne énergétique peut leur permettre de compenser ce qu’ils perdent du détroit d’Ormuz, en provenance du Qatar. Des pays comme l’Espagne ou l’Allemagne sont très exposés aux importations de gaz liquéfié des Etats-Unis. Ceux-ci ont dès lors la main sur un robinet stratégique: s’ils augmentent leurs prix, la facture européenne va exploser, avec une hausse de l’inflation à la clé. Autre option: réserver les stocks énergétiques à la consommation intérieure pour empêcher, justement, la hausse du prix du carburant pour les Américains. L’Europe en paierait le prix fort.

Marco Rubio n’est pourtant pas un avocat de cette guerre contre l’Iran. Mais Donald Trump ne lui laisse pas le choix. Plus les Etats-Unis et Israël restent seuls engagés dans la guerre contre la République islamique, plus le monde entier les accuse, à commencer par les pays émergents du Sud. L’Asie entière est soumise à une rude pression énergétique. Les pays du Golfe sont asphyxiés. Il faut faire cesser le choc économique mondial qui se profile. Une intervention européenne pourrait permettre de faire la différence sur le plan maritime, aux risques et aux périls des pays qui enverront des navires militaires dans le détroit d’Ormuz. Mais pour Trump, une seule chose compte: que ses alliés obéissent. Ou bien, il mettra ses menaces à exécution. C’est du moins ce que Marco Rubio va répéter à Paris.

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