Marco Rubio n'est pas JD Vance. Le chef de la diplomatie américaine s'est bien gardé de prononcer, à la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich, un discours similaire à celui du vice-président des Etats-Unis il y a pile un an. Ce samedi 14 février, Rubio n'a pas fait la leçon à l'Europe décadente et antidémocratique, comme l'avait fait JD Vance dans la même salle de l'hôtel Bayerischer Hof. Au contraire, sa stratégie, pour répondre aux dirigeants européens qui ont tous mis en garde contre le risque d'un divorce transatlantique, a été de brosser le portrait d'un «hémisphère occidental à nouveau conquérant». Il a même rappelé les origines hispaniques de sa famille, en assénant cinq leçons à ses alliés, qui ont souvent l'impression d'être traités en adversaires. Avant de rendre visite, les 15 et 16 juillet, aux meilleurs alliés européens de l'Amérique de Trump: la Hongrie et la Slovaquie.
Leçon n°1 : Seuls les Etats-Unis ont la force de...
Pour Marco Rubio, la donne est claire: une alliance forte entre les Etats-Unis et l’Europe est indispensable, mais elle doit demeurer sous leadership américain. Les Européens ont donc une obligation s'ils veulent sortir de la crise actuelle: emprunter la voie à suivre tracée par l’administration Trump. «Même si nous sommes prêts, si nécessaire, à agir seuls, notre préférence et notre espoir sont de le faire avec vous, nos amis ici en Europe», a déclaré Rubio. «Nous allons de pair.» Tout en reconnaissant que les Etats-Unis peuvent parfois être quelque peu «directs et pressants dans leurs conseils».
Leçon n° 2 : L'hémisphère occidental est le cadre
L'expression «western hemisphere» est revenue plusieurs fois dans le discours de Marco Rubio, ce qui renvoie à la vision de Donald Trump selon laquelle les Etats-Unis sont, de facto, les patrons du continent américain et de l'Occident. Le secrétaire d’Etat américain a commencé son discours en affirmant que les Etats-Unis et l’Europe «vont ensemble», soulignant que le destin du continent européen ne sera «jamais sans importance pour le nôtre», à condition de regarder dans la même direction: «Nous ne voulons pas d’alliés faibles», a déclaré Marco Rubio, pour lequel les Européens n’ont aucun intérêt à être «des gardiens polis et bien ordonnés du déclin géré de l’Occident».
Leçon n° 3: Les critiques de JD Vance restent valides
JD Vance avait dénoncé en 2025 l'abandon par les Européens de leurs valeurs démocratiques, leur reprochant la mise à l'écart des partis nationaux-populistes et les manipulations (selon lui) de certains scrutins, comme la présidentielle en Roumanie, en raison de présumées ingérences russes. Marco Rubio n'a pas repris ses attaques frontales, mais il a dénoncé les politiques énergétiques et migratoires des dirigeants occidentaux, affirmant qu’elles ont appauvri les populations et «menacent notre avenir». L'objectif de l'administration Trump, selon Rubio, peut se résumer ainsi: «Maintenant, l'Occident d'abord.»
Leçon n° 4: Les Européens ne sont pas à la hauteur
Marco Rubio a cité trois exemples de crises face auxquelles les Européens seraient restés impuissants si les Etats-Unis n'étaient pas intervenus: la guerre en Ukraine, la guerre à Gaza et la menace nucléaire en Iran. Le chef de la diplomatie américaine ne s'est pas engagé sur un calendrier pour la paix avec la Russie, dont il a reconnu «qu'elle dit vouloir la paix, mais qu'elle ne le démontre pas dans les faits». En revanche, il a, sur ces trois dossiers, asséné une évidence: sans les pressions de son pays, rien n'aurait changé. Les otages israéliens seraient encore retenus par le Hamas. L'Iran menacerait toujours d'obtenir la bombe atomique. Et Vladimir Poutine ne serait pas à la table des négociations, qui reprendront à Genève la semaine qui suit.
Leçon n° 5: Rebâtir l'ordre international est le projet
Le chef de la diplomatie américaine n'a pas fait l'éloge du «Conseil de la paix» (Board of Peace) inauguré par Donald Trump à Davos, ni proposé que cette nouvelle instance – boycottée par les Européens (sauf la Hongrie, la Bulgarie et le Kosovo) et la Suisse – remplace le Conseil de sécurité de l'ONU. Il a en revanche répété que les Nations unies, aujourd'hui, sont inutiles, affirmant qu’elles n’ont joué «aucun rôle» dans la résolution des conflits. Sous Trump, a-t-il déclaré, les Etats-Unis comptent changer cela. Comment? Pour l'heure, une décision prise par l'administration Trump est en train de tout changer à l'ONU: le retrait du financement américain à 66 organisations internationales, dont plusieurs basées à Genève.