Ils se succéderont au micro de la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich (Bavière). Ils ne seront bien sûr pas les seuls à s’exprimer lors de ce sommet de la sécurité mondiale, auquel participent une soixantaine de chefs d’État ou de gouvernement, qui sera ouvert ce vendredi 13 février par le chancelier allemand Friedrich Merz. Reste une évidence: Emmanuel Macron et Marco Rubio seront en quelque sorte face à face sur le ring diplomatique de l’hôtel Bayerischer Hof, à Munich. Pour dire, l’un et l’autre, ce qu’ils pensent de l’avenir de l’Europe face aux États-Unis, et ce qui peut demain se passer en Ukraine, face à la Russie. Le 24 février 2026 marquera le quatrième anniversaire de la guerre déclenchée, le 24 février 2022, par l’assaut de l’armée russe contre ce pays, avec pour conséquence des centaines de milliers de morts et des millions de blessés des deux côtés.
Le président français s’exprimera à 19 heures ce vendredi, au lendemain d’un sommet informel des dirigeants européens et après avoir lancé un appel à un nouvel emprunt à 27: «une capacité d’endettement commune» de l’UE pour les investissements «d’avenir». L’Europe risque, sinon, d’être balayée par les États-Unis et par la Chine, a averti Emmanuel Macron, dont la grande faiblesse est sa situation politique. Son second mandat s’achèvera dans un an, en mai 2027, et il ne peut pas se représenter. Pour Donald Trump, l’affaire est d’ailleurs entendue: le président des États-Unis a plusieurs fois répété que le locataire de l’Élysée est en fin de parcours. Entendez: il ne pèse plus rien malgré ses discours.
Suspense autour de Rubio
Le suspense autour du discours que prononcera Marco Rubio est plus intense. Si Emmanuel Macron défend la même ligne depuis des années, prônant un renforcement de l’indépendance stratégique européenne face aux États-Unis, le secrétaire d’État américain est dans une position plus compliquée. Il doit en effet d’abord réparer les dégâts causés, le 14 février 2024, par le vice-président JD Vance lors de cette même conférence sur la sécurité de Munich. Ce dernier avait alors accusé l’Europe de «ne plus défendre ses valeurs» et de trahir ainsi son alliance transatlantique. JD Vance avait aussi reçu la dirigeante de l’extrême droite allemande Alice Weidel, en pleine campagne pour les élections législatives (lesquelles se sont ensuite conclues par une courte victoire des conservateurs et par une alliance entre eux et les sociaux-démocrates). En clair: il y a un an, l’alliance transatlantique a subitement volé en éclats en direct et en public.
Que va donc dire Marco Rubio à ceux qui demeurent les alliés de Washington, au lendemain d’une réunion à Bruxelles des ministres de la Défense des 32 pays membres de l’OTAN, l’Alliance créée en 1949 par les États-Unis pour défendre le «monde libre» face à l’ex-URSS? Ses paroles sont en particulier très attendues sur le Groenland, ce territoire arctique que Donald Trump continue de revendiquer et de vouloir annexer, alors qu’il est sous la souveraineté du Danemark. Munich attend aussi des annonces sur l’Iran, au moment où les États-Unis renforcent leur armada navale dans le golfe Persique. Une échéance, toutefois, percute l’agenda: le 24 février, Donald Trump prononcera devant le Congrès son second discours sur l’état de la Nation depuis son investiture le 20 janvier 2025. Un rendez-vous crucial avant les élections législatives de mi-mandat en novembre, en plein tumulte domestique suscité par les millions de documents mis en ligne sur l’affaire du prédateur sexuel et multi-millionnaire Jeffrey Epstein.
Duel très stratégique
Macron-Rubio: ce duel très stratégique est en plus personnel. Beaucoup, en France, estiment qu’Emmanuel Macron pourrait être tenté de se représenter de nouveau devant les Français en 2032, à l’issue du premier mandat de son successeur. Et aux États-Unis, l’ancien sénateur républicain de Floride, issu d’une famille d’origine cubaine, est considéré comme un héritier possible de Donald Trump, dont le mandat arrive à échéance en 2028. Les deux hommes pourraient donc de nouveau s’affronter sur le terrain géopolitique à l’avenir.
Le cadre de leur duel est en tout cas connu: il s’agit de la défense de l’Europe et de la capacité des Européens – Suisse incluse – à l’assumer seuls, sans le «parapluie» américain. Il s’agit aussi, surtout, de savoir ce que les États-Unis souhaitent vraiment: se désengager de l’Europe comme ils veulent le faire en cédant des commandements de l’OTAN aux Européens, ou en fait se retirer tout en gardant le commandement et en vendant davantage d’équipements et d’armes à leurs «alliés». Pour cela, le test ultime est évidemment la guerre en Ukraine et les négociations en cours, que Donald Trump veut voir aboutir d’ici le mois de juin, avant la célébration du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance de son pays, le 4 juillet 2026.