Candidat surprise à l'Elysée
Sébastien Lecornu ou un grand patron pour succéder à Macron?

Le Premier ministre français affirme qu'il ne se lancera pas dans la course à la présidentielle en 2027. Et pourtant, pas mal de Français le verraient bien à l'Elysée. A moins qu'un grand patron lui dame le pion…
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Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réussi à faire adopter un budget pour 2026.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

«Je ne suis pas candidat à la présidentielle, je l’ai dit et le redis.» Pas question, donc, pour Sébastien Lecornu, d'être le candidat surprise en 2027 pour succéder à Emmanuel Macron, à l'issue de son second et dernier mandat. Le Premier ministre français l'a répété ces jours-ci dans un entretien accordé à la presse régionale, après son succès arraché aux forceps au Parlement: l'adoption d'un budget pour 2026 grâce à l'abstention des socialistes, ces alliés de circonstance auxquels il a fait de nombreuses concessions, dont la suspension de la réforme des retraites de 2023.

Alors que l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, le leader de la droite traditionnelle, devrait se lancer dans la bataille ce jeudi 12 février, le chef du gouvernement n'est pas candidat. Vrai? A voir. Car, pour 33% de ses concitoyens, l'ancien maire de Vernon (Normandie), politicien professionnel depuis son plus jeune âge, fait un bon chef du gouvernement. Ce qui, dans le trou d'air actuel de la politique hexagonale, est un score très honorable face à la cote de popularité d'Emmanuel Macron, inférieure à 20%. Mieux: en se situant au-dessus des 30%, Lecornu n'est pas si loin des 35% de Français prêts à voter pour Jordan Bardella à la prochaine présidentielle, et il fait jeu égal avec Marine Le Pen et ses 33%, selon un sondage récent de «La Tribune Dimanche».

Bardella et Le Pen

Les deux candidats déclarés du Rassemblement national (droite nationale-populiste) semblent, rappelons-le, aujourd'hui assurés de se qualifier pour le second tour du scrutin présidentiel, qui aura lieu en avril-mai 2027. L'hypothèque les concernant est de savoir qui sera sur la ligne de départ, puisque Marine Le Pen pourrait en être empêchée si elle est déclarée inéligible pour plus d'un an, le 7 juillet, dans le jugement de son procès en appel pour «détournement de fonds publics» du Parlement européen, qui s'est achevé le 11 février à Paris.

L'avantage du candidat Lecornu – lequel, encore une fois, affirme qu'il ne se lancera pas dans la bataille – est qu'il est pragmatique. Au point, d'ailleurs, de revenir sur sa parole donnée. L'intéressé avait ainsi promis de ne pas recourir à la procédure d'urgence de l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le budget sans vote à l'Assemblée nationale. Fausse promesse et volte-face: le 30 janvier, le Premier ministre est revenu sur son engagement au nom des nécessités financières.

La stratégie du chandail

Alors, pourquoi pas un changement de cap présidentiel ? Son profil d'ancien ministre de la Défense, de compagnon de route d'Emmanuel Macron, d'ancien élu de la droite et de conciliateur, mais aussi sa posture volontairement humble, son chandail sous la veste et son refus de polémiquer pourraient être de bonnes recettes dans un pays avant tout soucieux de stabilité. Son créneau serait le rassemblement au centre. Pour quoi faire? Rien, ou presque. Juste résister à la vague RN et à la gauche radicale, et attendre que la situation politique devienne propice pour agir.

«Lecornu est le premier à incarner une expérience française de la culture du compromis, telle qu’elle est pratiquée dans la plupart des grandes démocraties européennes, et telle qu’elle a été le fil conducteur de notre vie parlementaire sous la Troisième et la Quatrième Républiques, avant De Gaulle», juge l'historien Jean Garrigues dans «Le Figaro». Or, vue l’archipellisation socioélectorale de la France, ne serait-il pas opportun d’en tirer des enseignements pour la suite et d’essayer de construire une gouvernance de compromis compatible avec nos institutions?

Le patron sauveur

Un autre scénario s'installe toutefois dans les médias et dans l'opinion: celui du patron sauveur. Un patron qui, enfin, apporterait de l'efficacité au sommet de l'Etat pour diriger les six millions de fonctionnaires que compte la France (sur 25 millions d'actifs). Un patron qui ferait des «deals», comme Donald Trump. 82% des Français ont une bonne opinion de l'entreprise, selon un récent sondage Odoxa, alors que 78% n'ont plus confiance dans la politique. Alors, pourquoi pas franchir le pas?

Le mieux placé, dans ce cas, car son nom est une marque connue dans tout le pays, est le patron de la grande distribution Michel-Edouard Leclerc, 73 ans, qui s'affiche comme libéral social-chrétien, fidèle aux traditions de sa Bretagne d'origine. En mai 2025, l'hebdomadaire «Challenges» l'avait mis en couverture, pariant sur le fait qu'un patron pourrait mieux répondre à la question centrale dans l'opinion: le pouvoir d'achat. 

Quelques mois plus tard, un autre grand nom du patronat est souvent murmuré à Paris: celui de Xavier Niel, le magnat des télécommunications, gendre du très puissant géant du luxe Bernard Arnault. Niel est connu pour avoir cassé les prix des abonnements numériques. Il connaît la planète tech tout entière. Il n'est pas classé comme un patron de droite. Là aussi, le rassemblement pourrait fonctionner, avec la toute-puissance médiatique de son beau-père, propriétaire, entre autres, de «Paris Match», des «Echos» et du «Parisien».

Faire danser la France

Vient ensuite le trublion. Celui auquel personne ne croit, mais qui promet de peser dans la présidentielle: le banquier de gauche Matthieu Pigasse. Lui se voit comme un outsider, mais ses liens passés avec Xavier Niel, comme coactionnaire du «Monde», peuvent aussi laisser penser à une opération combinée entre les deux hommes. Pigasse est isolé sur le plan politique. Il possède un magazine culturel (« Les Inrockuptibles ») et une radio (« Nova »), plus des festivals de musique. Il pourrait faire danser la France, alors que Sébastien Lecornu, à l'opposé, joue la carte du moine-soldat.

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