Un procès en appel pour rien. Sur le plan judiciaire, évidemment, cette affirmation est fausse. Lorsque le jugement du second procès de Marine Le Pen et de douze autres accusés (plus le Rassemblement national en tant que personne morale) sera connu le 7 juillet, l'impact sur la politique française sera maximal. La candidate désignée du RN à la présidence de la République saura alors si elle peut, ou non, quand même envisager de se présenter pour une quatrième fois dans la course à l'Élysée. Et ce, avant son pourvoi éventuel devant la Cour de cassation.
Pourquoi parler, alors, de procès en appel inutile au moment de sa clôture, par les ultimes plaidoiries de la défense, ce 11 février? Parce que, durant les trois semaines d'audience dans l'enceinte du vieux Palais de justice de Paris, aucun élément nouveau n'a été apporté. La seule nuance qu'a tenté de faire jouer la dirigeante du RN est celle de sa bonne conscience et de sa bonne foi. Elle n'avait pas, a-t-elle affirmé, conscience de commettre un délit en autorisant les cadres parisiens de son parti à recourir aux services d'assistants rémunérés par le Parlement européen pour des missions à Strasbourg ou Bruxelles. Il ne s'agissait donc pas d'un «système», comme le prétend l'accusation, mais d'une incompréhension ou, au pire, d'une mauvaise interprétation des règles trop floues de l'Europarlement. Retour, en quelque sorte, à la case départ.
Un fossé justice-peuple qui se creuse
Le seul élément nouveau, en revanche, est le fait que le fossé entre les magistrats et les Français s'est un peu plus creusé au fil de ces audiences. Largement commenté et disséqué, le procès en appel de la cheffe du RN a toujours été mis en miroir de la prochaine présidentielle. Le débat public et médiatique n'a pas porté sur les faits, connus, mais sur la responsabilité des juges. Peuvent-ils s'interposer, au nom du respect d'une règle d'utilisation des fonds d'un parlement étranger (en l'espèce, le Parlement européen), entre la candidate et ses électeurs? Peuvent-ils interférer, au nom d'une règle que peu d'élus européens maîtrisaient à l'époque des faits (entre 2004 et 2016), dans le processus démocratique?
Cette mise en perspective souligne le danger de l'opération judiciaire et d'une possible exclusion de Marine Le Pen de la campagne présidentielle. À l'heure où le gouvernement des États-Unis s'en prend ouvertement à la justice, personne ne peut prédire ce qui se passera en France lorsque le jugement, mis en délibéré, sera lu par la cour d'appel. Les Français l'accepteront-ils sans ciller? Ou répondront-ils, au contraire, à l'appel de tous ceux qui dénoncent une justice instrumentalisée, au sein de laquelle les juges s'érigent en propriétaires d'une République qui appartient en théorie d'abord aux électeurs?
Le calcul de Jordan Bardella
La patronne du Rassemblement national a prévenu qu'elle renoncerait à se présenter à la présidentielle si sa peine d'inéligibilité va jusqu'à la date de dépôt des candidatures et des parrainages d'élus indispensables pour concourir. Elle laisse aussi courir la rumeur parallèle selon laquelle son remplaçant, Jordan Bardella, la nommerait automatiquement cheffe du gouvernement s'il était élu à la tête de l'État. Tout cela pour pallier la décision des magistrats. Tout cela pour contourner la justice qui l'aura sanctionnée.
La morale de ce procès en appel est dès lors aussi limpide que problématique: Marine Le Pen, même déclarée à nouveau coupable (quatre ans de prison, dont un ferme aménageable, et cinq ans d'inéligibilité ont été requis contre elle par l'accusation), sortira de toute façon victime de cet engrenage judiciaire. Tandis que les magistrats, eux, demeureront les otages d'un jugement pris, ironie du sort, «au nom du peuple français».