Une victoire sans appel. La preuve, selon beaucoup d’observateurs de la politique française, que la droite traditionnelle n’a plus d’autre choix que l’union avec l’extrême droite. L’élection, ce dimanche 1er février, d’Antoine Valentin, candidat du parti d’Eric Ciotti (UDR), comme nouveau député de la 3e circonscription de Haute-Savoie – le premier parlementaire d'extrême droite du département – est un laboratoire de ce qui se passe sur le plan politique en France voisine. Et de ce qui pourrait bien se passer lors des prochaines élections législatives françaises, attendues après la présidentielle de mai 2027. Sauf nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale et scrutin anticipé.
La première leçon de ce scrutin partiel, dans une circonscription voisine de la Suisse et du canton de Genève, est l’incapacité de la droite traditionnelle à faire passer son message sur ses terres alpines pourtant conservatrices. Antoine Valentin, né en 1992 à Bonneville et maire sortant de Saint-Jeoire-en-Faucigny, a capitalisé sur un thème cher à son mentor Eric Ciotti: le «barrage républicain» contre le Rassemblement national n’a plus lieu d’être. A l’Assemblée, le parti ciottiste UDR est l’allié de la formation de Marine Le Pen. La radicalisation de la droite, soutenue par des médias tels que CNews ou Europe 1, du groupe Bolloré, fait son chemin dans l’opinion.
Leçon très savoyarde
La seconde leçon, très savoyarde, de ce scrutin est que le parti le plus travailleur sur le terrain est récompensé. Aux portes de la Suisse qu’il connaît bien, Antoine Valentin a quadrillé ces terres montagnardes frappées par la crise économique et confrontées à la question complexe des frontaliers. Sa victoire est la récompense d’une campagne qui n’a pas misé sur la notoriété, mais sur l’enracinement local. «A l’approche des élections municipales de mars 2026 – les 15 et 22 mars prochains –, c’est un signal d’espérance: partout en France, le changement est à portée de vote!», a commenté le président du RN, Jordan Bardella. En effet, si ce scénario savoyard se reproduit, les formations d’extrême droite pourraient engranger de bons résultats dans quelques semaines, confirmant leur implantation rurale.
Troisième leçon enfin, qui vaut pour Paris et la France entière: l’union des droites, à la mode italienne, puisque telle a été la formule gagnante de Giorgia Meloni en 2023, profite de la disparition politique de la droite traditionnelle. La preuve en a été apportée avec le projet de budget 2026 que le parti Les Républicains a laissé adopter, malgré l’aggravation des dépenses publiques. Cela démontre à la fois que la droite classique a raison de redouter les urnes en cas d’élections législatives anticipées, mais illustre surtout son absence de thème porteur. La sécurité et l’ordre public, ainsi que la lutte contre l’immigration, sont aujourd’hui monopolisés par l’extrême droite. La dérive des comptes publics en France et le bilan d’Emmanuel Macron pèsent comme de lourds fardeaux sur les candidats de la droite. Le moment, pour eux, de payer la facture politique est venu.
Laboratoire politique
La Haute-Savoie, laboratoire de la France politique de demain? C’est une hypothèse sérieuse pour ce qui est des régions rurales périphériques, même celles où les sports d’hiver apportent une prospérité saisonnière. Désormais, les vallées françaises croient à l’extrême droite comme catalyseur d’un possible renouveau. Un thème qui pourrait s’avérer très porteur au-delà des Alpes.