Son procès s'ouvre ce mardi
Marine Le Pen peut tout perdre en 2026 (merci Bardella!)

Son procès en appel pour détournement de fonds publics ouvre ce mardi 13 janvier à Paris. Il déterminera si, oui ou non, Marine Le Pen peut de nouveau être candidate à l'élection présidentielle.
1/5
Le tandem Marine Le Pen – Jordan Bardella va-t-il se transformer en course solo de ce dernier?
Photo: IMAGO/Bestimage
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

S'occuper de ses chats ou se battre à nouveau pour présider la France: l'issue de 2026 ressemblera à cela pour Marine Le Pen (57 ans). A partir de ce mardi 13 janvier, la candidate déclarée du Rassemblement national à la présidentielle de 2027 retrouvera en effet la justice. Il s'agira, cette fois, du procès en appel, à Paris, dans l'affaire du détournement de fonds publics du Parlement européen par sa formation politique, entre 2004 et 2016.

En première instance, la députée du Pas-de-Calais, présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale française, a été reconnue coupable et lourdement condamnée à quatre ans de prison (dont deux avec sursis), 100'000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate de la peine. En clair: impossible pour elle de se présenter à une élection. Ce qui, si le jugement est confirmé en appel, lui interdirait la course à l'Elysée.

Une lourde épreuve

Comment vit-elle cette épreuve? Plusieurs sons de cloche contradictoires démontrent que ses retrouvailles avec un tribunal seront tout, sauf tranquilles. 

Avocate de formation, Marine Le Pen a beaucoup consulté ces dernières semaines, y compris auprès de ténors du barreau parisien. Mais elle a aussi, à plusieurs reprises, paru « déprimée » à son entourage, alors que son dauphin Jordan Bardella (30 ans) caracole, lui, dans les sondages et en tête des ventes avec son dernier livre, «Ce que veulent les Français» (Ed. Fayard).

«Marine Le Pen subit une érosion de son image: les électeurs du RN lui préfèrent Jordan Bardella», titrait «Le Monde» ce lundi 12 janvier, ajoutant que «la stratégie de victimisation de la cheffe du Rassemblement national à la suite de sa condamnation est un échec au-delà de sa base électorale». Une érosion qui se traduit dans les chiffres: alors que 42% des Français, selon un sondage du magazine L'Hémicycle, se disent aujourd'hui en accord avec les idées du RN, ils sont 49% à juger Jordan Bardella apte à exercer la fonction présidentielle, contre 18% pour Marine Le Pen.

2026, année du quitte ou double pour l'héritière politique de Jean-Marie Le Pen, décédé il y a pile un an, le 7 janvier 2025? Sans doute. D'abord sur le plan judiciaire. La cheffe du RN va-t-elle poursuivre la même stratégie de défense, refusant en bloc toute culpabilité dans le détournement de 4,3 millions d'euros par son parti, qui employait des assistants parlementaires européens pour des tâches nationales, en violation de la loi?

Le recours à Strasbourg

Va-t-elle faire valoir de nouveaux arguments juridiques et renouveler sa demande d'une mesure provisoire à la Cour européenne des droits de l'homme – une juridiction basée à Strasbourg qui interprète la Convention européenne des droits de l'homme – pour annuler l'application immédiate de son inéligibilité de cinq ans? 

Ou, au contraire, pourrait-elle accepter enfin de reconnaître la culpabilité de sa formation politique, qui profitait de sa représentation au Parlement de Strasbourg pour financer illégalement ses opérations en France (où elle n'avait alors pas d'élus nationaux)? Le parti, comme personne morale, ainsi que 24 cadres et ex-assistants parlementaires du RN ont, pour mémoire, été condamnés en première instance pour avoir commandité ou bénéficié de ce système. Onze ont fait appel.

L'autre défi de l'année 2026 est bien sûr politique. Et il concerne la relation entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Difficile, en effet, de prédire ce qui se passera concrètement si la cheffe du RN était condamnée à la même peine (ou plus) en appel, à l'issue de son second procès qui s'achèvera le 12 février. 

Sur le papier, tout est prévu: Jordan Bardella se lancera dans la course à l'Elysée. Sauf que tout peut ensuite dérailler. L'intéressé, bien qu'auréolé de sa victoire comme tête de liste RN aux élections européennes de juin 2024, n'a jamais été élu à un mandat national.

Bardella fragilisé

Il a, de surcroît, connu récemment plusieurs mésaventures télévisuelles, en particulier à la suite d'une boutade sur un plateau avec l'ancienne ministre de la Culture Roselyne Bachelot. Difficile aussi d'imaginer Marine Le Pen, si elle était écartée par la justice, se retrancher dans un rôle d'exécutante, par exemple au poste de Première ministre, qu'elle a toujours refusé pour viser le sommet de l'Etat. 

L'histoire a montré que le clan Le Pen n'a jamais durablement partagé le pouvoir au sein du RN. Ce qui pourrait accréditer l'hypothèse, dans les prochains mois, d'un retour au premier plan de Marion Maréchal, la nièce de Marine.

Contenu tiers
Pour afficher les contenus de prestataires tiers (Twitter, Instagram), vous devez autoriser tous les cookies et le partage de données avec ces prestataires externes.

Reste l'hypothèse de la désertion du terrain politique, soit pour quelques années, soit pour de bon, de la part d'une femme qui a toujours déploré, en privé, de ne pas avoir une vie normale. C'est là que ses chats, qu'elle adore, pourraient jouer un rôle. Marine Le Pen se targue même d’être «éleveuse amatrice», inscrite au LOOF (Livre officiel des origines félines). 

«Les chats sont des animaux exceptionnellement intelligents. Ils me procurent une joie profonde, me consolent, me donnent énormément de douceur dans ce monde de brutes. Le chat n’est jamais en conflit, c’est un animal indépendant», déclarait-elle à «Paris Match» en 2018, après sa première défaite présidentielle au second tour face à Emmanuel Macron. Mais pour l'heure, place à la brutalité judiciaire.

Articles les plus lus