Budget 2026 presque adopté
Les 5 secrets de Lecornu pour sauver Macron jusqu'en 2027

Le Premier ministre français recourt ce vendredi 30 janvier une nouvelle fois à la procédure d'urgence du 49.3 pour faire adopter le budget 2026. En réalité, il est en train de sauver Emmanuel Macron jusqu'àla présidentielle de 2027.
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Sébastien Lecornu est en passe de réussiré faire adopter un budget parle parlement pour 2026.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Encore quelques heures de suspense, et Sébastien Lecornu saura s’il a, ou non, réussi son pari de faire adopter par le Parlement un budget pour la France en 2026. En fait, l’affaire semble pliée. La dernière manche se joue ce vendredi 30 janvier avec l’ultime recours, pour l’adoption du projet de loi de finances (PLF), à la procédure de l’adoption sans vote prévue par l’article 49.3 de la Constitution. A nouveau, les oppositions de droite et de gauche radicale présenteront en riposte deux motions de censure, qui nécessiteront une majorité absolue de députés (289 sur 577) pour faire tomber le gouvernement. Ce qui a raté à chaque fois ces derniers jours, en raison de l’abstention des socialistes, alliés au pouvoir en place.

Bravo donc, Sébastien Lecornu? Félicitations, surtout, à Emmanuel Macron, ce président aux lunettes bleutées qui se retrouve ainsi sécurisé, à un an de la présidentielle de mai 2027, qui terminera son second mandat, à l’issue duquel il ne peut pas se représenter. En abattant cinq cartes, le chef du gouvernement a sauvé son «patron». Mais cela peut-il vraiment tenir?

Acte 1: Dépenser toujours plus

Emmanuel Macron restera dans l’histoire politique récente de la France comme le président le plus dépensier. Plus de 1000 milliards d’euros de dette publique supplémentaire, justifiée selon lui en partie par les dépenses durant la pandémie de Covid-19 en 2020-2021. Sébastien Lecornu s’est glissé depuis sa nomination, en octobre 2025, dans la peau de celui qui signe les chèques pour calmer les socialistes, dont il avait impérativement besoin.

«Avec ce budget 2026, la France se saborde», s’étrangle l’essayiste libérale Agnès Verdier-Molinié. Selon son institut, l’IFRAP (Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), la hausse des prélèvements obligatoires en valeur sera de 44 milliards et celle des dépenses publiques de 37 milliards. Pour rappel, la dette française atteint un record de près de 3350 milliards d’euros.

Acte 2 : Pas de réforme des retraites

Fini! Oubliée, la réforme des retraites qui avait mis massivement les Français dans la rue en 2022-2023. Adoptée en avril 2023, la timide réforme française prévoyait un report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans au lieu de 62, soit encore moins que tous les pays voisins de la France (65 ans en Suisse). Eh bien, tant pis pour le réalisme démographique et financier, dans un système par répartition — pas d’assurances privées, sauf complémentaires — à bout de souffle! Lecornu a tiré la prise, comme l’exigeaient les socialistes. Les Français peuvent désormais partir à la retraite à 62 ans et neuf mois. Macron a tout lâché.

Acte 3: Le tambour de la guerre

Sébastien Lecornu était, avant de prendre la tête du gouvernement français, ministre de la Defense. Il a donc bataillé pour obtenir environ six milliards d’euros de crédits supplémentaires pour les armées. Une augmentation budgétaire justifiée par la situation internationale et les investissements requis en matière d’armement. Mais le tambour de la guerre — annonces alarmistes du chef d’Etat-major, retour du service national universel — a aussi permis de convaincre une opinion pourtant très majoritairement fatiguée d’Emmanuel Macron, qui ne recueille plus que 15% d’opinions favorables. Il ne faut pas de nouvelle crise politique. Il faut un budget, coûte que coûte. Merci Poutine et Trump!

Acte 4: La peur des urnes

Le Rassemblement national (droite nationale populiste) et la gauche radicale (La France insoumise) ont bataillé depuis des mois pour réclamer une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale et un retour aux urnes. Logique. Pour ces deux partis, la chute successive des gouvernements Barnier (en décembre 2024) et Bayrou (en septembre 2025), censurés par une majorité de députés, exige une clarification démocratique, car c’est Emmanuel Macron qui porte la responsabilité de cette impasse, depuis sa dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024. Sauf que les urnes font peur aux socialistes, à la droite traditionnelle et au camp macroniste. Il y a déjà des municipales les 15 et 22 mars. Pas question d’aller au casse-pipe électoral. Mieux vaut attendre la présidentielle de 2027. Lecornu l’a compris.

Acte 5: La panne nationale

La France est en panne. Le budget 2026 aggravera les comptes publics. La croissance économique se situe autour de 0,9% (pas si mal au niveau européen, avec 1,3% prévus pour la Suisse en 2026). Aucune réforme à l’horizon, sauf des projets de loi sur des sujets de société comme la fin de vie ou l’interdiction des réseaux sociaux aux adolescents. Et alors? Mieux vaut un train arrêté qu’un crash, non? Pour le chef de gare Emmanuel Macron, c’est au fond le scénario idéal. Il peut se consacrer à l’international et ses promesses, à une année de la fin de son mandat, n’engagent que lui.

La favorite de la présidentielle 2027, Marine Le Pen, est, elle, engluée dans son procès en appel pour «détournement de fonds publics», qui pourrait s’achever sur une nouvelle peine d’inéligibilité lui interdisant de concourir à la présidentielle. La panne nationale? Elle déresponsabilise tout le monde. Facile.

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