Lecornu le promet
La France va-t-elle (enfin) sortir de sa crise budgétaire?

Le Premier ministre français a promis d'annoncer, ce lundi, ses pistes pour sortir de la crise budgétaire française. Le budget 2026 sera-t-il voté ou adopté par ordonnances?
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Sébastien Lecornu a promis des annonces ce lundi sur l'issue de la crise budgétaire en cours.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
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Richard WerlyJournaliste Blick

Sébastien Lecornu ne veut pas terminer le mois de janvier sans donner un budget à la France pour 2026. Des annonces du Premier ministre sont donc prévues ce lundi 19 janvier, après l'interruption du débat budgétaire au Parlement, où il n'existe toujours pas de majorité de députés pour le voter

Pour l'heure, l'Etat français fonctionne et paie les salaires des fonctionnaires grâce à une loi spéciale votée en fin d'année dernière, qui «assure la continuité de la vie de la Nation et le fonctionnement régulier des services publics dès le 1er janvier 2026». Avec pour seuls critères les montants déboursés, ministère par ministère, en 2025.

Est-ce grave de ne pas avoir de budget pour 2026 ? En théorie, la loi spéciale pourrait permettre de continuer ainsi, en fonctionnant avec des dépenses publiques limitées à une reconduction des crédits 2025. Problème: les urgences budgétaires se sont accumulées et le pays est menacé de panne et de crise si un nouveau budget n'est pas adopté

Exemple: la mobilisation, ces dernières semaines, des paysans contre l'accord commercial européen avec les pays du Mercosur, signé dimanche 17 janvier au Paraguay. Un plan de 300 millions d'euros d'aide aux agriculteurs a été annoncé début janvier pour que les tracteurs repartent de Paris et des grandes métropoles. Et d'autres aides devront suivre, ce qui est impossible si les caisses restent vides…

Nécessité stratégique

Autre nécessité, cette fois stratégique: l'augmentation du budget de la défense. Il doit augmenter de six milliards d'euros (soit l'équivalent du coût annuel de la dissuasion nucléaire française) pour atteindre 57,3 milliards. Il s'agit de financer les nouveaux programmes d'armement rendus indispensables par la guerre en Ukraine et les nouvelles menaces, mais aussi de financer le rétablissement du service militaire universel voulu par Emmanuel Macron. Celui-ci coûtera 2,3 milliards d'euros entre 2023 et 2030.

Comment faire, dès lors, pour boucler un budget de l'Etat, car le budget de la Sécurité sociale (en France, les deux sont distincts) a, lui, été adopté le 16 décembre à l'Assemblée nationale? Avec, à la clé, un déficit de 19,4 milliards d'euros en 2026, contre 23 milliards en 2025.

Deux options se présentent, et Sébastien Lecornu doit annoncer son choix à l'issue d'un conseil des ministres ce lundi 19 janvier. La première, jamais utilisée sous la Ve République, c'est-à-dire depuis 1958, consiste à faire adopter le budget par ordonnances, c'est-à-dire sans vote, par décret promulgué par l'exécutif. 

Ces ordonnances sont prévues par l'article 47 de la Constitution. Point décisif: celles-ci promulgueraient sans doute la version du budget présentée par le gouvernement en octobre 2025, faisant fi du débat budgétaire et des amendements. Pour mémoire, le projet de loi de finances déposé au Parlement prévoit un déficit public de 4,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, après 5,4% en 2025 et 5,8% en 2024. Un effort qui pourrait être vite ruiné par des lois de finances rectificatives ultérieures.

Recours au 49.3

La seconde option est connue: il s'agit du recours, par le Premier ministre, à l'article 49.3 de la Constitution, qui lui permet d'engager la responsabilité de son gouvernement sur le texte. En clair: Sébastien Lecornu jouerait son va-tout. 

Le budget serait adopté sans vote, mais une motion de censure serait aussitôt soumise aux députés qui, s'ils la votent à la majorité absolue, feraient tomber le gouvernement. Ce qui conduirait sans doute à une nouvelle dissolution de l'Assemblée et à des élections législatives organisées en même temps que les municipales, les 15 et 22 mars prochains.

Tout reposera alors sur la soixantaine de députés socialistes qui ont, pour partie, voté le budget de la Sécurité sociale après avoir obtenu notamment la suspension de la réforme des retraites de 2023. Si tous les députés socialistes s'abstiennent, la motion de censure ne passera pas et Lecornu sera sauvé. Si une partie d'entre eux votent avec le Rassemblement national et la gauche radicale pour atteindre la majorité absolue de 289 députés, le gouvernement Lecornu tombera quatre mois après avoir été nommé en octobre, comme ses prédécesseurs Michel Barnier et François Bayrou avant lui…

Crise budgétaire? Bien sûr. Mais surtout crise politique, car ce qui se décide, derrière le budget, c'est la fin du second mandat d'Emmanuel Macron, qui s'achèvera en mai 2027. 

Dans tous les cas, le budget 2026 continuera d'aggraver les déficits et la dette publique record de la France. Si un blocage survenait et qu'une dissolution s'imposait, l'addition serait encore plus lourde: les estimations évaluent à 17 milliards d'euros le coût total de la dissolution si controversée de l'Assemblée, décidée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024.

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