Macron ridiculisé
«The Economist» a raison: la France est «dans la merde»

Le magazine libéral britannique a longtemps défendu à cor et à cri Emmanuel Macron. Mais désormais, l'affaire est entendue pour «The Economist»: la fin du mandat du président français met le pays «dans la merde».
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Emmanuel Macron terminera son second mandat présidentiel en mai 2027.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

«The Economist» n'en peut plus. L'hebdomadaire libéral britannique, qui a toujours encensé Emmanuel Macron et sa volonté d'attirer les entreprises étrangères en France, estime que la fin de partie a sonné pour le président de la République. «Un véritable merde-show. La France est paralysée, et tout le monde est à blâmer. L’impasse budgétaire n’est qu’un symptôme de l’inutilité politique collective», peut-on lire dans sa dernière édition. «Merde» : le mot est lâché, et pas comme une exclamation. Il s'agit d'un constat. Oui, pour «The Economist», la France est bel et bien «dans la merde».

Cette prise de position d'un des titres les plus lus par l'élite mondialisée, qui se retrouvera bientôt au Forum économique mondial de Davos (du 19 au 23 janvier), révèle ce que tout le monde sait à Paris ou à Bruxelles: le second quinquennat d'Emmanuel Macron est dans une phase de lente agonie.

Souveraineté européenne

L'incapacité du président français, pourtant défenseur forcené de la souveraineté européenne, à s'opposer à l'accord commercial entre l'Union et les pays du Mercosur en est la dernière illustration. «The Economist» ne le dit pas dans son éditorial, mais Macron est sur ce dossier à contre-courant. Lui, le partisan du libre-échange, se retrouve à défendre les agriculteurs français qui ne veulent pas en entendre parler. Macron n'a donc plus de ligne politique claire. Et il est, en plus, impuissant.

«The Economist» cible surtout la paralysie politique du pays et son incapacité à remédier à sa crise des finances, caractérisée par un déficit public de 5,8% en 2024, 4,5% en 2025, et une dette record de 3340 milliards d'euros, soit près de 120% de son produit intérieur brut. Conclusion pour l'hebdomadaire: «Au cours des cinq dernières années, le Sud de l’Europe, autrefois dépensier, a assaini ses finances publiques. L’Italie, la Grèce et l’Espagne ont ramené leurs déficits budgétaires à des niveaux conformes aux règles de l’Union européenne.»

Exception française

L’exception est la France, qui affiche depuis trois ans un déficit massif de plus de 5% du PIB. On pourrait penser que le fait d’être désormais distancée sur le plan économique par des pays qu’elle avait aidés à sauver lors de la crise de la zone euro inciterait les responsables politiques à réagir. Il n’en est rien: la France n’a même pas réussi à adopter un budget pour 2026.

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Le «merde» pour «The Economist» est donc surtout budgétaire. Pas de budget pour 2026 voté au 31 décembre! Un Etat qui fonctionne depuis le 1er janvier grâce à une « loi spéciale ». La perspective de voir le budget adopté sous forme d'ordonnances, faute de vote possible au Parlement, en raison des fractures politiques béantes. Et, en ligne de mire, la possibilité évoquée par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale, à un an de la présidentielle de mai 2027!

Possible dissolution

Le chef du gouvernement, qui ne dispose pas d'une majorité à l'Assemblée, a demandé aux préfets d'étudier la possibilité d'un scrutin législatif accolé aux municipales des 15 et 22 mars. La France entrerait dès lors en campagne électorale sans budget, alors que la précédente – et très controversée – dissolution du 9 juin 2025 a coûté entre 15 et 17 milliards d'euros de manque à gagner pour l'économie, selon les instituts spécialisés!

Problème: tout le monde à Paris a les pieds dans cette «merde» décrite par «The Economist». Emmanuel Macron, toujours très offensif sur le dossier de l'aide à l'Ukraine contre la Russie, a de moins en moins de leviers diplomatiques. L'armée française attend impatiemment le déblocage de nouveaux crédits promis en 2026 (trois milliards d'euros supplémentaires pour atteindre un budget de 57 milliards) afin de poursuivre son indispensable modernisation. Les entrepreneurs affichent un moral plat, à l'image de la croissance de 0,9%, tout de même assez résiliente vu le contexte. Et le pire est la paralysie politique ambiante et le sentiment d'un grand basculement proche.

Scénario inquiétant

«The Economist» ne le dit pas, mais un scénario a de quoi inquiéter beaucoup d'investisseurs étrangers: l'arrivée au pouvoir du Rassemblement national, dont les deux leaders, Marine Le Pen et Jordan Bardella, sont loin devant tous leurs concurrents. Âgé de trente ans, Bardella est même considéré comme un vainqueur assuré de la prochaine élection présidentielle selon les sondages! Selon une enquête de l'institut Odoxa, Jordan Bardella l’emporterait au second tour face à tous les candidats testés.

Face à l'ancien Premier ministre (2017-2021) Edouard Philippe, il recueillerait 53% des voix; face à Raphaël Glucksmann (centre gauche), 58%; face à l'ancien Premier ministre Gabriel Attal (2024), 56 %… et face au leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, 74%. Une «nouveauté», car, il y a six mois, Edouard Philippe sortait vainqueur d’un second tour face au candidat du RN (54-46)…

La bataille parlementaire, synonyme de «merde»? Venant de «The Economist», hebdomadaire d'un pays où le parlementarisme règne en maître, la remarque peut sembler déplacée. Elle tape en revanche juste, car la paralysie actuelle de l'Assemblée nationale française ne laisse augurer aucune sortie de crise. Tout dépend aujourd'hui de l'attitude du Parti socialiste, qui a voté le budget de la Sécurité sociale fin 2025 (en France, le budget des dépenses sociales est voté séparément de celui de l'Etat), mais refuse pour l'heure de conclure un pacte budgétaire avec l'actuel gouvernement. Ironie des circonstances, l'ancien président de la République François Hollande, issu du PS, plaide ouvertement pour un vote d'urgence grâce à l'article 49.3 de la Constitution, que son parti dénonce et que le Premier ministre s'est engagé à ne pas utiliser.

Vous n'avez pas bien compris? Normal! Comme le dirait «The Economist», c'est «la merde»…

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