Cérémonie d'adieu aux victimes
Emmanuel Macron arrive en Suisse avec des questions

Le président français sera présent ce vendredi 9 janvier à la cérémonie d'hommages aux victimes de l'incendie du «Constellation». Il aura des questions à poser à ses interlocuteurs helvétiques.
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Emmanuel Macron sera présent en Valais ce vendredi 9 janvier pour la cérémonie d'hommage national.
Photo: IMAGO/Bestimage
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Richard WerlyJournaliste Blick

Emmanuel Macron vient en ami de la Suisse. Ce message, l'entourage du président français le distille depuis l'annonce de la venue de celui-ci, ce vendredi 9 janvier, à la cérémonie d'hommage et d'adieu aux victimes de l'incendie du Constellation, à Crans-Montana. Compassion. Soutien. Solidarité. Ces trois mots reviennent à chaque réponse du ministère français des Affaires étrangères. Mais il y a aussi des questions. Et elles seront sans doute posées en aparté par le chef de l'État français, qui ne s'est pas exprimé avant son arrivée en Suisse.

La première question, reprise par les médias français, porte sur la réponse que les autorités valaisannes apportent à cette catastrophe, sur le plan judiciaire. «Nous sommes encore dans l'heure du deuil et des larmes, mais dès que la cérémonie sera terminée, toute l'attention sera focalisée sur la procédure judiciaire», estime un ancien diplomate français de haut rang présent, jeudi 8 janvier, à la conférence des ambassadeurs à Paris. Ce qu'apportera la nouvelle audition par la justice, ce jour, du couple d'exploitants du Constellation, revet donc un caractère essentiel.

Familles des victimes

«La Suisse est attendue sur ce terrain par les familles des victimes poursuit notre interlocuteur, familier du centre de crises de la diplomatie française, qui centralise les demandes de renseignements en cas de catastrophe à lp'étranger impliquant des ressortissants. Il faut que la justice valaisanne démontre sa volonté de faire toute la vérité. Personne ne'n doute dans un pareil contexte, mais il faut rassurer. C'est indispensable» Emmanuel Macron viendra avec une promesse de coopération judiciaire. S'il faut que la police et la justice françaises coopèrent pour apporter des éclaircissements sur le passé des exploitants du Constellation, ce sera fait. «Nous répondrons de suite», confirme à Blick une source judiciaire, alors que, reconnaissons-le, la justice helvétique, dans d'autres affaires, en particulier financières, tarde souvent à répondre. La méfiance n'est pas loin. Normal, dans le contexte de tensions ambiantes.

La seconde question qu'Emmanuel Macron posera est celle du fonctionnement des autorités helvétiques. Qui est responsable? Vu de Paris, et aussi choquant que cela puisse être pour les Suisses, la structure fédérale et les compétences cantonales du Valais sont mal comprises. «Il ne faut surtout pas que les Suisses pensent qu'on connaît leur système fédéral, et les différents niveaux de responsabilité politique et judiciaire, c'est faux. La pédagogie est indispensable pour bien faire comprendre que tout est mis en œuvre. Il ne faut pas que le procès en lenteur de l'enquête helvétique s'installe», suggère notre diplomate.

Justice valaisanne

Pas simple, en effet, d'expliquer que la justice valaisanne a seule, pour l'heure, la charge du dossier dans une affaire d'ampleur nationale. La question des moyens sera aussi posée par le président: les familles des neuf victimes françaises, et celles des très nombreux blessés, vont sans doute se constituer en collectif, outre les plaintes individuelles. Les exigences de transparence seront très fortes. «L'image de la Suisse parfaite est écornée, c'est un fait. Le pire serait que l'on tombe dans l'excès inverse: la Suisse qui cache la vérité», estimait un éditorialiste sur France Info.

Troisième question: le sort du couple d'exploitants, d'origine corse. Emmanuel Macron vient à Martigny, pour la cérémonie d'hommage, de recueillement et d'adieu, avec un dossier préparé par son cabinet et par le ministère de l'Intérieur, dirigé par l'ancien préfet de police de Paris, Laurent Nuñez. Au-delà de ce que la justice française détient comme éléments sur l'homme en question, l'interrogation portera sur son arrivée en Suisse. Pourquoi le Valais? Quels étaient ses relais, ses associés? Ce drame effroyable cache-t-il d'autres choses?

Le rôle des médias

Les journalistes français présents en masse à Crans-Montana, comme leurs collègues italiens et de nombreux représentants de médias internationaux, ont d'abord interrogé les réglementations en vigueur pour la sécurité des bars et discothèques en Valais. La conférence de presse de la municipalité de Crans-Montana les a convaincus que les négligences, ou le manque de rigueur dans les contrôles, sont le point focal de cette tragédie. Mais un autre aspect émerge: le profil des victimes, comme celui de ce serveur mort durant l'incendie, qui s'était plaint des conditions de travail et de sécurité.

« En venant en Suisse ce vendredi, Emmanuel Macron, par sa présence, impose une coopération et une entraide judiciaires maximales », juge notre source au tribunal de Paris. Le président français, qui était en visite d'État en Suisse en novembre 2023, a aussi la volonté de rendre la pareille aux autorités helvétiques. En janvier 2015, après l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, était venue à Paris témoigner de la solidarité de la Suisse. « Nos deux pays sont très amis et très proches. Nous sommes unis dans la douleur, poursuit notre diplomate. Mais c'est parce que nous sommes si proches que nous devons nous dire toutes les vérités. »

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