Après le drame de Crans
Les Français stupéfaits: une tragédie dans une Suisse si sûre

Impossible d'éviter ces commentaires après la tragédie de Crans-Montana. Derrière l'élan de solidarité envers la Suisse, les médias français interrogent: comment une telle catastrophe a-t-elle pu avoir lieu dans un pays réputé si sûr?
1/5
L'élan de solidarité en Suisse vaut aussi pour la France, où la tragédie résonne particulièrement.
Photo: keystone-sda.ch
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils ne risquent pas la question au premier abord. Mais rapidement, l’interrogation survient: comment une telle catastrophe peut-elle avoir eu lieu en Suisse, ce pays réputé si sûr? Julien, un haut fonctionnaire de permanence au ministère français des Affaires étrangères, admet avoir entendu souvent ce commentaire, au fil des appels inquiets de familles, dès l’annonce du drame.

L’annonce par le gouvernement français de la mise à disposition de 19 lits dans des unités spécialisées pour les grands brûlés, dans des hôpitaux de l’Hexagone, a rajouté à l’émotion collective. «Les gens voient la Suisse comme le dernier pays où ce type de tragédie pourrait avoir lieu. J’ai même entendu une mère de famille, inquiète pour son fils qui se trouvait en Valais — retrouvé depuis sain et sauf —, me dire qu’elle ne comprenait pas. Tout a la réputation d’être si bien organisé, si bien réglementé, si discipliné en Helvétie. »

Affreuse ironie

Neuf Français figurent parmi les blessés et huit autres n’ont pas encore été localisés, selon les autorités. Or, affreuse ironie de ces premiers jours de l’année endeuillés par le drame de Crans-Montana: la Suisse était encore félicitée, en octobre 2025, pour sa première place au rang des pays les «plus sûrs du monde», avec un score de 88,4 points sur 100. Ce classement international la plaçait devant la Norvège, la Suède ou Singapour. Les faits divers et les accidents du type de celui survenu dans la station alpine valaisanne ne sont évidemment pas pris en compte dans ce type de classement.

Mais l’impression demeure: «Il y a consensus: ce qui plaît le plus aux Suisses et aux étrangers, ce sont les paysages. Puis ça varie. Les étrangers apprécient la propreté et la sécurité», confirmait, en 2023, un sondage commandé par le groupe Tamedia. Un refrain repris par le Département fédéral des Affaires étrangères dans son rapport 2024 : «La Suisse continue de jouir d’une image positive auprès du grand public à l’étranger», se félicitaient, voici quelques mois, nos diplomates.

Crans-Montana: là aussi, le fossé est patent, en France, entre ce qu’inspirent le nom de cette station et les images effroyables de l’accident survenu dans la nuit du 31 décembre. Station pour riches et fortunés. Station privilégiée. Un forum international utilise d’ailleurs le nom de cette station pour des événements diplomatiques. «L’image de Crans-Montana est un peu celle de Courchevel en France. Le lieu où vous ne risquez rien si vous êtes riches et célèbres. Au contraire. Or voilà que les images de cette fête et ce qu’on apprend sur les conditions de sécurité de la discothèque détruite ruinent ce portrait», juge un membre de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH).

La France, plus sûre?

Le président de cette organisation, d’ailleurs, n’y est pas allé de main morte. Écartée, l’image de la Suisse si sûre, alors que l’enquête ne fait que commencer: «On dit que c’est une discothèque, mais ce n’est pas une discothèque. Un bar, c’est un bar», a expliqué Thierry Fontaine sur France Info. Et d’ajouter: «Le complexe isolant qui a été utilisé dans ce bar s’enflamme tout de suite. Et c’est une folie d’avoir mis ça au plafond. En France, ce serait complètement interdit. »

Normes de sécurité

La Suisse, moins rigoureuse que la France sur les normes de sécurité? «Tous les plafonds en France, dans une discothèque, sont M1, c’est-à-dire qu’ils résistent au feu», poursuit Thierry Fontaine. «Ces matériaux brûlent très lentement et ne dégagent absolument aucune fumée nocive, puisque c’est la fumée qui tue en premier. » La géographie des lieux, telle que présentée dans les médias, suscite aussi beaucoup de réactions: «Je vous garantis que ce n’est pas légal, en France: à partir de 19 personnes accessibles dans une pièce, vous devez avoir deux issues accessibles, espacées de plus de cinq mètres», confirme l’intéressé.

L’autre sujet de commentaires, sur les réseaux sociaux français, est l’identité des propriétaires du «Constellation», présentés comme étant des Corses d’origine. L’information a d’ailleurs été initialement révélée par le quotidien local Corse-Matin, selon lequel l’épouse du couple propriétaire était présente sur place lors de la tragédie et aurait été brûlée au bras. Le journal donne la parole à l’animateur d’un groupe de chant traditionnel insulaire venu, dans le passé, célébrer le Nouvel An dans le bar incendié.

«Tout le monde est sous le choc»

«Pour le moment, tout le monde est sous le choc, mais l’idée qu’entre le Valais et la Corse, les connexions soient parfois problématiques va surgir, c’est presque sûr», explique un reporter du quotidien qui avait suivi, en 2025, la visite du Conseil d’État valaisan dans l’Île de Beauté pour son voyage annuel, du 11 au 14 août. «De la Balagne aux Alpes, quand la Corse et le Valais partagent leurs défis», avait alors titré Corse-Matin. Au menu de cette visite: «la gestion des flux touristiques et la diversification des saisons»…

Articles les plus lus