En quête d'un compromis sur le budget pour éviter la censure, le Premier ministre français Sébastien Lecornu, nommé en octobre pour sortir le pays de l'impasse budgétaire, a abattu de nouvelles cartes vendredi, susceptibles de «rassembler», sans dire par quelle voie il comptait procéder pour l'adoption du texte. En fin de journée, Sébastien Lecornu a énuméré une série de mesures pour un budget présenté comme «meilleur» et «responsable», assurant qu'il permettrait de réduire le déficit à l'objectif fixé de 5% du PIB, au lieu de 5,3% à ce stade des discussions parlementaires.
Le Parti socialiste (PS) réclamait des mesures en faveur du pouvoir d'achat des plus modestes ainsi que sur le logement et la transition écologique. Le Premier ministre a notamment annoncé la revalorisation du barème de l'impôt sur le revenu. En matière de logement, il envisage une augmentation de 400 millions d'euros des moyens pour les bailleurs sociaux, pour loger les familles les plus modestes.
Plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement avait aussi annoncé la généralisation des repas universitaires à 1 euro, mesure réclamée par les socialistes. «Ce budget n'est pas le nôtre et reste insuffisant mais les avancées sont réelles», s'est félicité le Parti socialiste dans un communiqué. Le chef de file de La France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon a en revanche fustigé un «théâtre d'ombre», déplorant que les coupes budgétaires soient «maintenues».
«Tristesse»
Le Premier ministre s'est donné jusqu'à mardi pour trouver une solution acceptable aux yeux du PS. Sur le fond mais aussi sur la forme, même s'il n'a pas dit vendredi son choix entre les deux outils constitutionnels à sa disposition perçus par ses opposants comme des «passages en force».
Le gouvernement a suspendu jeudi soir les interminables débats budgétaires à l'Assemblée, actant l'impossibilité d'aller à un vote sur le budget de l'Etat. Le premier ministre français, qui a rencontré vendredi le président Emmanuel Macron, a averti qu'un renversement de son gouvernement serait synonyme d'élections législatives anticipées qui pourraient coïncider avec les municipales (15 et 22 mars).
Trancher
Les discussions budgétaires sont censées reprendre mardi et le Premier ministre pourrait recourir à l'article 49.3, qui permettrait au gouvernement de faire passer un budget sans vote en retenant les amendements de son choix. Un recours auquel Sébastien Lecornu avait solennellement renoncé à la demande du PS pour éviter une censure et qui aurait un goût amer. Son abandon était la marque de son action et, pour le PS, le retour au parlementarisme.
L'ordonnance, soit l'inscription du budget dans un texte sans passer devant le Parlement, serait inédite mais, contrairement au 49.3, elle permettrait de doter le pays d'un budget même si le gouvernement devait être censuré par la suite.