Fin de partie pour le budget de la France en 2026. Sauf énorme surprise, Sébastien Lecornu va réussir, cette semaine, à faire adopter le projet de loi de finances sur lequel les députés s’écharpent depuis des mois. Le Premier ministre français a, pour cela, décidé de recourir à l’article 49.3 de la Constitution, qu’il avait promis de ne pas utiliser.
Le budget 2026 sera donc adopté sans vote, à l’issue de l’engagement de la responsabilité du gouvernement ce mardi 20 janvier. Seule possibilité pour l’en empêcher: qu’une majorité absolue d’au moins 289 députés vote une motion de censure déposée dans la foulée. Dans ce cas de figure, très peu probable, Lecornu devrait démissionner comme, avant lui, ses prédécesseurs Michel Barnier (en décembre 2024) et François Bayrou (en septembre 2025).
Le gâchis de la dissolution
Bravo donc à ce chef du gouvernement issu de la droite, ex-ministre des Armées et fidèle à Emmanuel Macron depuis son ralliement en 2017? Oui, si l’on estime qu’un retour aux urnes, pour de nouvelles élections générales un an avant la présidentielle d’avril-mai 2027, serait un énorme et dangereux gâchis. Mais non, trois fois non, si l’on regarde ce que contient ce budget, bricolé pour obtenir l’abstention de la soixantaine de députés socialistes sans lesquels la majorité absolue ne peut pas être obtenue pour la censure.
Des dépenses publiques toujours en hausse. Un déficit de la Sécurité sociale annoncé à 24 milliards d’euros. Un déficit public qui atteindra, au mieux, 5% du produit intérieur brut. Une dette de 3482 milliards d’euros, soit 117% du PIB. Une charge annuelle d’intérêts de cette dette qui avoisinera les 70 milliards d’euros. Le tout, «emballé» au niveau politique par une concession sociale de taille: la suspension de la réforme des retraites adoptée en avril 2023. Avec un gel de l’âge légal de départ à 62 ans et neuf mois, au lieu de 64 ans… alors que 65 ans est le minimum chez tous les voisins européens de la France.
Sébastien Lecornu a, dans les faits, confectionné ces dernières semaines le cercueil politique de ce patron qu’il a promis de protéger jusqu’au bout: Emmanuel Macron. Oui, un cercueil. Car tout, dans cet exercice budgétaire, rime avec échec pour le locataire de l’Elysée depuis 2017. Échec à obtenir le soutien d’une majorité de députés (les socialistes se contenteront de s’abstenir). Échec à redresser les finances publiques. Échec à laisser derrière lui une réforme majeure sur les retraites. Échec face aux partis politiques que Macron n’a jamais supportés. Échec face aux patrons et aux entrepreneurs, qui redoutent un nouveau boomerang fiscal. L’unique promesse tenue sera l’augmentation du budget de la défense, largement due à la menace russe, à la guerre en Ukraine et aux tensions instrumentalisées par Donald Trump au Groenland.
Oublié «Choose France»
Oui, Macron est enterré. Même son sommet «Choose France», dont il avait fait le rendez-vous français avant le forum de Davos pour les investisseurs étrangers, a disparu. Finie, la France qui attire. Finies, les promesses de financement faites aux techs tricolores. Fini, le discours volontariste sur une France locomotive dans une Europe souveraine.
Plus d’argent dans les caisses. Plus de marge de manœuvre. Plus d’autre solution que l’emprunt dans une République où la population épargne toujours plus par peur de l’avenir. L’épitaphe de ce budget français pour 2026 est «Adieu Macron». Avec, au passage, un énorme problème: comment tenir jusqu’à la prochaine élection présidentielle dans ces conditions d’enlisement et de vacance politique? Et comment convaincre les partenaires européens de la France, qui ont besoin d’elle sur le plan sécuritaire, que ce cercueil macroniste n’est pas aussi celui de leurs illusions sur la capacité structurelle du pays à se réformer et à dépenser moins?