Ils sont le punching-ball de la République. Coincés entre les revendications ou les colères des électeurs et les contraintes toujours croissantes imposées par l'Etat. A la tête des quelque 35'000 communes de France, les maires qui seront élus les 15 et 22 mars sont l’illustration du malaise politique national. Une bonne raison d’en parler dans notre podcast Helvetix Café avec un observateur vétéran de la politique française: Francis Brochet, ancien correspondant des journaux régionaux du Grand Est à Paris et auteur d’un essai percutant: «Quand le parisianisme écrase la France» (éd. de l’Aube).
Punching-ball? C’est bien le mot. Dans les sondages, le maire est la figure politique en laquelle les Français ont le plus confiance (69%), loin devant le député (42%) ou le Premier ministre (22%). Cette confiance, proche des 70% depuis dix ans, repose essentiellement, selon l’institut Ipsos, sur leur honnêteté et leur capacité à tenir leurs engagements, alors que les Français jugent la scène démocratique nationale trop polarisée et bloquée.
Des administrés exigeants
Une belle preuve de confiance, de nature à encourager les candidats à affronter les urnes? Pas si sûr. Car en retour, leurs administrés sont de plus en plus exigeants dans un pays confronté au délitement de ses services publics. Selon Ipsos, les citoyens exigent de leurs élus municipaux qu’ils soient présents sur le terrain (67%), efficaces dans leur action (64%), facilement accessibles (63%) et irréprochables dans l’utilisation de l’argent public (63%).
L’autre sujet de ces élections municipales de la mi-mars est le sort politique des plus grandes villes de France. Paris, Lyon, Marseille, mais aussi Strasbourg, Montpellier, Toulouse ou Lille seront le théâtre de batailles politiques très suivies, sur fond de reflux annoncé de la vague écologiste qui avait déferlé en 2020, en pleine pandémie de Covid-19.
Des candidats emblématiques
L’occasion, pour le podcast de Blick qui raconte la France en version helvétique, de s’interroger sur les candidats les plus emblématiques: la ministre de la Culture Rachida Dati à Paris, l’ancien patron de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas à Lyon, le député Rassemblement national Franck Allisio à Marseille, où la guerre contre les narcos domine les préoccupations municipales.
Comprendre la France et son malaise en racontant la vie quotidienne de ses maires: c’est l’objectif de ce nouvel épisode d’Helvetix Café. Quinze minutes de plongée dans le quotidien de ces élus qui, trop souvent, finissent par jeter l’éponge. En l’espace de trois mandats municipaux (entre 2008 et 2026), le nombre moyen de démissions de maires par an a été multiplié par quatre (129 contre 417).
Selon une étude réalisée pour l’Association des maires de France, trois causes de démission dominent: la difficulté à mener jusqu’au bout les projets municipaux sur lesquels les élus se sont engagés, qui crée des tensions au sein des conseils municipaux (30,9% des cas) ; les passations de pouvoir anticipées et organisées dès le début de la mandature (13,7% des cas) ; les questions de santé physique (13,1% des cas) et de santé mentale (5,1% des cas). On dit souvent que les maires, en France comme en Suisse, sont «à portée de baffes». Et si c’était la République qui, à travers eux, était giflée?