Commentaire de Richard Werly
Boualem Sansal, un Académicien français (enfin) libre

L’écrivain franco-algérien, gracié en novembre 2025 par l’Algérie après y avoir passé un an en prison, a été élu au siège numéro trois de l'Académie française. Une preuve de liberté selon notre journaliste Richard Werly.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il arrive que des figures intellectuelles s’imposent, au-delà de leurs prises de parole et de leurs opinions. C’est incontestablement le cas de Boualem Sansal (81) élu jeudi 29 janvier au fauteuil numéro trois de l’Académie française. Une élection pliée en un seul tour, par 25 voix sur 26, de cette institution fondée en 1634 par le Cardinal de Richelieu, qui compte 40 membres.

Impossible, en effet, de ne pas associer le mot liberté au parcours de cet écrivain reconnu, ingénieur de formation et ancien haut fonctionnaire au sein de l’administration algérienne, avant que la guerre civile, puis l’islamisation rampante de la société dans son pays, ne le poussent à l’exil en France. Liberté vis-à-vis de l’Etat Algérien, qui l’a emprisonné un an durant pour «atteinte à l’unité nationale», pour avoir affirmé que des territoires de son pays d’origine étaient autrefois marocains. Liberté pour ses prises de position contre l’islamisme, dont Alger est devenue, affirme-t-il une «Mecque» comme la capitale algérienne le fut autrefois pour les révolutionnaires du Tiers-monde. Liberté pour sa remise en cause de certaines élites intellectuelles françaises, trop proches du pouvoir algérien dominé par les militaires, ou «agenouillées» au contraire devant les soutiens de l’islamisation» les officines islamistes.

Gauche et salafisme

Boualem Sansal, dont le roman «Le Village de l’Allemand» raconte le parcours d’un jeune Algérien dont le père, ancien SS ayant œuvré dans les camps de concentration, se battit pour l’indépendance, n’a pas craint de prendre tous les risques. A-t-il, comme le lui reprochent certains, choisi de pactiser en France avec la droite la plus radicale par vengeance envers une gauche sourde à ses avertissements contre le salafisme musulman? Là n’est, au fond, pas la question. Par son parcours, d’une rive de la Méditerranée à l’autre, et par son courage physique, prenant le risque de se faire arrêter en Algérie, l’auteur du «Serment des barbares» et de «Vivre» a refusé l’implacable loi du silence. Il a choisi la résistance. Et il l’a incarné jusqu’à se retrouver incarcéré un an en Algérie, suscitant une large mobilisation en France.

Docilité intellectuelle

L’Académie française a, au fil des siècles, souvent incarné la docilité intellectuelle envers les pouvoirs. Les personnalités d’exception élues sous la Coupole – et il y en a eu beaucoup – ont souvent, après avoir revêtu l’habit vert, mis en veilleuse leurs critiques contre les puissants. Le fait d’élire Boualem Sansal, certes devenue une icône après sa détention, est donc un vote d’audace. Oui, le courage paye. Oui la volonté est récompensée. Et oui, le combat pour la liberté de penser et de critiquer continue. En Algérie (où un journaliste sportif français est toujours détenu), mais aussi en France, dans la lignée de Voltaire. Lequel, lors de son entrée à l’Académie le 9 mai 1746, rendit hommage à «cet honneur qu’on fait tant de peuples à nos excellents écrivains», assimilé à «un avertissement que l’Europe nous donne de ne pas dégénérer».

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