Sébastien Lecornu peut se tenir le visage entre les mains. Sa réussite parlementaire, avec l’adoption finale du budget 2026 pour la France ce lundi 2 février, augure d’une année compliquée sur le plan des finances publiques. L’échec des deux motions de censure déposées contre son gouvernement par la droite nationale populiste et la gauche radicale ressemble donc davantage à un sursis qu’à une victoire. Certes, la France a un budget. Mais tout le monde sait, à commencer par le chef du gouvernement, que le pays devra passer l’année qui débute à racler les fonds de tiroirs.
Pourquoi cet alarmisme? Parce que les caisses de l’Etat français sont vides. Ou plutôt non: elles se remplissent par l’augmentation de la dette publique. Celle-ci atteint, en ce début d’année 2026, le montant record de 3340 milliards d’euros et elle devrait dépasser les 3350 milliards en fin d’année. Chaque seconde, la France s’endette à hauteur de 6405 euros, soit 553 millions par jour!
Or cet argent frais – indispensable pour payer les fonctionnaires, les administrations, la police, l’armée, les commandes publiques et les collectivités locales – coûte de plus en plus cher. L’Agence France Trésor, chargée des obligations d'Etat, devrait donc émettre pour plus de 530 milliards d’euros de dette à court, moyen et long terme en 2026. Coût total: plus de 70 milliards d’euros, soit plus que le budget de la défense, le seul en augmentation cette année!
Le déficit public s’aggrave
Deuxième raison d’être inquiet si l’on regarde les finances de la France: le déficit public de la seconde économie de la zone euro va encore augmenter. Il devrait s’établir, selon le projet de loi de finances, à 5% du PIB (contre 5,4% en 2025), ce qui est supérieur aux –4,7% initialement prévus.
En clair: les administrations françaises sont toujours plus dépensières, même si le rythme de cette augmentation décroît. «En 2026, la progression de la dépense publique en volume tombera à 0,9% contre 1,7% en 2025 et plus de 2% les années précédentes», s’est félicité Sébastien Lecornu.
Le secteur public en France est en somme un train que personne n’est capable d’arrêter. On peut juste le ralentir. La dépense dérape de 9 milliards d’euros par rapport à la copie initiale du gouvernement, soit plus que le coût de la maintenance de la cruciale dissuasion nucléaire (environ six milliards d’euros par an).
Pour obtenir que les députés socialistes ne votent pas les motions de censure successives – ce qui aurait provoqué la chute de son gouvernement – Sébastien Lecornu a délié le cordon de la bourse. Le projet de loi de finances initial envisageait des économies en dépenses de près de 0,6 point de PIB. Or ce sera, au mieux, la moitié!
Point clé, par exemple: les retraites. Outre la suspension de la réforme de 2023 qui repoussait à 64 ans l’âge de départ – il est désormais gelé à 62 ans et neuf mois –, les retraités ne feront pas d’effort. Ils continueront de bénéficier d’un abattement fiscal de 10%, sans autre raison d’être que de les ménager à un an de la présidentielle de 2027.
Les hauts revenus dans le viseur
Les tiroirs que l’on raclera en priorité en 2026 seront aussi ceux des plus fortunés. La contribution sur les plus hauts revenus (CDHR), instaurée en 2025, est prolongée jusqu’à ce que le déficit passe sous la barre des 3%. Une version allégée de la taxe sur les holdings voit le jour et les tranches d’impôt sur le revenu seront indexées sur l’inflation en 2026. Ceci, alors que le gel des prestations sociales envisagé n’aura pas lieu.
Tous les ingrédients d’un nouveau dérapage sont réunis, justifiés par la nécessité politique de ne pas provoquer d’élections législatives anticipées. Les tiroirs de la maison France sont ouverts, mais pour l’heure, le gouvernement et les partis de gouvernement (de la gauche socialiste à la droite) ne veulent pas courir le risque de laver leur linge sale dans les urnes.