Donald Trump veut la paix en Ukraine d'ici au mois de juin. La délégation américaine l’a fait comprendre aux interlocuteurs russes et ukrainiens lors des pourparlers trilatéraux de la fin de semaine. Ce nouveau délai fait sens: la Coupe du monde de football commence aux Etats-Unis le 11 juin, le président américain fêtera 80 ans le 14 juin, et le 4 juillet, les Etats-Unis célébreront leur 250ᵉ anniversaire. Fêter en toute insouciance est compliqué, lorsque l'un des conflits territoriaux les plus brutaux depuis la Seconde Guerre mondiale – dont on joue le médiateur – fait rage.
Trump a alors brandi de lourdes menaces à l'encontre des Russes et des Ukrainiens. Les Etats-Unis pourraient mettre fin aux activités de ces deux pays s'ils ne respectent pas la feuille de route. La dernière tentative de Trump d'instaurer la paix est-elle réaliste?
La Maison Blanche ne manque pas de moyens de pression sur les belligérants. Les sanctions contre l'industrie pétrolière russe creusent déjà un énorme trou dans le trésor de guerre de Vladimir Poutine. En raison de la hausse des prix, même son allié chinois a cessé d'acheter de l'énergie russe en janvier. Si Trump arrache bientôt à Moscou ses derniers clients, en imposant des sanctions contre ceux qui continuent d'acheter du gaz et du pétrole russes, le Kremlin se retrouvera rapidement à court de trésor de guerre.
De son côté, Kiev produit désormais près de 100% de ses drones, ainsi qu'une bonne moitié de ses missiles et de ses chars. Pour les munitions antimissiles des systèmes américains Patriot, Volodymyr Zelensky dépend toutefois toujours des livraisons américaines. L'Ukraine est déjà à la merci de la terreur des missiles russes. Rien que cet hiver, près de 600'000 personnes ont quitté Kiev, ne supportant plus les tirs continus. Si Trump stoppe les livraisons de Patriot, Kiev risque gros.
Différentes raisons laissent penser que Kiev et Moscou ne respecteront malgré tout pas l'échéance. En voici quelques-unes:
Les Ukrainiens n'ont jamais été aussi déterminés
Un nouveau sondage de l'Institut international de sociologie de Kiev KIIS révèle que 65% des Ukrainiens préfèrent continuer à faire la guerre plutôt que de se plier au diktat russe. Dans la capitale Kiev, particulièrement touchée en ce moment, ce chiffre atteint même 72%. Et 52% déclarent que Kiev ne devrait jamais céder de territoires à Moscou, quelles que soient les circonstances.
La mission politique de Zelensky est donc claire. Si le gouvernement acceptait une paix humiliante sous la forme d'un diktat, il agirait contre la volonté du peuple.
Les Russes s'accrochent à leurs objectifs fantaisistes
Aussi «constructives» que soient toutes les discussions entre les belligérants selon divers experts, la Russie ne semble en aucun cas prête à renoncer à ses objectifs surréels. Poutine souhaite que l'Ukraine se retire volontairement du Donbass et accorde aux Russes un accès éternel à la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d'Europe.
Cette semaine, son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en a encore rajouté une couche en annonçant que l'objectif de la Russie restait le renversement du «régime nazi de Kiev». Pour ce faire, la Russie devrait avancer au moins jusqu'au centre de l'immense pays qu'est l'Ukraine. Rien que pour conquérir les parties du Donbass oriental encore contrôlées par Kiev, l'armée russe aurait encore besoin d'au moins deux années entières, selon les experts de l'Institut américain d'études sur la guerre.
Danger des midterms: Trump doit faire preuve de considération
A neuf mois des élections de mi-mandat, le président américain est sur la sellette. Plusieurs poids lourds républicains – dont le sénateur Lindsey Graham, le président de la Chambre des représentants Mike Johnson et, parfois, le secrétaire d'Etat Marco Rubio – poursuivent leur soutien total à l'Ukraine.
Trump ne veut en aucun cas perdre ces élections de mi-mandat, car il serait alors menacé d'une nouvelle procédure de destitution. Pour cela, il a besoin du soutien de l'aile pro-ukrainienne du parti. Il est donc tout à fait possible qu'il fasse à nouveau volte-face et qu'il repousse la date limite. Et ce ne serait pas la première fois.