Conférence de Munich
Les 5 raisons pour lesquelles l'Europe doit reparler avec Poutine

Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne étaient réunis ce jeudi 12 février en Belgique pour un sommet informel. Objectif avant la conférence sur la sécurité de Munich ce week-end: préparer l'après paix en Ukraine, si elle survient.
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Vladimir Poutine snobe la conférence sur la sécurité de Munich. Il y avait annoncé son hostilité à l'expansion de l'Otan en 2007.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ignazio Cassis l'a fait. Emmanuel Macron l'a proposé et y a envoyé son conseiller diplomatique. Ces jours-ci, les voyages à Moscou reprennent pour les dirigeants européens, malgré l'adoption le 7 février d'un 20ème paquet de sanctions économiques et financières contre la Russie. Le Chef du Département fédéral des Affaires étrangères était au Kremlin le 6 février, pour une rencontre avec son homologue russe Serguei Lavrov, en tant que président en exercice de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). 

Et le président français, lui, a redit la nécessité de rouvrir un espace de dialogue avec la Russie lors du sommet informel des 27 dirigeants des pays de l'UE en Belgique, ce jeudi 12 février. Ce qu'il répétera dans la foulée, ce vendredi, à la très attendue conférence annuelle sur la sécurité de Munich. 

Reparler avec Vladimir Poutine alors que la Russie continue de bloquer toute paix en Ukraine? La réalité est plus complexe. Pour ces 5 raisons au moins, les Européens envisagent aujourd'hui sérieusement de rouvrir le dialogue avec le maître du Kremlin. 

Raison N°1: La sécurité de l'Ukraine

Officiellement, la Russie continue de refuser catégoriquement tout déploiement de troupes de pays membres de l'OTAN, pour assurer la sécurité de l'Ukraine après un accord de paix. Moscou a même menaçé à plusieurs reprises de prendre ses troupes pour cible, si elles se déploient quand même. La réalité est toutefois différente: Vladimir Poutine a parlé avec Donald Trump d'une possible présence de soldats européens au sol, lors de leur entretien d'Anchorage, en Alaska, le 15 août 2025. Un scénario désormais évoqué par la Coalition des volontaires (qui regroupe les pays engagés aux cotés de l'Ukraine) – dont le QG se trouve à Paris au Mont Valérien – est un accord russe sur la présence de troupes françaises et britanniques au sein d'une force multinationale. Cela seulement, bien sûr, si un accord de paix est trouvé. Il faut donc en discuter avec la Russie. 

Raison N°2: Trump le demande

Donald Trump a fixé un ultimatum que Marco Rubio va répéter samedi 14 février à la conférence sur la sécurité de Munich: la paix en Ukraine doit être conclue d'ici le mois de juin, juste avant l'anniversaire des 250 ans de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, le 4 juillet. Selon le «Financial Times», les autorités ukrainiennes auraient, pour cette raison, commencé à planifier une élection présidentielle (à deux tours) avant le 15 mai. Une information démentie par Volodymyr Zelensky qui a affirmé que son pays n’organisera des élections qu’après «un cessez-le-feu» et l’obtention de «garanties de sécurité». Les Européens doivent néanmoins s'y préparer. Et pour cela, il faut reparler à Moscou. 

Raison N°3: L'économie russe est vulnérable

L'adoption, le 7 février, du 20ème paquet de sanctions financières de l'Union européenne contre la Russie marque un nouveau tour de vis économique. Sur le plan énergétique, ces sanctions instaurent une interdiction complète des services maritimes pour le pétrole brut russe, ce qui rend possible l'araisonnement de tout navire de la flotte «fantôme» russe, dont 640 sont désormais sur liste noire. Un deuxième ensemble de mesures s'en prend au système bancaire russe et à sa capacité à créer des canaux de paiement alternatifs. 20 banques régionales russes sont désormais sanctionnées ainsi que plusieurs banques dans des pays tiers impliquées dans la facilitation du commerce illégal. Le moment est dés lors opportun pour proposer un «deal» à la Russie. 

Raison N°4: Le fardeau ukrainien est trop lourd

La mise à disposition par les 27, en décembre 2025, d'un prêt de 90 milliards d'euros pour l'Ukraine, témoigne à la fois du soutien et de la fatigue des Européens. Continuer à ce rythme, alors que des investissements importants sont nécessaires pour relancer l'économie européenne, n'est plus tenable. D'autant que l'intégration future de l'Ukraine dans l'Union pourrait être actée dans un accord de paix. Il faut donc investir, d'où la proposition d'Emmanuel Macron pour un nouveau grand emprunt communautaire. Mais investir avec une Russie menaçante aux portes de l'UE n'est pas possible. La tension doit retomber.

Raison N°5: Les Européens ont peur

Il sera divulgué pour la Conférence sur la sécurité de Munich. Selon le dernier sondage Eurobaromêtre, réalisé dans les 27 pays de l'Union, les Européens perçoivent une menace croissante pour leur sécurité et font confiance à l’UE pour en faire davantage dans ce domaine. Mais attention: cette enquête d'opinion démontre avant tout la volonté d'une coexistence pacifique avec la Russie sur le continent. Ce qui exige de reprendre le dialogue. Autre donnant-donnant politique: la reprise des visas accordés aux Russes – notamment aux familles de l'élite – en échange d'une diminution des ingérences électorales de la part des officines controléespar le Kremlin. 

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