Macron et Merz disent «Stop»
A Munich, les pro-Trump rasent les murs (avant leur revanche)

Marco Rubio sera-t-il sifflé, voire hué, lors de son discours sur la sécurité à Munich, le 14 février? Le chef de la diplomatie américaine est prévenu. Le Chancelier allemand et le président français parlent d'un divorce transtlantique.
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Merz, Macron, Starmer:les dirigeants de l'Allemagne, de la France et du Royaume Uni disent non au forcing de Trump en Europe.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Quel changement d'ambiance! Il y a pile un an, le 14 février 2025, les participants européens recevaient tous un coup de poing à la figure. Cet uppercut politique était signé J. D. Vance. Dans un discours retentissant prononcé en ouverture de ce «Davos» de la défense, le vice-président des Etats-Unis avait violemment pris les gouvernements européens à partie, leur reprochant d'abandonner leurs valeurs et de ne plus être démocratiques.

Ce coup de poing s'était accompagné d'une gifle infligée à l'Allemagne, pays hôte de la conférence, en pleine campagne pour les législatives. Seule Alice Weidel, la patronne du parti d'extrême droite AfD, avait été reçue par J. D. Vance. Sa formation avait ensuite fini à la seconde place aux élections, remportées par le parti conservateur CDU de l'actuel chancelier Friedrich Merz.

Un an plus tard, les pro-Trump rasent les murs, dans l'attente du discours que Marco Rubio doit prononcer ce samedi matin. Le chef de la diplomatie américaine est réputé plus pragmatique que J. D. Vance. Mais, en guise de signal, il s'est abstenu de participer à une réunion sur l'Ukraine à Munich, avant la reprise des négociations entre Russes et Ukrainiens cette semaine à Genève. Marco Rubio n'a pas voulu courir le risque, à Munich, d'être mis sous pression par ceux qui restent les alliés de Washington au sein de l'OTAN. «Notre liberté n’est pas garantie» à une époque de politique des grandes puissances, et les Européens doivent être prêts à faire des «sacrifices», a annoncé Friedrich Merz dans son discours. Traduisez: nous ne pouvons plus compter sur l'Oncle Sam, protecteur du Vieux Continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La charge de Macron

Un autre dirigeant européen a fait feu, politiquement, contre les Etats-Unis de Trump: Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat français, en anglais et sans ses lunettes bleutées arborées à Davos, a appelé pour sa part à prendre l’Europe en «exemple» plutôt que de la «critiquer» ou de la «caricaturer». «L’Europe a été vilipendée comme une construction vieillissante, lente et fragmentée, reléguée par l’histoire. Comme une économie surréglementée et apathique qui se détournerait de l’innovation. Comme une société en proie à des migrations barbares qui corrompraient ses précieuses traditions. Et, plus curieusement encore, dans certains milieux, comme un continent répressif où la parole ne serait pas libre et où les faits alternatifs ne pourraient prétendre au même droit de cité que la vérité elle-même – ce concept désuet et encombrant», a-t-il lancé. En clair: l'actuelle administration américaine ment ou, du moins, déforme la vérité.

Donald Trump, pourtant prompt à dégainer ses posts sur son réseau social, n'a jusque-là pas réagi. Idem pour J. D. Vance. Mais un autre sujet est assuré de les énerver: la présence à Munich du gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom. Lequel ne s'est pas privé, comme il l'avait fait à Davos, de dire tout le mal qu'il pense de l'actuelle diplomatie américaine. Face à Newsom, le sénateur républicain Lindsey Graham, devenu l'un des principaux porte-voix de Trump sur les questions stratégiques, a eu de la peine à se faire applaudir.

Quelle paix en Ukraine?

Pire, beaucoup de regards de ses pairs européens se sont tournés vers lui lorsqu'Emmanuel Macron a affirmé, à propos de l'Ukraine en guerre depuis quatre ans, à la suite de l'agression russe du 24 février 2022: «Il n’y aura pas de paix sans les Européens, soyez-en certains. (...) C’est le bon moment pour faire preuve d’audace. C’est le bon moment pour une Europe forte.» Avant d'ajouter avoir engagé un dialogue avec le chancelier Friedrich Merz et d’autres dirigeants européens afin d’examiner comment articuler la dissuasion nucléaire française au service de l’Europe.

Divorce transatlantique? Le terme n'a pas été prononcé. Mais il pourrait être sur le fronton de l'hôtel Bayerischer Hof, où se déroule cette conférence sous très haute sécurité. «Il faut être clair», a poursuivi Emmanuel Macron: pour «être un bon partenaire pour les Etats-Unis», l’Europe «ne doit pas être une charge», mais une puissance «qui doit être respectée». Jusqu'à la prochaine épreuve de force?

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