De Paris à Moscou
Affaire Epstein: les 5 scandales européens qui vont éclater

Les millions de documents judiciaires américains récemment mis en ligne confirment que Jeffrey Epstein entretenait d'influents réseaux en Europe. Entre Paris, Londres, Oslo… et Moscou.
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L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a plusieurs fois rencontré Jeffrey Epstein lorsque ce dernier séjournait à Paris.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Son nom est désormais tu. Chuchoté. Supprimé. Voici quelques semaines encore, Peter Mandelson était le «baron noir» de la politique britannique. L’ancien vice-Premier ministre du gouvernement travailliste de Gordon Brown (2007-2010) était une personnalité incontournable du pouvoir à Londres. Jusqu’à ce que son patronyme apparaisse, de manière récurrente, dans les documents mis en ligne sur l’affaire Epstein. L’influenceur en chef Peter Mandelson a tout perdu. Au point de démissionner de la Chambre des Lords, le sanctuaire des personnalités qui comptent au Royaume-Uni.

Epstein-Mandelson à Londres. Epstein–Jack Lang en France. Epstein–Miroslav Lajčák en Slovaquie. Epstein- Thorbjorn Jagland en Norvège. Plus les documents judiciaires mis en ligne aux Etats-Unis s’accumulent, plus le réseau européen du défunt milliardaire et pédocriminel Jeffrey Epstein se profile en arrière-plan. Donald Trump peut respirer. Le Vieux Continent se retrouve dans le viseur médiatique. Et cinq scandales pourraient bien éclater au fil des prochaines révélations.

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Scandale à Londres

«La politique a toujours entretenu des liens avec l’argent et le sexe. Mais, pour un Etat britannique confronté à un roi vieillissant et malade, à un affaiblissement de la croissance économique et de l’influence mondiale depuis sa rupture volontaire avec l’Europe, à la montée de populismes extrémistes à droite et d’une gauche verte jugée démagogique, anti-croissance et favorable à Vladimir Poutine, l’affaire Mandelson révèle une crise de l’Etat et une décadence de la classe politique d’une ampleur inédite depuis des siècles». Cette affirmation émane d’un ancien ministre des Affaires européennes de Sa Gracieuse Majesté.

Désormais, le nom de Jeffrey Epstein n’est plus seulement associé à celui du prince Andrew, frère cadet du roi Charles III. Peter Mandelson, l’homme par qui le scandale arrive à Londres, était un rouage de tous les pouvoirs au Royaume-Uni. La preuve? Le Premier ministre Keir Starmer l’avait nommé ambassadeur aux Etats-Unis, avec pour objectif d’amadouer Trump. Son rappel à Londres, le 11 septembre 2025, avait, croyait-on, sonné la fin de partie. Erreur. Sir Peter vient de quitter la Chambre des Lords. Le pire reste sans doute à venir.

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Scandale à Paris

Jeffrey Epstein adorait la capitale française. Sa compagne, Ghislaine Maxwell, partageait cette affection pour Paris, où le père de cette dernière, le magnat des médias Robert Maxwell (retrouvé mort au large de son yacht aux îles Canaries en novembre 1991), avait aussi ses habitudes, nouées après la Seconde Guerre mondiale. Epstein passait jusqu’à quatre mois par an à son domicile parisien du 22, avenue Foch.

Il y recevait l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, devenu un familier. La fille de ce dernier, Caroline, a même bénéficié des subsides (offshore) d’Epstein pour se lancer dans la production de films. Sont aussi cités, comme points de contacts du milliardaire: Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, et surtout l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel. Celui-ci, retrouvé mort dans sa cellule de la prison de la Santé en février 2022, avait été inculpé pour proxénétisme et viols. Pourquoi le silence sur le volet français de l’affaire a-t-il été si long? Le parti de gauche radicale «La France Insoumise» demande, à juste titre (mais avec d'évidentes arrières-pensées politiques) une Commission d'enquête parlementaire. 

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Scandale à Bruxelles

Miroslav Lajčák est un diplomate slovaque qui, longtemps, disposait d’une réelle influence à Bruxelles. Haut représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine de 2007 à 2009, il fut aussi ministre des Affaires étrangères de son pays et présida même l’Assemblée générale de l’ONU. Point important: il fut aussi l’émissaire européen pour les relations entre la Serbie et le Kosovo.

Un homme de l’ombre très proche de l’actuel commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, qui négocia en 2024 le futur accord Suisse-UE. Ce dernier a d’ailleurs anticipé toute question, niant par avance tout «contact direct ou indirect» et toute «rencontre» avec le financier américain Jeffrey Epstein, dans une déclaration écrite transmise par le service du porte-parole de la Commission européenne. «Si Miroslav Lajčák a mentionné mon nom, c’était pour ses propres raisons, avec lesquelles je n’avais rien à voir», a-t-il assuré. Bruxelles, c’est bien connu, est un endroit privilégié pour les espions des grandes puissances. Si Epstein, comme on le murmure, rendait des comptes au Mossad israélien ou au FSB russe, ses incursions bruxelloises sont logiques. 

4

Scandale à Rome

Difficile de ne pas rapprocher les deux affaires: celles des soirées «bunga bunga» de Silvio Berlusconi, le défunt président du Conseil italien disparu le 12 juin 2023, et celle du réseau pédophile de Jeffrey Epstein. Selon des courriels mis en ligne par le Département de la Justice des Etats-Unis, le magnat de la télévision transalpine aurait à plusieurs reprises repoussé les offres du milliardaire américain. Avec, comme argument, le fait qu’il n’avait pas besoin de «compagnes supplémentaires». A l’évidence, Epstein était donc connu comme pourvoyeur de jeunes femmes, souvent mineures. Si Berlusconi savait, alors quid de tous ceux qui venaient souvent chez lui en Sardaigne et de ses comparses des soirées «bunga bunga»?

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Scandale à Oslo

Deux noms défraient la chronique en Norvège depuis que ces trois nouveaux millions de documents judiciaires ont été mis en ligne par le Département de la Justice. Le premier est celui de l'épouse du prince Haakon de Norvège, la princesse Mette Marit dont le fils, Marius Borg Hoiby, est jugé cette semaine pour viols dans une autre affaire retentissante. Pourquoi? Parce que le nom de Mette-Marit Tjessem Høiby apparait dans de nombreux courriels du milliardaire américain, dont elle était proche. Autre mis en cause dont le nom est sorti en grosses lettres du site «Epstein Files»: l'ancien Premier ministre norvégien Thorbjorn Jagland, qui fut Secrétaire général du Conseil de l'Europe et président du Comité Nobel. Celui-ci aurait reçu des avantages financiers du prédateur sexuel New-yorkais. 

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