Cette adresse parisienne des beaux quartiers, beaucoup aimeraient l’oublier. Difficile, pourtant, de faire disparaître les traces des allers et venues qui conduisaient de nombreuses personnalités de l’élite parisienne au 22 avenue Foch, le domicile de Jeffrey Epstein, à quelques centaines de mètres de l’Arc de Triomphe. Nous sommes alors au début des années 2000. Le milliardaire américain peut compter sur les services d’un guide: l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel. De jeunes et belles filles sont en permanence à leurs côtés.
Cette piste française de l’affaire Epstein a, jusque-là, été peu étudiée. Ses zones d’ombre demeurent encore aujourd’hui, quatre ans après la disparition de Jean-Luc Brunel, retrouvé suicidé dans sa prison le 19 février 2022. L’intéressé était détenu à la prison de la Santé, celle-là même où Nicolas Sarkozy a récemment été incarcéré. Son décès est intervenu entre 1 heure et 1 h 30 du matin. Explication? Une pendaison avec ses draps.
L’ex-agent le plus célèbre de Paris avait auparavant tenté de se suicider deux fois au cours de sa détention en 2021. Accusé de viols par plusieurs mannequins, il avait été arrêté en décembre 2020 à l’aéroport Charles-de-Gaulle, puis mis en examen et placé en détention provisoire pour «viols sur mineur de plus de 15 ans» et «harcèlement sexuel» concernant deux femmes.
Justice américaine
Or voilà que les millions de documents mis en ligne par la justice américaine ces derniers jours font remonter ces fantômes français à la surface. Pourquoi? Parce que les noms de nombreuses personnalités françaises apparaissent au fil des pages. L’ancien ministre de la Culture et de l’Education Jack Lang, icône des années Mitterrand, a d’ailleurs très vite reconnu qu’il connaissait Epstein et qu’il l’avait fréquenté. Jack Lang est, de façon récurrente, la cible de campagnes sur les réseaux sociaux l’accusant d’avoir été partie prenante dans des réseaux pédocriminels, sans que rien n’ait jamais été prouvé ni qu’aucune instruction judiciaire n’ait été ouverte. Les nouveaux documents révèlent que sa fille, Caroline, avait fondé une société offshore avec Jeffrey Epstein.
D’autres noms sont cités dans les documents, comme celui de l’ancien ministre des Finances Bruno Le Maire, ou même celui de Marine Le Pen. Autre personnalité prise dans les filets très larges des publications de la justice américaine: l’ancien député Cédric Villani, l’un des meilleurs mathématiciens français. Attention: Jeffrey Epstein était, à l’apogée de son influence, une personnalité aux réseaux multiples, véritable star des mondanités parisiennes. Difficile, en revanche, de ne pas voir dans sa proximité avec l’agent défunt Jean-Luc Brunel une collusion de réseaux pour «alimenter» les célébrités masculines en jeunes filles. «Tout cela s’est déroulé à une époque où rien ne laissait supposer qu’il pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité», a affirmé Jack Lang. Pas si sûr…
Emails salaces et racistes
Un ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy est cité. Il aurait échangé des emails «salaces» et racistes avec le pédocriminel américain. Reste à savoir si des listes d’invités au domicile parisien de Jeffrey Epstein ne vont pas maintenant faire surface. Une célèbre victime (aujourd’hui décédée) de Jeffrey Epstein, Virginia Roberts Giuffre, affirmait avoir été forcée à coucher à de nombreuses reprises avec Jean-Luc Brunel, au point de porter plainte contre lui en 2015. Plusieurs soirées avec Brunel se seraient déroulées avenue Hoche, dans un hôtel où Epstein avait aussi ses habitudes.
En 2022, une enquête de la cellule investigation de Radio France était titrée ainsi: «Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel: une affaire française». Ce qui avait fait réagir ses avocats: «Sa détresse était celle d’un homme de 75 ans broyé par un système médiatico-judiciaire sur lequel il serait temps de s’interroger. Jean-Luc Brunel n’a cessé de clamer son innocence. Il a multiplié ses efforts pour en faire la preuve», avaient réagi ses défenseurs.