Depuis bientôt un mois, l’Iran se défend face aux attaques des Etats-Unis et d’Israël. Contrairement aux prévisions du président américain Donald Trump, qui parlait d’un «court voyage» destiné à renverser le régime, stopper le programme nucléaire iranien et installer un partenaire occidental, peu de choses ont changé.
A l’exception de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous. Au contraire! Le blocus du détroit d’Ormuz paralyse le commerce mondial du pétrole et le régime semble plus sûr de lui que jamais, notamment grâce à une défense nationale efficace.
Mais d’où vient l’argent pour financer les armes et la défense? Le rôle de partenaires comme la Russie et la Chine reste flou. Une chose est sûre: la cryptomonnaie constitue aujourd’hui un pilier financier central de la République islamique. Voici les clés de ce modèle économique en cinq points.
le choc des sanctions
En 2018, l’Iran réagit au durcissement des sanctions américaines, qui bloquent les exportations de pétrole et excluent le pays du système de paiement international Swift. L’année suivante, le régime d’Ali Khamenei légalise le minage industriel de bitcoins.
Coupé des circuits financiers traditionnels et confronté à une forte dépréciation du rial – rien qu’en 2025, la monnaie iranienne perd environ 40% –, Téhéran cherche des sources de revenus alternatives. Les cryptomonnaies s’imposent alors: elles permettent des échanges anonymes, transfrontaliers et difficiles à contrôler, même sous sanctions.
Dès 2021, l’Iran génère, selon les données de l’université de Cambridge, environ 4,5% de l’offre mondiale de bitcoins, soit près d’un milliard de dollars. Entre-temps, ces revenus sont de plus en plus utilisés pour financer des projets militaires.
l'électricité devient une monnaie forte
Un avantage clé: l’Etat soutient les mineurs de bitcoins privés en leur fournissant une énergie très bon marché issue de sources nationales. Les centrales à gaz et à pétrole produisent de l’électricité entre 1 et 4,5 centimes par kilowattheure. A titre de comparaison, le kilowattheure coûte environ 27 centimes en Suisse.
Cette énergie alimente des centres de calcul spécialisés dans l’extraction de bitcoins. En échange de ce soutien, les entreprises de minage doivent remettre leurs bitcoins à la banque centrale, comme le rapporte le «Manager Magazin».
La banque centrale utilise ces revenus pour financer des importations ou stabiliser la monnaie nationale. Mais ces fonds servent aussi, de plus en plus, à soutenir les Gardiens de la Révolution ainsi que des groupes alliés comme le Hezbollah au Liban et l’organisation palestinienne Hamas.
Selon «Chainalysis», entre 2 et 3 milliards de dollars issus du minage et des transactions cryptographiques ont été affectés à des usages militaires en 2025, notamment pour l’importation d’armes, la production de drones et des cyberopérations.
L'argent numérique plutôt que le pétrole
Pour l’Iran, le bitcoin est avant tout un moyen de contourner les sanctions. Avec des coûts de production estimés à environ 1320 dollars par coin, pour une valeur de marché proche de 70'000 dollars, les marges sont considérables. Les experts parlent de «lavage de pétrole sur la chaîne de blocs»: le pétrole, abondant, est transformé en électricité dans des centrales, puis utilisé pour alimenter des fermes de minage.
L’énergie devient ainsi une source de liquidités que le régime peut mobiliser pour financer l’armement, soutenir ses alliés ou stabiliser le rial. La cryptomonnaie ne remplace pas seulement les devises bloquées: elle est devenue un outil stratégique au cœur du conflit actuel.
le problème de l'électricité
Ce modèle a un coût élevé. Le minage consomme jusqu’à 2 gigawatts d’électricité, soit l’équivalent de deux grandes centrales nucléaires. A cela s’ajoutent environ 700'000 installations illégales, qui pèsent encore davantage sur un réseau déjà fragile, selon le «Manager Magazin».
Des coupures de courant touchent régulièrement les villes, l’industrie et les hôpitaux. Le fournisseur public Tavanir estime les pertes annuelles à environ 25 milliards de dollars. Alors que les fermes de minage liées aux Gardiens de la Révolution sont prioritaires, la population subit des pénuries d’électricité récurrentes.
les menaces de Trump
Le président américain Donald Trump a menacé de cibler les centrales électriques iraniennes. Une telle attaque aurait des conséquences majeures pour la production de bitcoins du pays. Sans électricité, le minage – très énergivore – s’arrête immédiatement.
Résultat: les revenus issus des cryptomonnaies chuteraient fortement. Les flux financiers vers des groupes régionaux comme le Hamas pourraient être réduits, et le rial, déjà affaibli, subirait une pression supplémentaire. A l’échelle mondiale, une baisse temporaire de l’offre de bitcoins pourrait même faire grimper les prix.
Donald Trump est sans doute conscient de ces enjeux. Jusqu’à présent, les Etats-Unis se sont plus ou moins abstenus de frapper directement les infrastructures énergétiques iraniennes. Les raisons, qu’elles soient stratégiques, économiques ou politiques, restent incertaines.
Pour l’Iran, une telle attaque aurait en tout cas de lourdes conséquences économiques: si le réseau électrique, déjà sous tension, venait à s’effondrer, la manne financière du bitcoin, estimée à plusieurs milliards, s'envolerait.