Donald Trump avait créé la surprise mardi en proposant un plan pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. De quoi faire naître un espoir de cessez-le-feu, d'autant que son envoyé spécial Steve Witkoff avait affirmé que les Iraniens étaient prêts à faire des concessions. La baisse soudaine des prix de l’essence et la décision des Iraniens de laisser à nouveau passer des navires par le détroit d'Ormuz laissait également présager de réelles avancées. Pourtant, le refus opposé mercredi par Téhéran le prouve, ce plan était voué à l'échec. Voici pourquoi.
Des demandes trop sensibles
Pour Reinhard Schulze, expert du Moyen-Orient, ce plan ressemblait à «une offre classique faites de carottes et de bâtons», autrement dit d'incitations et de contraintes. Les demandes telles que la remise de l'uranium déjà enrichi ou la fermeture des installations clés à Natanz, Fordo et Ispahan était sans doute trop sensibles du point de vue iranien. «A cela s'ajoutent des contrôles étendus qui empiètent profondément sur la souveraineté, ainsi que la perspective de nouvelles restrictions, notamment sur le programme de missiles.»
Bien que la baisse des prix de l’essence ait laissé entrevoir un peu d’espoir, Reinhard Schulze ne s'est jamais départi de son scepticisme. Depuis 2018 et le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, la confiance de Téhéran dans les paroles de Trump n'a jamais été pleinement rétablie. «Une approbation par l'Iran du plan en 15 points me semble plutôt improbable dans sa forme actuelle», concluait l'expert, avant même l'annonce du refus iranien.
Une stratégie trop risquée
Selon Reinhard Schulze, la stratégie de Trump reposait sur une logique délibérément risquée consistant à brandir des menaces maximales, tout en envoyant des signaux de négociation. Ce faisant, le président américain espérait à la fois déstabiliser l'adversaire, exercer une pression psychologique et conserver une flexibilité stratégique. Son échec est non seulement cuisant, mais il pourrait bien aggraver davantage la situation.
Car si une telle stratégie peut effectivement créer une pression à court terme, elle augmente également le risque de perdre le contrôle de la dynamique. «Si les menaces sont perçues comme du bluff, cela pourrait rapidement dégénérer en une escalade réelle», avertissait Reinhard Schulze. Reste maintenant à savoir si ce scénario se produira.
Une position de faiblesse trop évidente
Le président américain est soumis à une immense pression. La guerre a fait exploser les prix du pétrole dans le monde entier, ce qui a fait chuter sa cote de popularité aux Etats-Unis à six mois des élections de mi-mandat.
Le régime des mollahs est, lui, plus tenace qu'il ne l'espérait. Les Etats-Unis déplorent plus d'une douzaine de morts et plus de 230 blessés. Les pays alliés du Moyen-Orient ont également été pris pour cible par l'Iran et se sont retrouvés impliqués dans le conflit un peu malgré eux. Trump avait besoin d'un succès rapide pour rassurer à la fois l'économie mondiale et ses électeurs, raison pour laquelle il s'est soudainement empressé d'agir. Une position de faiblesse très, si ce n'est trop, perceptible.
Un sceptiscime iranien trop flagrant
Mais en fait: avec qui les Etats-Unis ont-ils négocié? On ne l'a jamais vraiment su, et cela en dit long sur le posture iranienne vis-à-vis de la proposition américaine.
Depuis la mort du guide suprême Ali Khamenei, c'est son fils Mojtabaa Khamenei qui dirige officiellement le pays. Il semble néanmoins peu probable que le nouveau guide suprême, connu pour être un partisan de la ligne dure, ait été directement impliqué dans des tractations avec les Etats-Unis. Difficile dès lors de savoir avec qui les Américains ont véritablement discuté. Donald Trump s'était contenté d'assurer de façon très floue que Washington négociait avec les «bonnes personnes», évoquant une nouvelle direction pour le pays.
Côté américain, un nom circulait ces derniers jours: celui du président du Parlement, Mohammad Baher Ghalibaf, que Trump aimerait apparemment voir à la tête de l'Etat iranien. Mais pour Reinhard Schulze, il n'aurait en aucun cas pu constituer un véritable partenaire de négociation. «Il ne veut certainement pas compromettre sa position en s'engageant personnellement dans la stratégie de la confusion proposée par Trump.»
Ce qui est incontestable, en revanche, c'est que la structure du pouvoir iranien s’est déplacée au profit des forces de sécurité. «De facto, les Gardiens de la révolution dominent le système, tandis que le gouvernement civil a une marge de manœuvre très restreinte, explique Reinhard Schulze. Est-ce donc avec eux que les Américains ont négocié? Le mystère est comple.
Du côté iranien, le ton a toujours été radicalement différent de celui du président, ce qui laissait déjà présage de l'échec de son plan. «Votre conflit a atteint un point où vous négociez avec vous-mêmes», avait même lancé Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du commandement central de l'armée iranienne.
Beaucoup à perdre, trop peu à gagner
Les Américains avaient formulé les exigences suivantes:
- Les capacités nucléaires doivent être réduites
- L'Iran doit s'engager à ne jamais chercher à acquérir l'arme nucléaire
- L'enrichissement d'uranium sur sol iranien doit être interdit
- L'uranium déjà enrichi doit être remis à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), selon un calendrier précis
- Les installations nucléaires de Natanz, Ispahan et Fordo doivent être détruites
- L'AIEA doit jouir d'un accès illimité à toutes les informations
- L'Iran doit cesser de financer et d'armer ses alliés dans la région
- Le détroit d'Ormuz ne doit pas être bloqué
- Concernant le programme de missiles, une décision sera prise plus tard. Leur future utilisation devra néanmoins être limitée à la défense nationale
En contrepartie, les Iraniens obtiendraient:
- La levée de toutes les sanctions
- Un soutien pour le développement du programme nucléaire civil à Bushehr (production d'électricité)
- L'élimination du risque de «snapback» (réactivation des sanctions)
Selon le «Wall Street Journal», c'était trop peu pour les Iraniens, qui réclamaient également le retrait de toutes les bases militaires américaines du Golfe. Téhéran souhaiterait en outre pouvoir taxer les navires transitant sur le détroit d'Ormuz. Autant de points totalement absents de la proposition américaine.