La Suisse doit-elle faire comme Bruxelles? Fin janvier, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont décidé de placer les Gardiens de la révolution iraniens sur la liste des organisations terroristes. Une décision prise après la répression meurtrières des manifestations qui s'opposaient au régime de Téhéran. A Berne, plusieurs élus estiment qu'il faudrait faire pareil.
Marianne Binder-Keller (Le Centre), députée au Conseil des Etats, a déposé vendredi une motion demandant que les Gardiens de la révolution soient classés comme organisation terroriste. Une initiative similaire avait déjà été lancée au National par l'élu de l'Union démocratique fédérale (UDF) Erich Vontobel (UDF). Tous deux souhaitent que le Conseil fédéral mette un terme aux «activités, au financement et aux réseaux» de cette milice iranienne en Suisse.
«Les Gardiens de la révolution sont responsables de violations continues des droits de l'homme, a justifié Marianne Binder-Keller. Ils sont fortement impliqués dans le soutien aux groupes armés au Moyen-Orient et utilisent l'économie iranienne pour financer le terrorisme.» Et d'ajouter: «Quiconque agit en faveur d'une organisation terroriste doit être traité comme tel.» Mais tout le monde ne partage pas cet avis.
Quel est l'intérêt d'une interdiction?
Il est incontestable que les Gardiens de la révolution agissent avec brutalité contre leur propre population et déstabilisent la région. La question se pose toutefois de savoir quelles seraient les conséquences concrètes d'une qualification d'organisation terroriste. A ce jour, aucune structure de soutien tangible aux Gardiens de la révolution n'est connue publiquement dans notre pays. De plus, des infractions potentielles telles que le financement du terrorisme font déjà l'objet de poursuites pénales.
Un autre point de désaccord concerne le mandat de médiateur que peut avoir Berne concernant le dossier iranien. Le fait de qualifier les Gardiens de la révolution d'organisation terroriste pourrait compromettre le rôle de la Suisse en tant qu'interlocuteur neutre et son implication sur le sujet. Ces motions sont soutenues par des représentants du Centre, du Parti libéral-radical (PLR) et de l'Union démocratique du centre (UDC). Il est encore trop tôt pour dire si une interdiction sera adoptée. Le débat politique à ce sujet ne fait que commencer.