Le méga-péage des mollahs
L'Iran réclame 2 millions par pétrolier pour pouvoir franchir le détroit d'Ormuz

La guerre en Iran bouleverse l'économie mondiale. 2000 pétroliers sont ancrés au large du détroit d'Ormuz, et leur nombre augmente de jour en jour. L'Iran semble désormais desserrer l'étau. Mais à quel prix?
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Le blocage du détroit d'Ormuz a des répercussions sur le trafic maritime mondial.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
Robin Wegmüller et Michael Hotz

C’était une autre époque. Avant qu’Israël et les Etats-Unis n’attaquent l’Iran le 28 février, environ 120 navires marchands traversaient, à leur guise, le détroit d’Ormuz tous les jours. Environ un cinquième du pétrole mondial empruntait en effet ce passage-clé.

Mais depuis le début de la guerre, le régime des mollahs bloque ce détroit si important pour les pays du Golfe, secouant ainsi l’économie mondiale. Les prix du pétrole ont pris l’ascenseur et la douloureuse se fait déjà ressentir à la station-service, aussi en Suisse. Les perspectives d’amélioration sont actuellement sombres, à tel point que Wael Sawan, le chef de Shell, met en garde contre des pénuries en Europe.

Selon plusieurs médias, près de 2000 pétroliers sont encore ancrés des deux côtés du détroit. Certains navires ont toutefois pu récemment le franchir – ceux qui sont affrétés à des pays favorables à l’Iran comme la Chine ou l’Inde. Dans une lettre adressée récemment à l’ONU, le ministère iranien des Affaires étrangères a fait savoir que la voie navigable était ouverte aux navires «non hostiles».

L’Iran laisse dorénavant entrevoir une mini-ouverture du détroit. Mais à ses conditions bien sûr. L’une d’entre elles: une sorte de péage. Le député du parlement et ancien vice-ministre des Affaires étrangères Alaeddin Boroujerdi parle de taxes pouvant atteindre deux millions de dollars par passage.

Les pétroliers doivent modifier leurs itinéraires

De telles taxes de péage ne sont pas exceptionnelles en soi. Ainsi, certains supertankers doivent s’attendre à payer environ un million de dollars pour franchir le canal de Suez en Egypte. Pour les grandes compagnies maritimes, l’affaire reste rentable. Car dans de tels cas, la valeur de la cargaison est bien suppérieure.

Mais les Iraniens posent d’autres conditions en plus du méga-péage, comme l’écrit le portail lloydslist.com dans un article. Les Gardiens de la Révolution exigent en outre une foule d’informations: par exemple sur la cargaison, l’équipage, les propriétaires et la destination. Et selon les données de navigation, Téhéran oblige les armateurs à emprunter une autre route. Jusqu’à présent, les pétroliers traversaient le détroit d’Ormuz en sont centre, à la frontière entre l’Iran et Oman. Mais les derniers navires à avoir franchi le passage passaient nettement plus près de la côte iranienne, entre les îles de Qeshm et de Larak.

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Le détroit d’Ormuz, l’atout de Téhéran

Mercredi, l’Iran a durci le ton. Selon une source de Tasnim News Agency, une agence de presse iranienne, l’armée iranienne songe à bloquer également le détroit de Bab-el-Mandeb en mer Rouge – grâce à sa milice des Houthis au Yémen. «Si les Américains prenaient pour cible le détroit d’Ormuz par des actions inconsidérées, ils pourraient se créer un nouveau goulot d’étranglement stratégique», ont-ils affirmé.

Le blocage du détroit d’Ormuz est l’atout majeur de Téhéran dans la guerre contre les Etats-Unis et Israël. Le régime touche ainsi le président américain Donald Trump à un point sensible. Les prix de l’essence ont particulièrement augmenté à la pompe aux Etats-Unis. Parallèlement, l’Iran veut monnayer le détroit. Pour contourner les sanctions de l’Occident, Téhéran a mis en place une crypto-industrie de plusieurs milliards de dollars. Les demandes de péage de plusieurs millions constituent désormais une deuxième source de revenus possible pour financer la guerre.

Seulement voilà: jusqu’à présent, la plupart des compagnies maritimes refusent de payer ce droit de passage. Le géant genevois MSC, la plus grande compagnie maritime de conteneurs au monde, a cessé de traverser le détroit d’Ormuz en raison de la situation sécuritaire. Mais l’entreprise est-elle prête à payer un péage aux mollahs? Une demande de Blick à l’armateur est restée sans réponse.

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