Trump et Netanyahu en échec
Pour ces militaires, l'Iran assommé gagne la guerre

Et si le régime des ayatollahs sortait vainqueur de ce conflit, pour avoir résisté aux Etats-Unis et à Israël? Sur le plan militaire, cela semble impossible. Dans les faits, de nombreux experts des conflits avancent toutefois cette hypothèse.
1/4
Malgré les frappes israéliennes et américaines, le régime iranien tient toujours.
Photo: AFP
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

James Mattis n'est pas seulement un général quatre étoiles du corps d'élite des Marines. Cet officier supérieur, très critique de la guerre menée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël, a servi comme secrétaire à la Défense sous la première présidence Trump.

Or Mattis est formel: accepter que le détroit d'Ormuz reste sous la tutelle de l'Iran, qui décide ou non d'autoriser le transit des navires civils, revient à concéder la défaite. En clair: le régime des ayatollahs, même assommé sous les frappes des deux plus puissantes aviations au monde, peut encore gagner ce conflit s'il conserve l'emprise sur cette voie de navigation cruciale pour l'économie planétaire.

D'autres généraux américains et européens sont de l'avis de James Mattis, et ils ne citent pas le contrôle du détroit d'Ormuz comme seul facteur de victoire. Pour ces experts des conflits, le régime iranien peut, au final, l'emporter sur trois fronts: celui de la communication, celui de la guerre asymétrique et celui de l'impact économique.

Victoire de communication

En matière de communication, aussi rudimentaires soient-ils, les messages des Iraniens sont entendus. Les clips vidéo de propagande montrant le porte-avions américain Abraham Lincoln en train de sombrer après avoir été touché par une torpille, ou montrant un chanteur iranien connu en train d'asséner «We will fight you» sur l'air de «We Will Rock You» de Queen, ont été vus des millions de fois à travers le monde. 

Idem pour les images des vedettes rapides des Gardiens de la révolution, planquées dans des tunnels qui disposent probablement d'un débouché sur la mer. Le fait que le porte-parole des Gardiens, Ali Mohammad Naini, ait été tué dans une frappe le 21 mars ne change pas la donne.

La preuve: la télévision iranienne a communiqué ce mercredi 15 mars sur le rejet du plan américain, alors que Trump affirmait le contraire. Perte de face maximale pour le locataire de la Maison-Blanche!

Victoire de la dissimulation

La seconde victoire est celle de la guerre asymétrique. Il va de soi que l'Iran n'a pas les moyens militaires de résister à une invasion israélo-américaine, si celle-ci devait avoir lieu. Mais tant que le conflit reste aérien, la capacité du régime à tirer encore des drones et des missiles, donc à semer la peur dans la région et en Israël, résonne aussi comme une victoire. 

Qui aurait cru que les ayatollahs continueraient, après trois semaines de frappes, à pouvoir lancer des aéronefs sans pilote sur les pays de la région? Côté missiles, l'annonce par les Etats-Unis et Israël de la destruction de 90% des lanceurs iraniens laisse par ailleurs perplexe. 

Comment expliquer, alors, les tirs de missiles balistiques contre Diego Garcia, dans l'océan Indien? La preuve est faite que les Gardiens de la révolution ont su cacher leurs réserves de drones et de vecteurs. Le mystère plane aussi toujours sur la localisation de ses réserves d'uranium enrichi et sur l'état de ses infrastructures nucléaires. Ce qui est, en soi, une réussite.

Victoire économique

Troisième victoire remportée par l'Iran: l'impact économique de cette guerre. L'Iran a pris en otage l'économie mondiale. Mieux: en autorisant le passage sélectif de navires dans le détroit d'Ormuz, il envoie un message rassurant aux pays émergents et aux géants assoiffés de pétrole et de gaz que sont la Chine et l'Inde. 

Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si les soi-disant négociations annoncées par Trump pourraient se dérouler au Pakistan. Ce pays, seule puissance musulmane nucléaire, est un protégé de la Chine. Le discours anti-occidental y est omniprésent. L'Iran, même assommé, avance aussi ses pions diplomatiques alors que la parole de Trump est de plus en plus considérée comme peu fiable, vu ses multiples revirements.

Une guerre n'est pas qu'une histoire de munitions et de destructions. L'énorme talon d'Achille de la République islamique d'Iran reste son infiltration au plus haut niveau par les services de renseignement israéliens, mais aussi la colère de sa population durement réprimée en janvier. 

Le régime a donc intérêt à la fin du conflit, s'il ne veut pas périr. Mais une guerre de ce type, coûteuse en armes, en milliards et en hommes, doit aussi obtenir, pour être «vendable» à l'opinion publique américaine et mondiale, des résultats tangibles. Or, pour l'heure, Trump n'en a guère obtenu, à l'exception de l'élimination physique d'une cinquantaine de dirigeants iraniens. Moralité: le régime de Téhéran continue d'inspirer la terreur. Donc de gagner.

Articles les plus lus