L'avertissement ne peut pas être plus clair. Et plus dangereux. Pour les autorités iraniennes, l'Europe est désormais «complice» de la guerre. Complice des Etats-Unis et d'Israël, donc cible naturelle d'une riposte militaire. Que va-t-il se passer dans ces conditions, pour les. Européens confrontés à «la plus importante perturbation de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire» C’est enffet en ces termes que l’Agence internationale de l’énergie a qualifié, jeudi 12 mars, les conséquences de la guerre aérienne contre l’Iran déclenchée le 28 février. Le choc économique s’annonce donc majeur, surtout pour les pays européens qui importent plus de la moitié de leur consommation énergétique. La Suisse, qui produit seulement 30 % de son énergie, est, comme ses voisins, particulièrement vulnérable.
Les autres conséquences de cette crise au Moyen-Orient se font sentir dans tous les domaines: commerce, défense, menace terroriste, risque d’une vague d’immigration… Quelles sont, après presque deux semaines de bombardements américains et israéliens, les 5 conséquences majeures de ce conflit pour nous, les Européens?
Trump est un incendiaire
Personne, ou presque, n’avait d’illusions sur l’intérêt porté par le président des Etats-Unis à ses alliés européens. La preuve vient d’en être à nouveau apportée par ce conflit déclenché, très largement, pour le compte d’Israël et en particulier de Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre de l’Etat hébreu est persuadé que son pays ne retrouvera jamais, à Washington, un locataire de la Maison Blanche aussi favorable à ses intérêts. Il a donc réussi son coup, désireux de rester dans l’histoire comme l’homme qui a supprimé la «menace existentielle» nucléaire que la République islamique faisait peser sur Israël. Pour les Européens, alliés des Etats-Unis dans l’OTAN, le coup est rude. Ils sont, par leur dépendance énergétique et vu le risque terroriste, très exposés aux déflagrations du Moyen-Orient. Qu’importe: Trump a choisi d’allumer l’incendie. Plus que jamais, Washington n’agit pas comme un allié, mais comme une puissance impériale.
Exit la diplomatie et l’ONU
L’histoire dira si, dans les jours ou semaines à venir, la diplomatie sera de retour pour mettre fin à cette guerre. Juste avant le déclenchement du conflit le 28 février, deux sessions de négociations Iran–Etats-Unis s’étaient tenues à Genève, sous l’égide du Sultanat d’Oman. En vain. Que peuvent, dans ces conditions, faire les Européens, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU est marginalisé? La Suisse, qui représente les intérêts américains en Iran depuis 1980, est murée dans le silence. Les appels téléphoniques d’Emmanuel Macron à Trump et Netanyahu ont jusque-là fait long feu, même si l’offensive terrestre israélienne au Liban-Sud semble avoir été mise en pause. Les Européens sont cantonnés au rôle d’observateurs et l’Iran n’a pas hésité à viser leurs bases, à Abou Dhabi (France) ou à Chypre (Royaume-Uni). Ils sont donc une cible.
Pétrole: le grand retour
On connaît l’objectif de l’Union européenne: parvenir, d’ici 2050, à une économie décarbonée qui permettra à ses 27 pays membres et à ses partenaires les plus proches (dont la Suisse) de ne plus être dépendants des hydrocarbures qui représentent aujourd’hui 50 % en moyenne de l’énergie consommée au sein de l’UE. Sauf que nous sommes en 2026 et que l’explosion du Moyen-Orient confirme l’extrême vulnérabilité d’une Europe déconnectée du pétrole et du gaz russes par la guerre en Ukraine. Le grand retour du pétrole est aussi celui, géopolitique, de Vladimir Poutine: les immenses réserves russes d’or noir et de gaz peuvent-elles être ignorées par des Européens dont les économies sont condamnées à suffoquer? L’autre conséquence est la dépendance accrue au gaz liquéfié américain que cette crise va entraîner. Car avec Trump, une chose est sûre: les Etats-Unis feront tout pour exploiter la fragilité énergétique européenne.
Ormuz: l’engrenage
La tentation est grande, pour les Européens, de vouloir sécuriser le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, où les pétroliers qui tentent de passer sont ciblés par les missiles et drones iraniens. Il existe pour cela un modèle: l’opération Aspides en mer Rouge, menée depuis 2024 par les marines de plusieurs pays de l’UE pour protéger les convois de navires marchands des tirs des Houthis du Yémen, alliés de Téhéran. Emmanuel Macron en a parlé à plusieurs reprises et l’envoi du porte-avions français Charles-de-Gaulle peut préfigurer un tel dispositif. Problème: s’ils sont pris pour cible par les Iraniens, les escorteurs européens devront riposter. La poudrière accouchera d’un engrenage.
Terreur et migrants
Impossible de ne pas mentionner ces deux risques car ils sont majeurs. Et nos pays européens sont, par leur proximité géographique et compte tenu de l’implantation de longue date de réseaux iraniens sur leur sol, les plus vulnérables. La République islamique d’Iran, ne l’oublions pas, a toujours utilisé l’arme terroriste pour parvenir à ses fins, en particulier contre la France. Autre réalité: les réseaux des Frères musulmans sunnites se croisent, sur le territoire européen, avec ceux des chiites iraniens puisqu’ils ont notamment fait cause commune pour défendre la cause palestinienne et le Hamas à Gaza. Autre risque, pour l’heure non concrétisé aux frontières de l’Iran: l’afflux massif de populations poussées à l’exil par une guerre d’usure qui rendrait l’Iran invivable. On se souvient de l’exemple syrien en 2015. L’Iran est géographiquement plus éloigné. Mais on ne peut pas oublier les dégâts humanitaires de cette guerre.