Macron l'a lui-même évoqué
Voici comment l'Europe peut être happée par la guerre en Iran

La protection du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, en pleine guerre avec l'Iran, est un sujet particulièrement explosif. Or Emmanuel Macron l'a évoqué comme une possibilité.
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Emmanuel Macron a rencontré l'équipage du porte-avions Charles de Gaulle ce lundi 9 mars.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ce détroit peut se transformer en piège. Avant le début des frappes contre l'Iran, le 28 février, le détroit d'Ormuz voyait passer, chaque jour, près de 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde. Soit entre 17 et 20 millions de barils par jour pour le pétrole brut et les produits raffinés. 

Autant dire que sa fermeture, en raison de la guerre aérienne contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis et Israël, est un coup dur pour les économies européennes. D'où l'insistance du président Emmanuel Macron, ce lundi 9 mars, sur l'importance de sa réouverture pour éviter le naufrage économique et financier planétaire.

Le président français, successivement en visite à Chypre puis sur le porte-avions Charles de Gaulle stationné au large de la Crète, n'a pas annoncé une opération pour reprendre le contrôle militaire du détroit aujourd'hui sous le feu des missiles et des drones iraniens. Aucun plan offensif n'est aujourd'hui sur la table, alors que l'armée américaine affirme que la marine iranienne a été éliminée et qu'elle ne constitue donc plus une menace.

Escorte des tankers

Le seul plan envisagé par Emmanuel Macron, après discussion avec ses pairs européens, serait une opération d'escorte des tankers et porte-conteneurs aujourd'hui bloqués au nord du détroit, entre le port irakien de Bassorah et les Emirats arabes unis. Un «convoyage» sous haute protection qui ressemblerait à l'opération européenne Aspides en mer Rouge, lancée au début de 2024 pour protéger les navires commerciaux des frappes en provenance d'une milice alliée de l'Iran: les Houthis du Yémen.

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Le problème est qu'une telle opération, si elle se concrétise, risque d'entraîner les Européens vers cette guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël sans les prévenir. Pourquoi? 

Parce que la largeur du détroit d'Ormuz (environ 30 kilomètres en moyenne) et sa profondeur (de 50 à 90 mètres) rendent cette zone très vulnérable aux attaques de drones, de missiles ou de vedettes rapides iraniennes. Même un convoyage de navires commerciaux le long des côtes d'Oman, sans entrer dans les eaux internationales et encore moins dans les eaux iraniennes, pourrait se transformer en débâcle si le régime de Téhéran décide de prendre pour cibles les navires et parvient à les atteindre.

Déploiement naval

L'opération de sécurisation du détroit d'Ormuz n'est pas la seule mission assignée aux Européens dans cette guerre qu'ils veulent à tout prix éviter. Une autre mission consiste à protéger, par un déploiement naval, la République de Chypre visée par des tirs de missiles. 

Chypre occupe depuis le début janvier la présidence tournante de l'Union européenne. Plus important: Chypre, île divisée qui n'est pas membre de l'OTAN, a besoin de garanties de sécurité communautaires au titre de l'article 42.7 du traité européen, qui fixe une clause d'assistance mutuelle. C'est à ce titre que les Italiens, les Espagnols et les Grecs ont accepté de déployer chacun un navire aux côtés de la marine française. Chypre est par ailleurs «protégée» par le Royaume-Uni, qui dispose de deux bases permanentes sur le sol insulaire.

Une autre mission, pour la France, pourrait consister à apporter son concours défensif aux pays du Golfe avec lesquels elle a signé des accords de défense. Trois sont dans ce cas: le Koweït, les Emirats arabes unis et le Qatar. Ces traités prévoient que l'armée française doit les secourir s'ils en font la demande, même si les modalités exactes de cette aide ne sont pas précisées. 

D'autres pays, comme la Jordanie, l'Irak et Bahreïn, ont signé avec la France des accords de coopération militaire. D'autres pays européens sont aussi liés par de tels accords. En clair: si les Iraniens poursuivent leurs frappes et que les pays riverains demandent du soutien, la France se retrouvera de facto engagée dans le conflit puisqu'elle contribuera, au minimum, à les protéger des frappes iraniennes.

Navires européens pris pour cible

La sécurisation éventuelle du détroit d'Ormuz irait, si elle voit le jour, beaucoup plus loin. Elle exposerait des navires militaires européens aux tirs iraniens. La possibilité de dommages ne pourrait pas être exclue. Cela obligerait aussi les Européens à se coordonner avec les Américains et les Israéliens, donc à intégrer dans les faits la coalition en guerre avec l'Iran. 

Autre point problématique: la nécessité, ou non, d'opérations de forces spéciales au sol, le long de la côte, pour neutraliser d'éventuels postes de tirs iraniens. En toute logique, les nations engagées dans la réouverture du détroit devraient y participer, avec tous les risques que cela entraînerait...

Les Européens ne sont pas partie prenante de ce conflit. Mais la volonté de la République islamique d'Iran d'en faire un conflit régional, pour aggraver la pression économique et énergétique, a d'évidentes conséquences. Selon un sondage cette semaine, 82% des Français sont contre la participation de leur pays à ce conflit. 86% se disent préoccupés par la situation en Iran. En cas d'engrenage, le soutien populaire à une opération militaire dans le golfe Persique s'annonce donc très improbable.

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