Jusque-là, ce plan est resté secret. Mais, depuis ces dernières heures, Donald Trump commence à le dévoiler. En lançant un appel aux groupes d'opposition kurdes iraniens, basés dans le nord de l'Irak, le président des États-Unis a confirmé que le renversement du régime de Téhéran passera sans doute par une offensive terrestre. En début de semaine, le locataire de la Maison-Blanche avait admis, lors d'un entretien au New York Post, qu'il n'excluait pas un déploiement de troupes au sol si cela est « indispensable ». Une affirmation qu'il a, depuis, contredite, estimant que ce serait «une perte de temps». Mais ce qui compte avec Trump est moins la cohérence que les scénarios évoqués.
Deux plans de déploiement de troupes américaines au sol, en Iran, sont en réalité sur la table du Centcom, le commandement régional américain qui dirige les opérations dans le Golfe persique, dirigé par l'amiral Brad Cooper. Le premier plan vise à encadrer des troupes kurdes, et peut-être d'autres groupes armés d'opposition iraniens, pour qu'ils descendent sur la capitale Téhéran et prennent d'assaut les centres de pouvoir.
Armer les Kurdes
Au Kurdistan irakien, où ces groupes sont connus, leur entraînement a redoublé ces dernières semaines, mais leur armement visible est étonnamment resté léger. Peu d'armes disponibles hors des fusils-mitrailleurs. Or il faudra beaucoup plus pour faire battre en retraite, si une offensive terrestre a lieu, les Gardiens de la révolution iraniens et l'armée iranienne. Laquelle a jusque-là été plutôt préservée par les frappes aériennes. Un scénario est donc échafaudé par les experts: celui d'une jonction, sur le terrain, entre ces forces kurdes et une partie de l'armée régulière désireuse d'en finir. Les Gardiens de la révolution, principale force du régime, se retrouveraient pris en étau, tandis que la population iranienne pourrait simultanément se soulever.
Problème: une telle opération doit être prévue. Il faut une logistique. Il faut aussi un encadrement pour permettre aux avions de la coalition américano-israélienne de frapper juste sur le parcours. C'est cette tâche qui serait dévolue à des agents américains des forces spéciales. Ils seraient chargés d'accompagner cette offensive. Donald Trump aime ce type d'opérations clandestines. Il dispose, pour les mener à bien, de commandos très entraînés stationnés aujourd'hui dans la région du Golfe et, déjà, dans le nord de l'Irak.
Débarquement limité
Le second scénario est celui d'un débarquement limité à la périphérie côtière du détroit d'Ormuz. Il pourrait être effectué par les Marines américains prépositionnés sur les navires déployés dans la région. Mais attention: tous les observateurs notent, jusque-là, l'absence de moyens amphibies de débarquement dans l'armada aéronavale autour des porte-avions Abraham Lincoln et Gerald Ford. Il serait toutefois possible de parachuter ces hommes. Objectif: prendre possession de tous les ex-centres de commandement de la marine iranienne décimée. Ratisser les côtes pour éliminer tous les lanceurs de drones et de missiles. Cette mission de réouverture commerciale du détroit d'Ormuz, crucial pour le trafic pétrolier mondial, s'accompagnerait d'une opération maritime d'escorte des tankers. Le président français Emmanuel Macron a lui-même évoqué cette hypothèse. Des navires militaires encadreraient le chenal d'une dizaine de kilomètres par lequel transitent, dans le détroit, les navires commerciaux.
Protéger le commerce
Les Marines américains seraient ainsi les gardiens du commerce mondial. Et ils pourraient aussi, dans la zone côtière qu'ils contrôlent, mettre en place une administration régionale qui échappe à Téhéran. C'est techniquement possible. Cela pourrait permettre aussi d'installer un embryon d'alternative politique, même si les frappes se poursuivent sur la capitale et les autres grandes villes. Le danger serait bien sûr important pour les troupes américaines déployées, mais il serait incomparable avec une invasion massive, type Irak en 2003, dont l'opinion publique américaine ne veut pas entendre parler.
Plans secrets? Ils sont en tout cas évoqués, et les forces existent déjà pour les mettre en œuvre. Trump, pendant ce temps, alimente avec ses déclarations le brouillard de la guerre. Un « brouillard » que ses forces spéciales et ses Marines pourraient très vite déchirer.