Le conflit lancé par Donald Trump contre l'Iran prend désormais une dimension européenne. Le président américain demande aux Etats de soutenir l'opération, par exemple en autorisant l'usage de leurs bases aériennes. Ceux qui refusent s'exposent à de lourdes sanctions: l'Espagne a déjà été menacée d'un embargo commercial après avoir dit «non».
Les pays européens se retrouvent face à un dilemme: quelle que soit leur position, ils risquent de s'attirer la colère de l'un des deux camps. Téhéran avertit déjà l'Europe: toute implication ferait des Etats concernés des complices des agresseurs — et donc des cibles potentielles. Des missiles ont déjà été tirés en direction de pays de l'OTAN et de l'UE.
Petit tour d'horizon des positions de différents pays européens.
Espagne
Le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez a interdit l'utilisation des bases militaires de Rota et Morón pour des frappes contre l'Iran. La ministre de la Défense Margarita Robles a assuré qu'elles ne seraient «en aucun cas» mises à disposition des Etats-Unis. Donald Trump a alors menacé de rompre les relations commerciales avec l'«horrible» Espagne et d'utiliser les bases «quoi qu'il arrive». La Maison Blanche a ensuite affirmé que Madrid avait finalement accepté de coopérer, ce que le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a rapidement démenti, réaffirmant un «non clair et sans équivoque à la guerre».
Le ministère de la Défense espagnol a annoncé jeudi l'envoi à Chypre pour des missions de «protection», d'une frégate, qui accompagnera le porte-avions français Charles de Gaulle et d'autres bâtiments de la marine grecque, après qu'une base militaire britannique sur cette île a été atteinte par un drone.
Grande-Bretagne
Donald Trump s'est aussi dit «très déçu» par Londres. Selon lui, le Premier ministre Keir Starmer n'a autorisé l'utilisation de la base aérienne conjointe de Diego Garcia, dans l'océan Indien, qu'après avoir subi de fortes pressions.
«Je ne suis pas heureux avec la Grande-Bretagne. Nous n'avons pas affaire à Winston Churchill ici», a lancé Trump. Londres a toutefois envoyé des navires de guerre pour renforcer la défense aérienne dans la zone, après une attaque visant une base britannique à Chypre.
Allemagne
La visite du chancelier Friedrich Merz ce mardi à la Maison Blanche a montré que Trump prenait plaisir à rencontrer les Allemands. En raison de son histoire, Berlin se sent sans doute obligé d'aider les Américains et les Israéliens en mettant à leur disposition la base aérienne de Ramstein, en Rhénanie-Palatinat. Cela signifie qu'à seulement 200 kilomètres de la frontière suisse, des avions de transport et de reconnaissance décollent vers la zone de guerre.
France
Le président Emmanuel Macron a déployé le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée à titre défensif. Cette présence vise notamment à soutenir Chypre, membre de l'Union européenne, ainsi que les forces britanniques dans la région. Si Macron juge l'attaque américaine contraire au droit international, il condamne dans le même temps le régime iranien.
Premières attaques contre l'OTAN et l'Europe
Comment réagit l'OTAN? Son secrétaire général, Mark Rutte, décrit le régime iranien comme une menace existentielle pour Israël et comme un grand danger pour l'Europe. Malgré cela, l'OTAN cherche pour l'instant à rester à l'écart du conflit, tant qu'aucun de ses Etats membres n'est directement attaqué.
Mais les Iraniens s'en prennent déjà à l'OTAN et à l'UE: après avoir attaqué la base britannique d'Akrotiri à Chypre, la Turquie, membre de l'OTAN, a pu intercepter un missile mercredi à Hatay, au sud du pays. Nous ne sommes plus très loin d'un cas d'alliance.
Selon Klemens H. Fischer,expert en géopolitique à l'université de Cologne, il est difficile de dire si l'Iran mettra réellement ses menaces à exécution en attaquant l'Europe. Téhéran doit en effet économiser ses ressources, car son approvisionnement est fragile. De plus, une telle attaque dresserait contre lui à la fois l'OTAN et l'UE. «Cela réduirait presque à néant les chances de survie du régime des mollahs», estime l'expert.
Des attentats terroristes en Europe ne sont toutefois pas exclus. L'expert allemand en sécurité Ralph D. Thiele prévient qu'il faut se préparer à un risque accru. Concerts, trains, aéroports ou institutions gouvernementales pourraient être visés.