Le régime ne cède pas
Comment l'Iran résiste (et pourquoi Trump est furieux)

Donald Trump continue de demander la capitulation immédiate du régime iranien. Il parle toujours de 4 à 6 semaines de frappes. Mais dans les faits, l'Iran résiste. Et cela va durer.
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Le régime iranien est désormais officiellement dirigé par Mojtaba Khamenei.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Mojtaba Khamenei (56) subira-t-il le même sort que son père, le guide suprême de la République islamique, tué dans les premières frappes israéliennes et américaines, le 28 février au petit matin? A en croire Benjamin Netanyahu et Donald Trump, son sort est scellé. Nommé pour être le nouveau guide iranien, sans que l'on sache s'il détient vraiment les leviers du pouvoir, le second fils de l'ayatollah Khamenei a en tout cas une cible sur le front. S'ils le repèrent, les Américains ou les Israéliens tenteront de l'éliminer. Sauf qu'après dix jours de guerre, cette politique de frappes ciblées semble patiner, au risque de l'enlisement et d'une «guerre sans fin» (forever war), redoutée par l'opinion publique américaine après les désastres en Irak et en Afghanistan.

Armada aéronavale

Comment le régime iranien parvient-il à résister face à l'armada aéronavale déployée dans le golfe Persique par Washington, et face à la puissance de feu d'Israël doublée d'une pénétration profonde de la République islamique par ses services de renseignement? La réponse tient en trois mots: terreur, géographie et guerre asymétrique.

La terreur est celle que le régime iranien a décidé de propager dans toute la région par ses tirs de missiles et de drones, mais aussi celle qu'il continue d'infliger à sa population. Durant tout le mois de janvier, les Gardiens de la révolution et les «bassidjis», leurs supplétifs, ont très durement réprimé les protestations sociales massives nées de la colère du bazar de Téhéran. Le chiffre de 10'000 à 30'000 victimes circule. Or cette terreur a une conséquence: ceux qui en sont responsables savent qu'ils ont le dos au mur. Les Etats du Golfe attaqués ne leur pardonneront pas. Et le peuple iranien encore moins.

Khamenei fils, un «dur»

La nomination, comme nouveau guide suprême, de Mojtaba Khamenei – qui n'a pas le rang d'ayatollah – est très révélatrice. Vétéran de la guerre Iran-Irak des années 80, celui-ci est un «dur» qui a gravi tous les échelons du pouvoir grâce à son père et aux «Gardiens de la révolution». Pour les familiers du pouvoir des mollahs, il va continuer de serrer les rangs du régime dans un réflexe de bouclier impitoyable, avec comme objectif de faire durer les hostilités alors que Trump veut en finir au plus vite.

La géographie est celle de l'Iran, grand comme près de trois fois la France. Ce pays de montagnes, peuplé de 90 millions d'habitants, n'a rien de commun avec le désert irakien. En prendre le contrôle est très difficile. Exemple: la coalition israélo-américaine a déclaré avoir effectué plus de 3000 frappes aériennes depuis le 28 février, ce qui est très peu au regard de l'étendue du territoire. Bien sûr, Téhéran demeure l'épicentre du pouvoir, mais l'ayatollah Khamenei avait, avant sa mort, validé un plan de décentralisation du commandement en cas de guerre. Nous y sommes. D'où la question connexe: où en sont les stocks de missiles et de drones? Sont-ils entreposés là où les Israéliens et les Américains ne disposent pas d'informations? La géographie, elle, ne capitule pas.

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Les éléments de surprise

Guerre asymétrique: telle est enfin la troisième explication de la résistance du régime iranien, qu'il faut cela dit nuancer. La guerre dure depuis seulement dix jours. Trump et Netanyahu ont parlé de quatre à six semaines de frappes. Il faut donc attendre. Mais deux éléments nouveaux ont déjà surpris dans ce conflit. Le premier est l'utilisation des drones Shahed iraniens, beaucoup plus nombreux qu'on le pensait. Le second est la volonté des Iraniens de s'en prendre aux pays du Golfe pour propager le conflit. Ces deux faits n'avaient pas été anticipés.

Or ils posent deux questions compliquées à résoudre. La première est celle de l'épuisement des drones, dont personne ne sait combien de temps cela nécessitera. La seconde est celle des répercussions régionales et mondiales de la paralysie économique actuelle des Emirats arabes unis, du Qatar ou du Koweït. La première victime de la guerre asymétrique menée par l'Iran est l'actuelle fermeture du détroit d'Ormuz, crucial pour le commerce pétrolier et gazier.

Terreur, géographie, guerre asymétrique: avec ces trois armes, le régime iranien peut d'autant plus lutter et résister que la Russie semble lui fournir des informations. Certes, tous les dirigeants de la République islamique peuvent mourir sous une frappe d'un moment à l'autre. Mais l'Iran a déjà réussi à propager la peur. Les ayatollahs ne sont toujours pas vaincus. Ils n'ont, au contraire, jamais été aussi redoutés.

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