Commentaire de Richard Werly
La guerre en Iran n'est pas un grand jeu vidéo

Après une semaine de guerre, quelles sont les images disponibles? Pour l'essentiel celles fournies par les armées israéliennes et américaines. Or cette guerre aérienne est tout, sauf un grand jeu vidéo estime notre journaliste Richard Werly
Pour Donald Trump, la guerre lancée contre l'Iran doit être un spectacle, estime Richard Werly.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump a tout compris. Pour celui qui se voit comme le «shérif» du monde, ravi de dégainer les armes les plus puissantes et les plus spectaculaires, la guerre lancée contre l'Iran doit être un spectacle. Un double spectacle même. A lui, le président des Etats-Unis, de tenir les médias en haleine avec ses déclarations souvent inopinées et contradictoires. Tandis que les images «Made in USA» et «Made in Israël» nous dictent, après chaque vague de frappes, le mode d'emploi supposé de ce conflit: un déploiement de forces aériennes inégalable utilisé pour des frappes d'une extrême précision contre un ennemi qui sera de toute façon, in fine, contraint à la capitulation.

Ce narratif est sans doute, sur le terrain en Iran, en partie juste. Le ciel du pays est tout entier aux mains des avions, des missiles et des drones israéliens et américains. Dans le golfe Persique, où les projectiles iraniens continuent de pleuvoir, l'armada aéronavale de l'US Navy est d'une puissance inégalée, face à une marine iranienne déjà détruite. Et après? L'histoire a montré que la réalité d'un conflit n'est jamais celle dictée par les images fournies par l'attaquant. Jamais.

Ni terminée, ni prévisible

Aussi asymétrique soit-elle, vu l'incapacité apparente du régime de Téhéran à mener une quelconque contre-offensive, cette guerre n'est ni terminée, ni prévisible. 90 millions d'Iraniens sont dans les faits pris pour cible. Les infrastructures d'un pays entier risquent d'être détruites. Les pays du Golfe demeurent à portée des drones Shahed iraniens, dont personne ne peut évaluer le stock. Et la possibilité que des missiles aient été mis de côté par le régime de Téhéran, pour être tirés lors d'une nouvelle phase, ne peut pas être exclue.

Contrôler le Moyen-Orient

La guerre voulue par Donald Trump et Benjamin Netanyahu (ou l'inverse) est en plus un conflit sans plan ultérieur de paix et de reconstruction. Ni le président américain — qui veut pouvoir choisir les futurs dirigeants iraniens — ni le Premier ministre israélien n'ont l'ambition de remettre l'Iran debout et de lui ménager la place qui lui revient dans la région. Tous deux, pour se venger de la «menace existentielle» passée que le régime des ayatollahs constituait pour Israël, veulent un Iran à terre. L'argent de Trump et de sa famille vient d'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis ou du Qatar. Sa volonté de contrôler le pétrole iranien nécessite un pays aux ordres. La survie politique de Netanyahu exige, enfin, une poursuite du conflit, sous une forme ou une autre, entre l'Iran, le sud du Liban et Gaza.

Bien sûr, les premiers responsables de cette situation sont les mollahs iraniens, qui ont sacrifié leur pays et réprimé leur peuple sur l'autel de leurs folles ambitions destructrices. Leur responsabilité criminelle est incontestable et indéniable. Bien sûr, la population iranienne réprimée espère que ces frappes la libéreront du joug des religieux chiites fanatiques et des Gardiens de la Révolution.

Mais après une semaine de frappes, cette guerre doit être regardée en face, débarrassée des images supposées démontrer la toute-puissance des assaillants. Elle vise, avant tout, à s'assurer que l'Iran ne sera plus un obstacle à la domination américaine et israélienne sur le Moyen-Orient. Elle vise à imposer un rapport de force durable en faveur de Washington et de Jérusalem. Cette guerre est tout, sauf un grand jeu vidéo.

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